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 LORKHAN RAVNCRONE » Sous les ailes noires du corbeau se déploie l'ambition

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Prince aux Fers

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ARRIVÉE : 06/02/2014
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MessageSujet: LORKHAN RAVNCRONE » Sous les ailes noires du corbeau se déploie l'ambition   Ven 28 Mar - 20:30



Lorkhan Ravncrone



 

Jeux des apparences

Que la grâce des dieux t'accompagne, Lorkhan Ravncrone, fils du Couchant. Que leur clémence te préserve des complots et de la périlleuse valse des poignards, toi qui a déjà affronté vingt-neux hivers et s'en est sorti indemne. Que tu sois héritier du trône et main du Roi d'Ibenholt ou simple vagabond, sache que c'est d'un œil intrigué que te jaugent les rois et les reines de jadis, passant tes jours au fil d'une rapière qu'on appelle Jugement. Puissent les augures du mois d' octobre t'apporter prospérité et bonne fortune et puisse tes congénères de Ravenhole t'apporter leur appui et leur soutien dans les intempéries. Souhaite que ton statut de noble t'empêche de glisser dans le gouffre de l'oubli et puisse ton cœur éperdu de fiancé trouver libération dans les neiges des Terres du Nord. Bienvenue au Cimetière des dieux, bienvenue sur Middholt, bienvenue sur l'échiquier...

Jeux des ambitions

Moralité : La morale est une maladie. Une répugnante maladie. Les Dieux seuls savent pourquoi les Hommes en sont atteints, alors que tout le reste du règne animal semblen y être immunisé. Lorkhan, lui, est encore sain, les Quatre soient loués. Le devoir, l'éthique, l'amour des vertus, autant de preuves d'idioties, de naïveté. Dans un monde de charognards où les dragons et les lions ne valent guère mieux que les corbeaux, qui peut être assez simple d'esprit pour se doter d'une morale ? La vérité, Lorkhan la sait: tout le monde cherche la reconnaissance. Personne n'y échappe, mais beaucoup sont ceux qui prétendent le contraire. Il est lucide sur ce qu'il a été, sur ce qu'il est et  sur ce qu'il veut être: aussi ne se pose-t-il aucune limite pour obtenir de quoi calmer, pour un temps du moins, les flammes cette ambition qui le dévore. Lorkhan a bien compris que tout ne peut être noir ou blanc, et son pragmatisme lui permet de voir les intérêts d'une opportunité en dehors des préceptes de moralité ou d'immoralité et, même s'il rechignera à transgresser certaines limites, il n'hésitera pas à les outrepasser s'il pense y être contraint. De la même manière, il n'hésitera pas à rompre ses serments et à se montrer déloyal si c'est la sa seule solution, et ce bien qu'il estime sincèrement les notions de fidélité et de loyauté, la nécessité faisant force de loi lorsqu'il s'agit d'exaucer ses rêves de grandeur. Autrement, il tentera tout de même de tenir sa parole, non pas par vertu de sincérité ou de dévouement, mais parce qu'il serait fâcheux qu'on le soupçonne de mentir en toutes occasions. Ainsi, son rejet de la morale concerne surtout ses ambitions, ce qu'il considère être les intérêts supérieurs de sa destinée. Le reste du temps, il ne prend aucun plaisir à outrepasser les lois, bien qu'il n'hésite pas non plus à abuser, de temps à autre, de ses droits et prérogatives pour son bon plaisir. Enfin, il ne montre aucune tendance au sadisme ou à la violence gratuite, si ce n'est dans le cadre des relations avec ses parents et son frère aîné, Lorkmir. Intimement persuadé que le monde qui l'a rendu ainsi et non l'inverse, il ne se considère pas comme quelqu'un de foncièrement mauvais. À ses yeux, la liberté ou l'égalité n'ont aucune valeur et ne doivent pas être élevés au rang de principes absolus: il juge que chacun se doit d'essayer d'obtenir ce qu'il veut, et ce par tous les moyens nécessaires, mais que personne ne doit s'attendre à ce que d'autres l'accomplissent à leur place. Après tout, l'adage dit bien que « l'un doit chuter pour que l'autre puisse monter ». Aussi, il sait reconnaître la valeur de ses adversaires, mais cela ne se traduit que rarement par de l'admiration: l'estime qu'il se porte à lui-même ne lui autorise que quelques exceptions. Le reste du temps, il s'acharnera plutôt à obtenir sa vengeance ou à reprendre la main. Pour lui, la famille est importante, même s'il ne s'agit pas d'avoir une foi aveugle dans ceux qui partagent son sang, bien au contraire: son père, sa mère, ou son frère, par exemple, ne lui ont jamais inspiré que dégoût et mépris, tandis que ses soeurs lui sont extrêmement chères. Le prestige de sa lignée passe après sa propre gloire, mais il fait son possible pour que leurs intérêts convergent au maximum. Manipulateur au possible, il n'a aucun mal à jongler entre ses multiples facettes, se montrant tantôt affable, tantôt cruel, tantôt intelligent, tantôt faussement crédule. Assez narcissique et plutôt égoïste, il éprouve des difficultés à faire preuve d'empathie, même envers ceux qui lui sont proches, mais il a tendance à attendre d'eux l'exact opposé.

