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 [EVENT] Corrosion. (blaze)

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Ours cendré d'Ibenholt

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Ours cendré d'Ibenholt
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MessageSujet: [EVENT] Corrosion. (blaze)   Mer 30 Avr - 1:58

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Corrosion.

blaze & dralvur
Bête pesante, colosse massif, tout robuste qu’il puisse être, il lui semble subitement que la terre entière s’inverse et se trouble sous ses orbes d’onyx grisés par l’ébriété. S’asseyant lourdement contre un banc de bois venant à point nommé au secours de son aplomb fragilisé, il courbe échine et, sur ses cuisses, pose main et coude en une allure atypique de gargouille figée. Les calots sondant en une méditation assombrie le sol en pierre lisse, il veille, l’ouïe tendue, à ce qu’aucun intrus ne vienne importuner son triste recueillement et, à plus forte raison, qu’aucun quidam ne puisse quadrupler son opprobre par quelques regards apitoyés, jugeurs ou gouailleurs. Un raclement de gorge identique au grondement de l’orage éclabousse le silence mortifère du haut et large couloir, ricochant çà et là entre les dalles et alcôves en cherchant ses confrères les éclats qui bruissent au loin dans la salle du bal. Et l’on rit. Et l’on s’amuse. Et l’on danse. Et au plus il discerne les notes mélodieuses sustenter le calme de son breuil, au plus ses lèvres s’entortillent de rictus fébriles. C’est que le berceau de ses vicissitudes se trouve là-bas même, la toison nacrée, les gemmes pétillantes et la figure pouponne entre les mains d’il-ne-sait quel gentilhomme à souffler il-ne-sait quelles palabres. Et dieux l’en gardent de savoir. Affligé par l’atlas des conjurations gravitant autour de la princesse Ebonhand, le patriarche Snowhelm s’enivre dans l’entrelacs de ses chagrins sans parvenir à trouver le courage de faire front à l’auguste mascarade qui se joue, et se jouera plus encore d’ici peu ; la fugue de la captive royale. Que de craintes, que d’appréhensions, que d’asthénie émotionnelle pour le seigneur qui ne récolte plus entre ses paumes que les cendres de son hardiesse passée. Il n’a plus comme noblesse que le faste de ses étoffes sombres, alliages de noir obsidienne et bleu cobalt, qui rehaussent d’autant mieux son crin et sa barbe d’argent. Plus élégant, plus altier que de coutume, il aurait pu faire la fierté emblématique de la maison au plantigrade rugissant s’il n’était pas venu saccager son esprit meurtri de nébuleuses vapeurs alcoolisées. Levant une paluche vers ses lippes qu’il essuie machinalement, il lui semble sentir encore le fumet d’un baiser révoqué y trônant lascivement tel un rempart aux déboires de ses soupirs capiteux. Si son avilissante fièvre s’en est allée depuis plusieurs jours déjà, il en résulte encore l’affection profonde et immuable portée au joyau qui, en ce furtif conciliabule dans la bibliothèque, n’a fait que s’accroître et s’intensifier. Figure paternelle ou homme épris, qu’importe, ce soir, oui, ce soir est l’exorde d’un nouveau chapitre qui contente sa foi mais lacère son cœur.

Pliant un peu plus l’échine en un masque contrit, c’est un clappement subit qui le destitue de sa fondation, l’obligeant à se relever avec une maladresse pitoyable, mais fort heureusement dissimulée à l’individu venant dont il ne distingue pas encore la silhouette. Brossant vaguement son uniforme aux airs quelque peu militaires, et prenant une contenance tout au plus subsidiaire, il entrecroise les mains contre son rachis en feignant n’être là que pour se dégourdir les jambes. Il aura tôt fait de saluer le passant, songe-t-il, suite à quoi il s’effondrera sûrement à nouveau ou décidera raisonnablement d’aller décuver dans un lieu plus propice. Qu’importe si, plus tard, son absence sera sujette à controverse dans la fuite de Jora Ebonhand. Il n’en est pas aussi loin, tout au plus en est-il à se demander comment rejoindre sa résidence sans se perdre dans les dédales de Jernvugge.
Aussi ne redresse-t-il pas immédiatement son attention lorsqu’enfin, l’effigie apparaît à l’angle du couloir. Tout occupé à n’être qu’un puits sans fond et maugréer seul entre les parois de son crâne, il patiente que le quidam soit suffisamment près pour daigner lever le menton.

« » Statufié par l’apparition, les reflexes nerveux et intellectuels empâtés par son éthylisme, il se retrouve à contempler ladite intruse tel un mirage chimérique venu des Abîmes pour lui souffler secrets et contes. Blaze, articulent ses lèvres, avant que sa cervelle de s’ébroue violemment pour lâcher d’un phonème grave et lent : « Lady Blackthorn », sauvant de peu la frêle crédibilité de l’Ours Cendré. Déchirant ses billes du visage de la madone lactescente, il finit par s’attarder sur l’habit porté avec une insistance qu’il aurait très certainement étranglée, sous un jour plus sobre. Visiblement béat par la grâce féminine cerclant la garde personelle de la reine, un mot et un seul, tinte dans la brume de ses idées : belle. Belle en touts points. Et si le compliment n’ose guère franchir sa bouche entrouverte, l’éclat ravivant la torpeur de ses globes oculaires témoigne à lui seul des convictions présentes du ser aviné.


the beast inside
What a piece of work is a man. How noble in reason. How infinite in faculty. In form and moving how express and admirable. In apprehension how like a god. The beauty of the world. The paragon of animals. And yet, to me, what is this quintessence of dust ?

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Ronce à la Rapière

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Ronce à la Rapière
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MessageSujet: Re: [EVENT] Corrosion. (blaze)   Sam 3 Mai - 1:21

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Corrosion.

blaze & dralvur
Le métal argenté me renvoie un reflet déformé et monstrueux. J'ai beau avoir enlevé l'armure, j'ai toujours l'impression de sentir son poids sur mes épaules. Nue, j'observe ce visage difforme qui se dessine sur mon plastron. Ai-je perdu toute humanité en tournant casaque comme une lâche ? Mérité-je encore de porter les armes ? Puis-je continuer de me considérer comme noble ? Irinwë ne m'a pas jugée. Elle a compris que je ne peux pas jouer dans les ténèbres et que, pour rester intègre, je dois avancer à visage découvert. Que les complots ne sont pas pour moi et que le mensonge me répugne. Mais si elle part ? Si elle réussit à faire sortir la princesse de Jernvugge et qu'elle l'emmène au loin ? Elles seront poursuivies bien sûr. La princesse est certes gardée par des ânes qui ne bougent pas s'ils n'ont pas l'ordre de le faire, mais Jorkell ne la laissera pas s'échapper l'unique héritière Ebonhand sans tenter d'endiguer les flots. S'il la laisse partir, il perd tout appui. Si elle disparaît d'Ibenholt, sa légitimité à lui prend un coup, tandis que celle de Lady Jora remonte en flèche. Personne n'aime les tyrans, et même si elle est une frêle jeune fille, certains trouveront que leur conscience est plus légère en rejoignant ses rangs.

Et moi ? La question persiste. Lui venir en aide quelques heures plus tôt n'arrange rien à mes affaires. L'affection que j'avais à son égard s'est réveillée en traitresse. Il aurait été plus simple de ne me mêler de rien. De laisser le cours des choses se faire, sans moi. De rester dans l'ombre de la Reine Sylarne, et de ne plus m'occuper de politique. Mais depuis que mon père m'a demandé mon avis sur les Clanfell, un étau s'est refermé et j'en viens parfois à suffoquer dans mon âme et conscience. À qui faire confiance ? Qui croire ? Vers qui me tourner ? Personne ne dit jamais ce qu'il veut, et quand c'est le cas, c'est toujours trop tard. La camériste qui m'assiste m'observe sans mot dire. Elle me sert depuis un mois, mon père me l'a envoyée de Staltistler. Je n'entends que très rarement le son de sa voix et elle me fait l'effet d'une petite souris silencieuse. Elle ne parlera pas non plus ce soir, attendant patiemment que je me décide à finir de me préparer pour le Grand Bal. Je n'ai pas mis un pied hors de Jernvugge de la journée, pas même pour aller assister à la Grande Mascarade. Aller au Grand Bal ne m'enchante pas particulièrement, mais je dois m'y rendre pour protéger Lady Sylarne.

***

L'étoffe bleu nuit, brodée de ronces noires, bruisse doucement à chacun de mes pas. Le fourreau bat contre ma jambe, amorti par le tissu qui l'enrobe et le dissimule presque. Je ne pouvais pas me rendre au Grand Bal en armure, pour des questions d'étiquette stupides. Une de mes mains tient un loup noir, tandis que l'autre maintient nonchalamment la garde de mon épée. On ne sait jamais, les assassins ont des mauvaises habitudes d'attendre au détour d'un couloir, et d'attaquer sans crier gare. Je ne sais pourquoi je prends un masque : ma taille et ma coupe de cheveux me signalent immédiatement, si ce n'est l'épée contre ma hanche droite. Peut-être que je veux me fondre dans la masse, une fois, une seule autre fois. Mais la Cour n'est pas, n'a jamais été, mon univers de prédilection. Feindre n'est qu'une corvée à laquelle je ne me plie jamais de bon cœur.