Allégeance : Pour le moment, son allégeance va à Jorkell Ravncrone, son souverain et son père. Néanmoins, la haine qu'il lui porte n'a aucune limite et il n'espère rien de moins que sa chute prochaine. Malgré ça, il n'est pas question pour lui d'agir, pour le moment, contre les intérêts directs de son géniteur, car la situation est encore trop instable pour qu'il soit assuré d'obtenir les soutiens nécessaires à son accession sur les trônes d'Ibenholt ou d'Askevale. De la même manière que le paysan attend que le blé soit mûr avant de le faucher, Lorkhan attend que le fruit des manoeuvres de son prêt soit suffisamment mature pour le récolter. Quand il sentira le moment venu, son allégeance n'ira plus qu'à lui-même, et il se fiche bien duquel de ses ennemis emportera la tête de son cher paternel. Après les intérêts de son père – mais surtout des siens par extension -, viennent ceux de la Reine Sylarne Clanfell, sa belle-mère, avec qui il entretient une liaison amoureuse et, bien sûr, charnelle. S'il fera tout son possible pour faire en sorte que leurs intérêts convergent, il se méfie tout de même de sa loyauté envers sa famille et plus particulièrement envers Synric Clanfell, dont il sait que les ambitions ne se limitent pas à être le beau-frère du Roi d'Ibenholt, bien au contraire. Concernant les prétentions de Jora au trône, il n'y prête bien sûr aucun crédit, la légitimité de sang n'étant rien d'autre que du vent, puisque seule celle des faits importait. Néanmoins, il n'est pas impossible qu'il prétende le contraire, si jamais cela pouvait servir, dans un avenir plus ou moins proche, ses propres ambitions concernant les trônes qu'occupent son père.