J'avance d'un pas régulier, le talon de mes bottes annonçant mon arrivée avant l'ombre projetée par les torches. Arrivée à un tournant, je distingue une silhouette d'homme qui se relève. Quelque chose se noue dans ma trachée, mais ce n'est que quelques pas plus loin que mon esprit comprend ce que mon corps a senti. Il lève la tête, me reconnait et se fige. Quelques secondes s'écoulent, ses lèvres semblent bouger sans qu'un son n'en sorte, puis enfin : « Lady Blackthorn ». Je déglutis et ma main quitte la garde de la lame tandis que j'esquisse la révérence attendue, ou peut-être pas. « Lord Snowhelm. » La voix tient le coup et ne flanche pas. Je peux difficilement en dire autant pour ce cœur qui s'est remis à palpiter comme si j'avais seize ans. Tout me semblait plus simple auparavant. Avant que je ne m'intéresse réellement à qui était mon suzerain. Avant que je n'apprenne quelques rudesses de la vie. Avant que je ne doive choisir mon camp et que je brise une parole si sincèrement donnée. Avant que je ne voie les ravages de la jalousie et du deuil dans l'esprit si cher de mon amant. Je me suis redressée et je ne sais plus où j'allais. Je n'ose esquisser un pas, de peur que mes jambes se dérobent, coupée par la stupeur de le revoir. Je croyais que les lettres échangées m'auraient aidé à passer à autre chose, et c'est le cas. Mais c'est tellement différent, de se remettre d'une rupture brutale par lettres, d'une part, et de revoir l'autre en chair et en os. Certains trouveraient étranges que nos pas ne nous aient jamais amené à se croiser, tant du temps où nous étions jurés aux Ebonhand que depuis l'accession scélérate au trône de Jorkell. Est-ce les dieux qui ont jugé que ça n'était pas nécessaire, ou bien un hasard bienveillant ? Qu'importe. L'inertie du cœur que je croyais complètement apaisé n'était qu'une illusion factice et j'aurais dû m'en douter en entendant Irinwë mentionner Dralvur quelques jours plus tôt. Quelle sotte j'ai été de croire que des lettres au ton cordial suffiraient à endiguer ces feux indignes. « Puis-je ? » Je désigne le banc où il s'était assis avant que j'arrive, et je me pose dessus doucement, dans un bruissement de textile, les mains bientôt jointes et posées sur mes cuisses. Je me sens gauche et incapable d'enchaîner plus de deux mots sans commettre un impair, me couvrir de ridicule, ou lui dire n'importe quoi. Je relève mes prunelles vers lui, pour hasarder : « Vous… Tu n'es pas au Bal ? »
Mes joues me brûlent une nouvelle fois tandis que je pique un fard et dérobe mes yeux aux siens. Question stupide, bien sûr qu'il n'est pas au Bal, sans quoi il ne serait pas là, dans ce couloir, à attendre je ne sais quoi. Et j'ai manqué de reprendre le vouvoiement avec lui. C'est bon pour les lettres. Pour la solennité du papier qui peut être intercepté en chemin. C'est bon pour la version officielle. Mais pas pour un entretien en tête à tête. Treize ans ont passé, treize ans où j'avais cru pouvoir tout oublier, mais la distance n'a finalement pas éteint grand chose. Et pour lui ? Non. Arrête d'y penser. Je devrais y aller, ne pas m'attarder. Je le sais. Et pourtant, je ne me suis toujours pas relevée du banc. Mon regard s'ancre dans le sien et je reste sans voix.


choosing sides.
She was flitting to one side to the next, serving which ever lord or lady she fancied, they thought. Yet, Blaze lacked the wits to be a liar, and she was loyal past the point of sense. She just didn't know anymore who to be loyal to.
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Ours cendré d'Ibenholt

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MessageSujet: Re: [EVENT] Corrosion. (blaze)   Sam 3 Mai - 4:46

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Corrosion.

blaze & dralvur
Les années l'ont-elle changée comme les grains du sablier ont pu l'éroder ? Sûrement. Il discerne là un teint plus pâle, des traits plus francs et un galbe moins pubère, pour ne pas dire complètement et terriblement… femme. Passée de nymphe cuirassée à madone coquette, il lui semble qu'un monde entier et son siècle les ont distancés l'un l'autre depuis leur triste épilogue. Ce soir, précisément, étant un soir spécial, il se découvre à la considérer sous un œil des plus neuf, défaisant une à une les strates illusoires ayant jusqu'à présent imagé le kaléidoscope de ses pensées. Il se l'était imaginée dame de fer au poing d'argent, et voici qu'il la découvre sylphide cerclée de faste. Quel sibyllin tour que celui-ci ? Devrait-il se sentir acculé par telle chimère, lui qui, de son visage, de sa carrure et de son crin, n'a fait que dépérir un peu plus sous la lapidation des époques ? La langue pâteuse de n'avoir que trop bu, il jaspe son temps de réponse par un long silence de nature embarrassante. Que Dagoth l'emporte ! Fallait-il qu'il soit imbibé comme chiffon de cuisine à l'heure même de leurs premières retrouvailles ? Accédant avec un retard certain à la requête, il finit par opiner du menton en écartant les épaules pour l'observer prendre assise. Et maintenant ? Le seigneur, aussi raide qu'une lame, préfère rester campé sur ses pattes tant que sa prestance le lui permet encore. Incapable de se décider à quelle attitude porter son attention, il piétine le sol comme statue en son socle tout en lovant son interlocutrice dans ses deux onyx embrasés. Fiers, mais embrasés.