Jeux du passé


Ses doigts glissent sur le cuir du vieux livre, effleurent les aspérités du lettrage. Combien d'heures passées ici, dans l'ombre des bibliothèques, à s'user les yeux jusqu'à ce qu'ils se ferment d'eux-mêmes ? Combien de journées perdues dans le silence de mort des cabinets de lecture, des bureaux, de sa chambre, même ? Du temps perdu ... Perdu. Vraiment ? Non, bien sûr que non. Il savait que c'est ici qu'il avait bâti ses succès, que son infortune d'hier pavait sa gloire d'aujourd'hui. Tout avait commencé à cet endroit, il ne s'en souvenait que trop bien. Un sourire amer fendit le visage de Lorkhan. Ses foutus appartements. Il balaya la pièce d'un regard. Derrière lui, il sentait la chaleur des flammes qui dansaient, virevoltait dans l'âtre. L'Arête du Ciel était glaciale à bien des égards, mais Lorkhan eut été heureux s'il n'avait été question que du vent et des courants d'air, que des murs de pierre froides. Mais il y a en ces lieux de la glace que tous les feux du monde ne pourraient faire fondre ... Lorkhan sourit de nouveau. Peu importait, maintenant, n'est-ce pas ? Assis à sa table de lecture, il ouvrit le livre qui se trouvait en face lui. D'un souffle, Lorkhan épousseta l'imposante couverture afin d'en révéler le titre:  Histoire et généalogie des Ravncrone, des anciens temps à nos jours. L'ouvrage était âgé, bien plus que lui, mais il n'aurait plus jamais l'air aussi vieux que lorsqu'il l'avait tiré de ce coin sombre, de ce coin perdu de bibliothèque, alors qu'il n'était qu'un enfant. Il l'avait considéré alors comme le corbeau le fait d'une carcasse oubliée, comme un nouveau puit de savoir à dépouiller de sa science, avant de repartir en chasse d'une autre proie, d'un autre ouvrage à même de l'intéresser. Celui-ci était vieux, austère. Malgré ça, il avait été comme irrémédiablement attiré par lui. Oh, le livre n'était pas magique, loin de là. Il était même particulièrement rébarbatif. Pourtant, au fur et à mesure qu'il avait parcouru les pages, qu'il avait détaillé chaque degré de son ascendance, chaque branche de la lignée Ravncrone depuis Morvayn, il avait compris. Ça n'était pas une évidence, ça n'était qu'une triste vérité que personne n'avait osé lui avouer, que, peut-être, on avait cherché à lui dissimuler: les puinés, les cadets, les seconds, n'ont aucune chance en ce monde, ou si peu. Là où l'auteur s'était épandu en d'interminables paragraphes pour les aînés et les héritiers, les autres, les malchanceux, les infortunés, eux n'avaient le droit qu'à quelques lignes, parfois rien de plus qu'une description sommaire, inutile, évanescente ... Il aurait pu être choqué, révolté, affligé. Il ne fut que soulagé. Soulagé d'un poids trop lourd, soulagé de tant d'années à se poser la même question: qu'ai-je fait ? Qu'avait-il fait de mal pour mériter leur dédain, leur acidité, leur désintérêt ? Rien. Il l'avait compris ce jour-là. Il n'avait rien fait d'autre qu'être né le deuxième, et c'était là son seul crime. Il se rappelle du fou rire dont il avait été saisi alors qu'il entrevoyait enfin les raisons de tout son malheur. C'était donc ça, la seule réponse ? Il n'osa y croire, tant cela lui paraissait . Il dut pourtant bien se rendre à l'évidence. ll était Lorkhan, l'ombre de Lorkmir, l'éternel second.

Lorkhan se leva et se dirigea vers la fenêtre de ses appartements. Ravenhole. Ce ramassis de misérables et de crapules, de bourgeois et de gentilshommes s'étendait là, aux pieds de l'Arête du Ciel, à ses pieds. Dans les cieux, la silhouette des corbeaux se découpait dans les lueurs orangées du soleil couchant. Ils savaient que la nuit venait, et avec elle son lot d'assassinés, d'immolés, de sacrifiés, et autant de repas pour les charognards. Pourquoi les premiers Ravncrone avaient choisi cette créature misérable pour emblème ? Chétif, malsain, funeste , l'oiseau faisait pâle figure à côté des lions rugissants, des dragons brasillant ou les Dieux seuls savent quel autre foutu animal. La vérité, c'est que, si les corbeaux volent en groupe, ils se déchirent à l'opportunité d'une proie. Les Ravncrone étaient des corbeaux. Il ne crut guère longtemps aux sornettes de son père, à ses exaltations de l'unité familiale. Lui-même n'avait d'yeux que pour Lorkmir, refoulant Lorkhan au même rang que ses soeurs. Quand Lorkmir s'entraînait avec les plus prestigieux maîtres d'armes que comptaient Middholt, lui devait courir les rues, les tavernes, suppliés quelques fines lames de lui apprendre à manier la dague volée à son frère et la rapière d'apparat qu'on lui avait offert à son dixième anniversaire, les seules armes qu'il était parvenu à récupérer sans éveiller les soupçons. Quand Lorkmir passait son temps à assister au conseil royal ou à la chasse aux côtés de leur père, Lorkhan passait son temps dans les bibliothèques, à dévorer tous les ouvrages qui pouvaient bien lui tomber entre les mains. Ainsi, ils avaient cru pouvoir le condamner au second rang, au rôle de fils de rechange ? Ah, les fous ! Les idiots ! Et à chaque fois qu'un des soudards lui faisait mordre la poussière, à chaque fois qu'il luttait pour arracher à ses yeux la lecture d'une page de plus, à chaque fois il se faisait la même promesse: il leur montrerait que lui non plus n'avait peur de personne. Lui qui avait si longtemps cherché la chaleur à Ravenhole se laissa petit à petit gagner par la glace, car c'était là le destin de tous les enfants du corbeau. Peu à peu, ses différences devinrent ses principaux atouts: Lorkmir était plus fort ? Il était plus intelligent. Lorkmir était plus brave ? Il était plus rusé.  Lorkmir était plus robuste ? Il était plus adroit. D'un geste presque machinal, sa main droite vint tâter son poignet gauche, vérifiant alors la présence de ce qui lui valait encore aujourd'hui le surnom de « prince aux fers ». Il se souvint alors du jour glorieux de son dix-huitième anniversaire, où, alors que son père croyait calmer les ambitions de Lorkhan en lui témoignant quelque importance à travers l'organisation d'une joute, ce dernier décida de participer lui aussi. Jorkell, qui n’avait ordonné qu'on lui dispense que les bases du combat, était certain qu'il se ferait rapidement remettre à sa place. Il n'en fut rien: un à un, Lorkhan terrassa les misérables qui osèrent se présenter à lui, jusqu'à se retrouver face à son bien aimé frère. Leur père exigea que Lorkhan se retire, qu'il admette sa défaite. Le jeune prince éclata d'un rire franc et, sans même une réponse, se mit en garde. Aujourd'hui encore, Lorkhan se rappelait à quel point la fureur de son géniteur lui avait paru être le plus doux des nectars, plus doux encore que les vins sirupeux de Sorhelm ou des breuvages qui venaient de par delà les mers. Le combat fut rude. Lorkmir, sûr de lui, porta le premier coup, et le second d'ailleurs. Il n'eut pas l'occasion d'enchaîner une troisième fois, Lorkhan se déportant prestement sur sa droite, son agilité surprenant son adversaire. Sa dague dans une main, sa rapière dans l'autre, Lorkhan s'empressa de profiter de l'ouverture. Oh, bien sûr, il aurait pu se contenter de désarmer son frère, de le mettre à terre, mais, d'un coup à la volée, il trancha le visage de Lorkmir, s'arrêtant juste avant d'atteindre son oeil et de le rendre borgne. Et alors que les gardes s'emparaient de lui sur ordre de Jorkell qui aboyait et écumait de rage, Lorkhan riait de plus belle: oh, l'humiliation d'avoir été battu par son cadet serait passagère, mais cette trace, elle, aiderait à rappeler à tous de ce jour où Lorkhan, le fragile petit Lorkhan, avait fait mordre la poussière à ce frère qui leur étaient si cher. Et ça ne faisait que commencer.

On l'avait jeté aux cachots comme s'il eut été une vulgaire canaille, un de ces moins que rien que l'on jetait dans une cellule avant de l'y oublier. Au début, il pensait que cela ne durerait que quelques jours, que son père voulait lui faire la leçon, qu'il finirait pas ordonner sa libération. Et le temps passa, les jours d'abord, puis une semaine, deux, plus peut-être, car Lorkhan perdait peu à peu le fil. Les Ravncrone n'ont peur de personne ? Foutaises ! Ils le craignaient lui, c'était sûr maintenant ! Leur propre sang, et ils avaient cru pouvoir le tenir à l'écart ? Il les tuerait tous. Il en riait pendant des heures, là, au fond de sa cellule où le froid, le vrai cette fois, le paralysait presque tout à fait,  tandis que l'humidité semblait se fixer à même ses os, éradiquant toute possibilité de se réchauffer, ne serait-ce que quelques secondes ... Mais ensuite vint Lorkmir, et avec lui les vraies tortures. Son frère se tenait là, le dominant de toute sa hauteur, lui qui ne pouvait même plus se lever, flanqué du bourreau que les prisonniers de l'Arête du Ciel appellent le Corbeau. Ensemble, ils lui firent souffrir mille supplices, mille agonies durant lesquels Lorkhan supplia qu'on lui fasse grâce, chialant, implorant les Dieux de lui accorder la mort avant que les humiliations et les coups de fouet ne recommencent. Combien de temps dura son calvaire ? Aujourd'hui encore, il n'en savait rien. Il ne se rappelait que du claquement du fouet qui entrecoupait les rires sadiques et les accès de fureur démentielle de Lorkmir. Puis cela prit fin, aussi soudainement que cela avait commencé. Qui avait appelé la guérisseuse qui avertit son père ? Il n'en savait rien. Lorkmir lui-même, peut-être, craignant que la mort de son frère ne lui attire le courroux de leur père. Qu'importe, il avait fait l'erreur de le laisser en vie. Il la payerait cher, Lorkhan se l'était juré à chaque fois qu'il Jorkell le fit finalement libérer et soigner. Quand il fut remis sur pied, une réconciliation fut organisée, mais c'était une mascarade, de la poudre aux yeux de ceux qui s'inquiétaient de voir la famille royale divisée. Depuis, Lorkhan continue de porter, à son poignet gauche, l'un des bracelets de ses fers. Si son père avait souhaité oublier et, surtout, faire oublier ce qu'il avait fait subir à son propre sang, Lorkhan s'efforçait de rafraîchir la mémoire de son géniteur en toute occasion, arborant fièrement et non sans défi le funeste souvenir de sa captivité et de son supplice. C'était là une victoire quotidienne, un délice sans mesure de voir la figure de son père résister tant bien que mal à la colère qui l'envahissait, qui ravageait ses sens. Et ce n'était rien en comparaison de sa plus grande satisfaction: son père, qui avait passé les dix-huit dernières années à l'ignorer, était désormais obligé de compter avec lui.