À la question, il infirme par un mouvement de tête, non sans avoir au préalable transvasé ses orbes jusqu'au fond du couloir. « Las, non. » La gorge nouée d'un phonème distendu, il racle et déglutit avec pesanteur, fustigé par l'aube d'une honte grandissante. « Je n'ai pas de masque », est-ce là tout ce que le lord trouve à gloser, se maudissant aussitôt sous quelque discrète grimace. De tous les êtres qu'il aurait préféré ne jamais croiser en pareille conjoncture, la Blackthorn se hisse haut dans la liste. Et si son patronyme, jusqu'ici, n'était que spéculation informelle dans les dédales de l'absentéisme, la Ronce devient, en cette simple apparition, un miracle de blâme. Peut-il seulement confesser ses tourments, aussi pleutres et égocentriques soient-ils, à cette rivale d'ascendance dont il ne connaît plus les sincères opinions ? Quelque part au fond, il lui semble discerner avec clarté le réel tambour joué par ce noble cœur jadis tant adoré – et encore tant estimé. À son image, ne serait-elle qu'un pion façonné par les traîtres nippes de l'artifice ? Ne sert-elle la reine Sylarne que par ambition, survie ou réel loyalisme ? Naguère, il aurait pu deviner les desseins de la jeune-femme, mais peut-il encore prophétiser le flot de pensées traversant le crâne de Blaze ? Il en doute. Et il en doute plus encore que son médiocre état ne lui procure qu'une nébuleuse mer d'encre dans laquelle se jeter. « Mais tu t'y rendais », constate-t-il en percevant du coin de l'œil les reliefs d'un sculptural canidé. « Au bal, je veux dire. » Et où d'autre ? Mortifié par l'absence certaine d'une réflexion claire dans ses propos, il décide de rejoindre la dame aux lueurs d'or en prenant place à l'extrémité du banc. Non pas qu'il s'agisse là d'un long meuble duquel on pourrait y placer plus de quatre personnes, mais le plus loin étant pour lui le mieux, au vu du parfum alcoolisé entêtant l'air autour de sa charpente. Car à trop rester debout, il craint offenser la lady et vexer leur amitié.

« Je ne me sens guère l'âme à festoyer, je serais un bien piètre convive si je me terrais comme je le fais à présent au nez et à la barbe d'une telle faune. » Et comme il doit être dense, ce carnaval des animaux. Il risque un sourire, mais c'est une risette amère et las qu'il ne trouve qu'à offrir, buste tourné vers l'héritière Blackthorn. « Mais puisque tu en as trouvé le courage suffisant, je ne voudrais guère te faire surseoir au devoir. » Une chose est sûre, dans ce puits d'incertitudes, c'est qu'il la devine aussi peu encline au jeu des mondanités que lui-même l'est. Aussi le plaisir ne peut-il être évoqué, pas plus que ce sombre désir planant à travers ses silences pour la convaincre d'abandonner là l'épais amas noyé de vin qu'il a choisi de porter, en cette nuit, comme sa propre mascarade.


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Ronce à la Rapière

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Ronce à la Rapière
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MessageSujet: Re: [EVENT] Corrosion. (blaze)   Dim 4 Mai - 20:37

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Corrosion.

blaze & dralvur
Pas de masque… Je baisse de nouveau la tête, un sourire déçu sur les lèvres. L'excuse est piètre mais valable, même si je pourrais lui arguer qu'il est impossible d'avancer à la Cour sans avoir un masque sur les traits. Mais ça serait vain de lui répondre cela. Il me semble ailleurs, troublé par je ne sais quoi. Mon cœur bondit de nouveau, espérant sans doute que je ne sois pas la seule à être émue. Mais quoi, que puis-je faire ? L'immobilisme est la meilleure solution, alors que je suis plus proche de lui que je ne l'ai été pendant des années. Le silence retomber tandis que nos pensées nous encerclent. Le grondement de sa voix déchire le voile songeur tandis qu'il observe que j'ai l'attirail pour m'y rendre. Je hoche la tête, sans mot dire. J'y vais, plus par devoir que par envie. Il reprend place sur le banc, sans pour autant être particulièrement proche. Nos regards ne se croisent guère et mes mains restent sur mes genoux, toujours croisées. « Je ne me sens guère l'âme à festoyer, je serais un bien piètre convive si je me terrais comme je le fais à présent au nez et à la barbe d'une telle faune. » Je relève la tête vers lui, inquiète : qu'est-ce qu'il l'empêche de se réjouir ? D'autres interrogations viennent. Suis-je donc une piètre convive ? Plutôt une qui n'a pas la tête à rire et à tournoyer. Les doutes m'assaillent et je crains que cela ne soit perçu par les maîtres de la comédie qui virevoltent déjà dans la salle des fêtes. Pour le bien d'Irinwe et de son entreprise, je ne peux pas me trahir physiquement. Dralvur sait-il ? Partira-t-il lui aussi ? À son ombre de sourire, les miennes répondent en s'étirant avec timidité. « Mais puisque tu en as trouvé le courage suffisant, je ne voudrais guère te faire surseoir au devoir. » Le devoir. Comme il me connait encore bien. Ce sont peut-être les deux dernières valeurs qui me restent, même si on peut dire que mon courage m'a bien fait défaut lorsqu'il aurait fallu combattre l'envahisseur au nom des Ebonhand. Ma mine s'assombrit : je ne suis pas encore dans la Cour et le masque que je devrais arborer n'est pas encore nécessaire. Ne suis-je pas en présence d'un ami ? Oui mais, les années nous ont tenu éloignés et le revoir à présent me bouleverse plus que je ne l'aurais cru. « Oui, mon devoir… » Quoi ? Ne trouvé-je déjà plus mes mots ? Un soupir s'échappe d'entre mes lèvres tandis que je m'affaisse sur mon séant. Je fixe mes mains, des grandes paluches qui me semblent complètement impuissantes. « À vrai dire, je commence à me demander si je sais vraiment où est mon devoir. » Il n'est pas prudent de me confier ainsi alors que nous sommes entre les murs de Jernvugge. Être en présence de Dralvur me ramène des souvenirs que je devrais laisser de côté. Nous ne sommes pas à Staltistler. L'eau a coulé sous les ponts depuis les étreintes enfiévrées et j'ai l'impression de reprendre où je l'ai laissé. « Je ne devrais pas te dire ça. » Je ne devrais pas dire ça tout court, à personne, pas même à moi-même. La mauvaise paire d'oreilles qui écoute, et c'est ma tête qui finit sur une pique. Suis-je inconsciente ? Pourquoi est-ce que je ressens le besoin de me confier à l'ours cendré alors que ça n'est ni le temps, ni le lieu ? Peut-être que je regrette, sinon cette liaison que nous avons eue, des années plus tôt, au moins ce départ précipité. Je ne sais comment me comporter en sa présence, j'ai l'impression d'être une grande vache incapable de savoir où elle va et ce qu'elle veut.