Lorkhan, le Prince-aux-fers. Jusque-là inconnu en son propre royaume, son nom résonnait maintenant dans toutes les cours, claquait dans toutes les bouches, sonnait dans toutes les chansons. On dit que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort: c'était vrai, et tous racontait l'histoire plus ou moins fantasmée du Prince Lorkhan, emprisonné par son propre père après avoir vaillamment triomphé de son aîné qui, ivre de vengeance, lui avait fait subir autant d'atrocités que permettait d'en inventer l'imagination des colporteurs de rumeurs et des affabulateurs. Alors que Lorkmir était jusque-là le prince bienaimé du peuple, sa popularité n'était plus que l'ombre d'elle-même: les gens le moquaient, ses bannerets le disaient lâche. Leur père, éternel pragmatique, fut bien contraint de reconnaître les talents de Lorkhan, l'impliquant davantage dans les affaires du Royaume, tandis que Lorkmir perdait en influence. Leur mère, soutien important du fils prodige, souffrait de plus en plus, la maladie qui la rongeait s'aggravant alors à mesure que les jours passaient. Jorkell et Lorkmir ayant quitté Ravenhole pour visiter les vassaux du Roi, la charge de la cité royale incomba à Lorkhan, et avec elle l'accablante responsabilité de s'occuper de sa pauvre mère. Elle et Lorkhan n'avaient jamais été proches, bien au contraire. Si Jorkell se contentait d'ignorer l'existence de son puiné, Janna Crowgale ne cessait de s'épandre sur les mérites de Lorkmir, assénant à chaque heure du jour et de la nuit comment Lorkhan et ses soeurs n’étaient rien de plus que de la poussière en comparaison de « l'astre de ses jours ». Malade depuis des mois, son état s'était subitement détérioré après que Lorkmir se soit déshonoré. La mort la guettait, mais tardait à venir. Rongé par ses propres humeurs, torturée par son corps souffrant, elle n'en était que plus atroce avec Lorkhan et ses soeurs, les injuriant de tous les noms. Lorkhan la détestait de tout son être, peut-être plus encore qu'il ne détestait Jorkell et Lorkmir, mais ce n'est que quand elle tenta d'étrangler Lorsei, sa petite soeur, qu'il prit sa décision: elle devait mourir. Il n'eut aucun mal à se fournir le poison qu'il versa dans son vin. Et alors, tandis qu'il la regardait se débattre, agonisant un peu plus chaque fois que l'un de ses organes cessait de fonctionner, il se délectait de l'ironie de la situation: elle appelait à l'aide, mais personne n'était là pour l'entendre. Et, s'approchant d'elle alors que son âme s'apprêtait à rejoindre l'Abîme, Lorkhan lui chuchota au creux de l'oreille  « Alors, Mère, qu'est-ce que cela fait de se sentir seul ? » Dans ses yeux, il ne lisait plus rien que la mort.
Il n'en restait plus que deux.

Les yeux dans le vague, Lorkhan continuait d'observer Ravenhole depuis la fenêtre des appartements.  En bas comme ailleurs, seule la loi du plus fort prévalait. Ceux qui sont incapables de s'adapter, ceux qui ne peuvent survivre aux épreuves, doivent laisser leur place à ceux qui savent les apprivoiser pour mieux s'en servir. L'adage dit: certains doivent s'élever quand d'autres doivent chuter. La nuit était tombée maintenant, et déjà le prince devinait que, quelque part dans l'ombre des ruelles, les nécrophages disputaient maintenant leurs repas aux charognards, mais il ne connaîtrait plus jamais pareil festin que celui qu'il leur avait offert quelques mois auparavant. Alors que Jorkell et Lorkmir menaient la rébellion contre le Roi Kalamar d'Ibenholt, Lorkhan était resté à Ravenhole pour gérer les affaires du Royaume en l'absence de son géniteur. L'occasion était trop belle: c'était le moment ou jamais d'agir. Sans attendre, Lorkhan sonda les bannerets de son père, déployant toute son intelligence afin de les convaincre, non, de les séduire à l'idée de le soutenir face à son frère quant à la succession du Roi de Ravenhole. Nombre d'entre eux, inquiets de l'impétuosité et de la suffisance du prince héritier, se rallièrent à son jeune frère. Deux semaines plus tard, les rues de Ravenhole étaient recouvertes de sang. Lorkmir avait eu vent des manigances de Lorkhan, et il avait sommé ses partisans d'exécuter tous ceux qui s'étaient prononcés contre lui. La nuit suivante, c'était les partisans de Lorkmir qui furent exécutés par les hommes de Lorkhan, avant que ce dernier ne les condamne pour les meurtres perpétrés, justifiant qu'ils l'avaient fait de leur plein gré. Le prince-aux-fers se gaussait encore de ces masses d'idiots et de tous les naïfs qui ont pu croire à pareilles sornettes. La réaction de Jorkell fut sans appel: Lorkmir fut écarté de la succession et ses titres lui furent confisqués. Enfin, enfin le jour tant attendu, le jour pour lequel il avait tant prié était arrivé. Lorkmir était défait: Lorkhan avait gagné, ce n'était plus lui, le fils inutile, voué aux seigneuries médiocres. Lorkhan en pleura de joie: Mère était morte, Lorkmir n'était plus rien sinon l'ombre d'un prince. Il ne restait plus que Père, mais son heure viendrait à lui aussi, car il en avait fait le serment, et c'était là le seul qu'il comptait honorer, tôt ou tard. Et alors ! Et alors Ravenhole serait à lui, tout comme Askevale et Ibenholt ! Personne ne pourrait plus jamais rivaliser avec sa puissance, il n'aurait plus qu'à passer la bride à la pouliche de Hvittjell et raserait Sorhelm. Alors, alors il les dominerait tous, tous ceux qui avaient voulu le maintenir plus bas que terre ! C'était mal connaître le corbeau, c'était mal le connaître: il était Lorkhan, et personne ne pouvait plus s'opposer à lui ! C'était fait. Ou presque, car l'allégresse fut de courte durée: Jorkell s'empara d'Ibenholt, et avec sa victoire Lorkmir retrouva les grâces de son père. C'était impossible ! Pourquoi les Dieux s'acharnaient-ils à lui mettre des bâtons dans les roues ? De rage, il saccagea ses appartements, et il ne fallut que l'intervention de la garde pour lui faire regagner son calme. Qu'est-ce qu'il croyait ? Qu'il pouvait continuer à le défier longtemps ? Oh que non ... Non, non, non ! C'en était trop, le jeu n'avait que trop duré. Lorkmir devait mourir. Et il mourut.