« Dralvur… » Je le scrute, je déglutis, j'attends. Tout était plus simple avant. Mais je ne peux avouer cela. Pas plus que je ne peux lui dire qu'il m'a manqué, pendant toutes ces années, ou que j'aurais voulu mille fois chevaucher jusqu'à Redcliff pour l'y retrouver. L'honneur, le misérable honneur qui se reconstruit, refuse de ployer, conscient que je ne peux pas parler. Mes lèvres tremblent, entrouvertes, et je m'éclaircis la voix, tout en sachant que je n'ai aucune idée de ce que je pourrais lui dire. Je me relève finalement, hésitante encore et toujours, me haïssant pour ne pas savoir ce que je souhaite. « Je te demande pardon, tu voulais peut-être être seul. »


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MessageSujet: Re: [EVENT] Corrosion. (blaze)   Lun 5 Mai - 22:26

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Corrosion.

blaze & dralvur
Il discerne le trouble, palpe l’embarras et, au-delà de la nuée éthylique, constate le malaise. Ne sont-ils tous deux que des marionnettes aphones incapables d’étancher leurs phonèmes…? Blaze, droiture insoupçonnable, lui semble se craqueler tel un vase, et, fêlure après fêlure, s’effondrer dans l’affliction pudique. Une retenue que lui-même agrée, ou du moins tente d’agréer, derrière son étroite collaboration avec son austère beuverie. « Je ne devrais pas te dire ça. » Et pourtant. Un mot, une palabre, tout pour exorciser l’étau qu’il discerne en travers de la gorge féminine. Il esquisse un mouvement de bras qui trépasse à mi-chemin, incapable de matérialiser son subit élan au-delà de la pensée. Trop de carcans. Trop d’entraves formelles. Il lui semble retourner une décennie plus tôt, sur ces hauts remparts balayés par les vents, tous deux bien incapables d’enrayer la moindre syllabe pour n’édicter autre chose que les simagrées dues à leurs rangs. « Allons… » Ils sont peut-être, finalement, devenus de simples étrangers. Des étrangers corrodés par leur grave dignité et fustigés par l’ombre planante des paranoïas gouvernementales. Craindre l’éclat des surins jusque dans les orbes amicaux. Que ce jeu est lassant. Que cette course est épuisante. « Dralvur… » Parle-moi, éructent ses billes d’onyx, émancipe-nous de ces chaînes. Mais elle se relève, coupant net tout contact. « Je te demande pardon, tu voulais peut-être être seul. » Dans un grommèlement, l’Ours s’ébranle et se hisse à l’instar de la lady. Mais il ne s’agit là que de leur seule analogie, car, aussitôt porté sur ses deux jambes, le seigneur vacille et se rattrape de justesse à la boiserie du meuble, sa lourde carcasse chancelant comme férie par une invisible bourrasque.

« Mordiable ! » Reprenant maladroitement contenance et l’esprit pourfendu d’une honte sourde, il tord ses ridules et contracte ses lippes. « Peste soit la sénescence ! » D’une humeur égale au plantigrade symbolique, il recoiffe son crin d’argent et tire sur ses nippes avec autant de délicatesse que son aigreur avinée ne le lui permet. « Pardonne-moi. Je suis… » Reniflant avec éréthisme et faisant voltiger ses globes sur le panorama de pierre, il finit par s’emporter, agitant les paluches et piétinant le dallage. « Je suis soûl ! Par tous les dieux, je suis complétement soûl !! » Une montagne aurait pu s’ébouler que l’écho aurait été équivalent, ricochant à travers couloir et voûtes avec la force de cette voix trop souvent jugulée. La rocaille grogne encore un peu dans sa trachée de grizzli mal léché lorsqu’il daigne enfin poser son regard oléagineux sur l’héritière Blackthorn. Si l’opprobre gondole bel et bien sa gloriole, il n’en reste pas moins le ser vrombissant d’ardeur que les couloirs de Jernvugge n’ont que trop rendu docile. Le vin ruisselant dans ses veines aidant grandement à la réincarnation de l’homme de guerre, le patriarche maudit avec un timbre déjà plus dominé : « On ne regrette jamais autant ses vingt ans d’âge qu’une fois le gosier détrempé. » Naguère, il aurait fallu un tonneau entier à lui engouffrer l’estomac vide pour ressentir ne serait-ce que le tiers de son état actuel. Piteux mais encore torrentiel, il se saisit d’un bras de Blaze en faisait fi de toutes convenances. « Je voulais être seul, il est vrai, mais reste encore un peu. La brouillasse épaisse accumulée dans mon esprit s’évapore en ta simple présence. » Voilà qui est dit. Détachant sa patte à retardement, une torpeur saisissante l’empoignant après pareille fébrilité, il ajoute à demi-mot. « Si je t’embarrasse, je comprendrai ta dérobade. Mais si tu veux bien supporter encore un peu l’ours sénile que je suis, de grâce, ne tais plus tes tourments. » Et peut-être qu’ainsi, à deux, ils parviendront à se dépêtrer de leurs sujétions dévastatrices, avec ou sans oreilles indiscrètes pour les écouter, car ainsi désinhibé, Dralvur semble abominer sa vigilance si pointue. A ses risques et terribles périls.


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Ronce à la Rapière

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MessageSujet: Re: [EVENT] Corrosion. (blaze)   Mar 6 Mai - 0:20

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Corrosion.

blaze & dralvur
Il va pour me retenir et tombe presque immédiatement. Inquiète, je fais un pas vers lui et je scrute son visage tout en essayant de recomposer ma mine. Heureusement -peut-être- il est trop imbibé pour repérer mon trouble passager.
« Pardonne-moi. Je suis… Je suis soûl ! Par tous les dieux, je suis complètement soûl !! » Le tonnerre gronde dans les couloirs et sa voix porte plus loin qu'il ne le voulait sans doute. Je regarde autour de nous, mais personne n'a l'air de s'approcher. Nos regards se croisent et ça n'est nullement la consternation qui orne mes traits, mais bel et bien une compassion certaine. Après Lady Jora, en voilà un autre qui boit plus que de raison aujourd'hui. Peut-être que je devrais m'y mettre, moi aussi ? Non, sans doute pas. Mes doutes en seraient décuplés, absolument pas annihilés, et ils sont déjà bien assez nombreux à ce jour. « On ne regrette jamais autant ses vingt ans d’âge qu’une fois le gosier détrempé. - Arrête un peu avec ton âge. » La phrase, amicale, est un murmure qui ne traverse peut-être pas le voile de son ivresse. Même moi je me demande pourquoi je m'autorise à la prononcer. Sans doute pour dédramatiser. Il y a sans doute une raison pour laquelle il a bu autant, mais j'ignore si je veux la connaître déjà. Profitant de notre proximité, il se saisit de mon bras et m'attire un peu plus près, pour me retenir dans un possible départ. « Je voulais être seul, il est vrai, mais reste encore un peu. La brouillasse épaisse accumulée dans mon esprit s’évapore en ta simple présence. » J'acquiesce sans mot dire et je prends place à ses côtés, plus proche que tout à l'heure. L'odeur d'alcool ne me dérange pas, j'ai baigné dedans pendant l'après-midi, ça n'est plus ça qui va changer grand chose. Non, ce qui continue de me bouleverser, c'est de le retrouver, et d'être divisée par des envies contradictoires. « Si je t’embarrasse, je comprendrai ta dérobade. Mais si tu veux bien supporter encore un peu l’ours sénile que je suis, de grâce, ne tais plus tes tourments. - Ma gêne n'est pas de ton fait, mon ami. » Sont-ce les vapeurs alcoolisées qui embrument mon esprit à leur tour ? Je ne pourrais le dire. Mais voilà qu'une de mes mains vient serrer une des siennes, et entrelacer nos doigts. Que fais-je ? Ça ne recollera en rien les débris entre nous. Le temps est passé et a érodé les éclats tranchants, mais ça n'enlève en rien la fissure. Tout était plus simple plus tôt et lui tenir la main sans rien dire ne facilite rien du tout.