L'assassin avait été rapide, discret. Quelques rumeurs prétendirent bien que c'était là l'épisode final de leur lutte fratricide, mais les agissements de Jorkell laissèrent plutôt penser à la majorité qu'un de ses rivaux avait saisi l'occasion de tuer le fils aîné de son ennemi. Et voilà, tout était terminé. Tout ou presque: Jorkell était encore vivant. Lorkhan soupira. S'il écoutait son coeur, ses tripes, il prendrait la route d'Ibenholt avant de grimper une à une les marches qui mènent jusqu'au Trône de Jais et, tout en le regardant une dernière fois, il éviscérerait lui-même ce père qui l'avait tant fait souffrir. Malheureusement, ils n'hériteraient alors qu'une cellule à Ibenholt, et des nécrophages d'un autre genre se disputeraient la dépouille d'un empire naissant, abandonné aux charognards. Il détestait Jorkell, mais sa mort ne constituait guère la fin des ambitions de Lorkhan: bien au contraire, ce ne serait que la marche glorieuse vers la triomphale destinée qui lui était réservée. Des bruits de pas derrière lui l'extirpèrent de ses songes. C'était Lyssa, une de ses esclaves. Certains soirs comme celui-ci, elle partageait sa couche. Lorkhan se retourna vers elle, et sans vraiment d'égard pour elle ni pour sa nudité, sa peau d'or s'offrant tout entière à sa vue: « - Apporte-moi mes vêtements. Ensuite, tu feras sceller un de mes chevaux ... » Il réfléchit un instant: « - Lorkmir fera l'affaire » Il sourit, sensible qu'il était à ses propres plaisanteries: il n'avait pu résister à la tentation d'appeler sa monture ainsi. « - Tu feras porter un message à Lorsei, aussi. En mon nom. Qu'elle me prévienne en priorité si quelque chose bouge à Ravenhole. » Il attendit qu'elle acquiesce pour continuer: « - Je retourne à Ibenholt. Fait en sorte que Gashen me précède, je veux qu'il m'annonce à la Reine. Elle saura de quoi il s'agit. Ah, quelle chance que tu sois muette ! » Un sourire ravi lui fendit le visage à la seule idée de revoir Sylarne. Toutes ces nuits passées sans la voir lui avaient donné le sentiment d'être moins qu'un homme, comme s'il n'était plus capable d'être lui-même sans l'avoir à ses côtés. Un jour, ils régneraient ensemble, et cette seule vision suffisait à susciter chez lui de nouvelles envies, meurtrières entre autres. Lyssa lui ayant apporté les affaires qu'il avait exigées, Lorkhan s'apprêtait à passer la porte de ses appartements, mais quelque chose sembla le retenir. Ses yeux se posèrent à nouveau sur le vieux livre et, chassant toute trace d'hésitation, il ordonna: « Lyssa ! Mets ce vieux livre au feu. Ce n'est plus qu'un tissu de mensonges. »


Jeux du réel

Pseudo : Sokaris. Âge : 19 ans. Localisation : Paris. RP : Environ 1000 - 1500, + ou - selon les RP. Occupation: Etudiant en histoire Le mot qui vous décrit le mieux: Magnifique. Comment avez-vous découvert Frostfall ?: Loutres ninjas. Commentaire/Suggestion ?: Peut-être.

© Quantum Mechanics
 



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Lorkhan Ravncrone,
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« Anger is running through my vains, so fucked it's driving me insane. No health, no hope, nothing but pain. 30 years to go you said i should be the best, you said i have to prove myself, you said we're a family. 30 years ago. Stuck in the holy money game, gave me a number for a name, stole my life and kept the change. Hey man there's a riot goin'on ! »

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MessageSujet: Re: LORKHAN RAVNCRONE » Sous les ailes noires du corbeau se déploie l'ambition   Ven 28 Mar - 21:04

Holy Catharis !  Estomaqué Mâchoire tombante S\'évanouir  Stp Baver 
C'est du nectar d'Ichor ce truc, je l'ai bu jusqu'à la dernière goutte. S\'Il te plaît
Et là je suis complètement saoule  En amour 

Je sais pas ce que vous avez tous à rendre mes PVs plus grands que nature, mieux encore que ce que j'avais fantasmé, mais je suis conquise, complètement.
Faut arrêter avec ces orgasmes à répétition, sinon tu vas hériter du forum plus vite que prévu Mort de rire

Faut dire que tu m'as fait languir, au point où je me vende à Crendal pour qu'il te force un peu la main, mais ça en valait largement la peine, ta fiche est sublime !

Trêve d'hormones, soyons sérieux un instant Siffle

Honnêtement, tu as vraiment, vraiment, vraiment saisi l'essence de Lorkhan. Sa psyché est tellement bien explorée que je ne pouvais même pas entrevoir moi-même tout le potentiel que tu nous a révélé dans ta fiche. Et les parallèles avec les armoiries, c'est poétique ! J'avais même pas vu tout ce symbolisme, faut croire que vous avez l'âme plus heuristique que moi XD'Fin bref, c'est une pure merveille et je n'aurais pas pu rêver d'un meilleur Lorkhan ! *est profondément émue*  Amour fou


it lies in all of us
« It will stir... Open its jaws and howl. It speaks to us, guides us. Passion rules us all and we obey. What other choice do we have ? »

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