Il y a bien une raison pour laquelle je me refuse à le lâcher. Les masques tombent les uns après les autres et il n'y a peut-être que son visage qui reste encore celui que j'ai pu connaître. Oui, il veut protéger les intérêts de Jora, et oui, il se fait passer pour un soutien de Jorkell. Mais lui, au moins, est resté fidèle à ses serments, même s'il le fait de manière détournée. Un sur deux. Un sur mille, même. Je retrouve l'homme que j'admirais quand j'étais jeune et celui que j'admirais encore au début de notre liaison. « Je reste. Encore un peu. J'ai besoin de clarifier mes pensées avant d'aller dans la fosse aux lions. » Sourire amer, lucidité contre brume. Et la brume encercle la lucidité, m'aveugle et me fait oublier où je suis. « Plus les heures passent et plus les regrets m'envahissent. » Par rapport à lui, à nous, ou à autre chose ? Je ne précise pas. Le simple fait de verbaliser cela est déjà énorme de ma part. Ma fierté en prend un coup, mon honneur lèche ses plaies et mes prunelles claires cherchent les billes sombres de l'Ours. Dans une main, le loup ouvragé, d'un noir d'ébène, brodé de fils argentés. Dans l'autre, la patte de l'ursidé, sur laquelle j'exerce une légère pression. « Ne prends pas l'absence d'interrogations sur ton état pour de l'indifférence de ma part. Je suppose que tu as bu pour oublier : ce serait fourbe de te forcer à refaire face à tes démons. » Je devrais boire, moi aussi. Mais je redoute d'avoir besoin de mes réflexes : j'ai prêté serment et même s'il y a une multitude de gardes dans la salle des Fêtes, je sais que celle qui devrait protéger la Reine personnellement est en retard. Je ne peux noyer les fantômes de mes décisions dans le Myr ou l'Arbor. Mais, même sans boire, je perds le contrôle, me croyant dans un endroit plus sûr et éloigné des trahisons de la capitale du Nord. « Parfois, je me surprends à souhaiter n'avoir jamais refermé la porte ce jour-là. » Le jour où j'ai vu qu'il allait être dévoré par ses propres regrets et spectres. Tais-toi, maudite. Qu'est-ce que je raconte ? Ça ne sert à rien de reconnaître cela. Ç'a été déjà assez difficile de le quitter une fois, alors pourquoi piétiner les brisures du passé ? Je secoue la tête et observe le mur en face de nous. « Pardonne-moi, Dralvur. D'évoquer le passé. Pour un peu, on pourrait croire que c'est moi, l'ancêtre. »

Des cliquetis d'armure se font entendre en provenance du tournant par lequel je suis arrivée et ma main s'échappe soudainement de la sienne, comme une adolescente prise sur le fait et voulant avoir l'air innocente dans un réflexe imprévu. Les deux gardes passent en nous jetant un regard, mais ne s'attardent nullement. Rien de douteux à la présence de deux nobles ici, même si à l'écart de la fête. Ils poursuivent leur chemin et je les suis du regard jusqu'à ce qu'ils disparaissent au bout du couloir, à un autre tournant. Seuls à présent, je regarde mes mains sans oser croiser son regard. J'avoue enfin, à voix basse : « Je déteste cet endroit. » Jernvugge en général, ou le couloir en particulier ? Il comprendra ce qu'il voudra, car moi-même j'ignore ce que je veux vraiment dire.


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MessageSujet: Re: [EVENT] Corrosion. (blaze)   Ven 9 Mai - 3:00

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Corrosion.

blaze & dralvur
Consolé quant à la présence de la Ronce, le seigneur parut délester un lourd poids de ses épaules au regard de la subite légèreté valsant sur ses rides préoccupées. Il n’aurait pu la comparer à aucune autre dame, de cour ou d’ailleurs, car elle était unique en ce sens qu’elle ne relevait pas du parangon pontifié de la lady devant qui, ami ou pas, l’on devait garder contenance, prestance ou dignité. Peu chaut de son état, elle en venait même à faire preuve d’un tact dont il la redécouvrait toujours aussi pourvue. « Ne prends pas l'absence d'interrogations sur ton état pour de l'indifférence de ma part. Je suppose que tu as bu pour oublier : ce serait fourbe de te forcer à refaire face à tes démons. » Fourbe, non. De sa part, au moins, ne l’aurait-il pas pris ainsi. Mais il préféra effectivement passer sous silence le berceau de son affliction éthylique, peu enclin à déverser, même envers Blaze, tous les tourments corrodant ses sentiments contradictoires. Il était des aveux que même la plus complice des âmes ne pouvait ouïr. Branlant du chef avec douceur, il retint ses mots jusqu’à ce que ceux de la Blackthorn ne lui arrachent une sourde stupeur camouflée en pudibonderie. Que venait-elle de lui confesser ? Sinon qu’un éclat des plus antédiluvien, jaillissant du passé sans qu’il ne puisse s’y préparer. Les conjurations de cette soirée lui tenaient tant le crâne dans un étau d’acier, que son cœur s’était gardé de ressasser ce qui ne pouvait être ravaudé entre eux deux. Une liaison jamais oubliée, une affection jamais tue, mais l’ensemble savamment emmitouflé sous des années d’abnégation. Pris de court par la déclaration timorée, le patriarche ne sut quoi dire, ni que faire… ni même quoi penser. « Pardonne-moi, Dralvur. D'évoquer le passé. Pour un peu, on pourrait croire que c'est moi, l'ancêtre. » Ses fines lippes dignes de saillies montagneuses parurent vouloir articuler une réaction, mais restèrent finalement quiètes, assujetties au soudain mutisme de Snowhelm et au branle-bas opéré dans leur couloir. Ce n’est qu’en sentant les phalanges de Blaze se dérober aux siennes, qu’il comprit les avoir gardées jusque-là dans la paume chaude de sa main. Etait-il à ce point gris que l’alcool avait anesthésié ses moindres terminaisons nerveuses ? Ou n’était-ce là que de tristes représailles lancées par un muscle cardiaque lasse de devoir endurer des kyrielles d’émois ? Faisant fi du passage des fantassins – car tout aviné qu’il eût été, il n’en restait pas moins un seigneur de guerre que de simples cuirasses n’ébranlaient guère –, il se perdit dans la contemplation du profil féminin qui se détachait avec morosité, le phonème lasse pour tout linceul.

« Je déteste cet endroit. » Il eut un sourire, triste et amère. « Qui l’apprécierait. » Prenant fait et cause à l’encontre du palais, il poursuivit en rivant ses onyx au-delà de leur périphérie, loin devant vers la salle du bal. « Je gage que, touts flattés qu’ils puissent être par leurs hautes fonctions, même le roi et la reine abhorrent ces prestigieuses cloisons. On n’est jamais moins à l’aise que sur les stalles d’un si grand échiquier. » Il haussa sourcil, baissa menton, et prit ce genre d’inspirations à faire fendre des stèles. Que cette soirée était morose, délavée de tout pigment et rincée par la désolation. Dans sa contemplation, il remarqua à nouveau le canidé de jais, chose qui, étonnamment, lui redonna sourire. « Un loup », fit-il doucement, indiquant brièvement le masque tenu et croisant ses mains contre rachis. « Voici bien un acte de foi, que de porter l’effigie d’un prédateur en pareille faune. » Il releva sa barbe cendrée taillée à la perfection, portant ses orbes droit dans les gemmes de la lady, l’écho de la risette continuant de soulever ses commissures. « C’est un animal qui n’aime guère la solitude. Il ne vit qu’en meute. Je ne t’aurais jamais imaginée porter cette bête-ci. » Vraisemblablement pas. Il n’y avait là nul insulte, mais la Ronce était selon lui  à l’image d’un astre gravitant seul : fière et unique. Que l’on s’attarde sur son statut social ; dernière héritière de ses titres et singulière garde du corps, ou son statut civique ; veuve et jamais plus remariée. Il se prit à faucher une interrogation des plus malvenue, comme celle de se demander si un autre que lui avait pu, ces dernières années, combler sa couche. Prêtant ces élucubrations aux flots turpides de l’alcool – ces mêmes flots qui commençaient à lui faire voir trouble –, il reprit avec une maîtrise digne de ses aptitudes martiales. « L’aigle. Je t’aurais bien vue avec un aigle. Il surplombe la masse et fend les cieux avec droiture et opiniâtreté. Ses serres sont acérées, mais elles ne servent jamais la cruauté. Elles ne sont là que pour œuvrer avec instinctivité. » Il haussa de nouveau un sourcil, manquant lâcher un rire éthéré. « Mais j’imagine que le bec n’aurait pas été des plus esthétique à porter ! » Puis il conclut, en lorgnant le galbe d’une épée camouflée sous robe. « Bien que je te constate pourvue de ton propre ergot. » Priant les dieux pour qu’elle n’en ait, en cette soirée, nullement l’utilité.


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MessageSujet: Re: [EVENT] Corrosion. (blaze)   Lun 12 Mai - 1:40

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Corrosion.

blaze & dralvur
Un échiquier. Les jeux de pouvoir m'épuisaient, et Dralvur semblait les observer de loin, sans pour autant qu'il soit possible de savoir s'il y prenait part ou pas. Ma mine s'assombrit un court moment et je restai muette, prise dans mes pensées. Puis, sa voix, douce, me ramena à l'instant présent. « Un loup. Voici bien un acte de foi, que de porter l’effigie d’un prédateur en pareille faune. » Sourire amer. Certains avaient des visages de félidés, d'autres de créatures surnaturelles, certains arboraient des effigies humaines et des masques neutres. J'avais opté pour le loup, plus par pragmatisme que pour une autre raison. Ce masque était un de ceux que j'avais pu porter dans ma jeunesse, il m'allait encore par miracle et j'avais choisi de le ressortir pour l'occasion. Avais-je pensé au symbolisme de l'animal ? Rien n'en était moins sûr. Dralvur poursuivit, puisque je ne l'interrompais point. « C’est un animal qui n’aime guère la solitude. Il ne vit qu’en meute. Je ne t’aurais jamais imaginée porter cette bête-ci. » Oubliait-il les loups solitaires ? Ceux qui chassaient seuls, hurlaient à la lune dans l'espoir d'un jour trouver un semblable ? Cela revenait à ce qu'il disait, certes : les loups étaient faits pour vivre à plusieurs. Je haussai les épaules, prise dans un piège comme l'animal lupin en forêt. Pouvais-je plaider l'insouciance ? Il n'y croirait sans doute pas. Et pourquoi ressentais-je le besoin de me justifier à ses yeux ? « J'aurais pu aussi me passer d'un masque. », hasardai-je sans être moi même convaincue. Qu'aurait-il pensé me voir porter ? Quel attribut animalier semblait évident à ses yeux ? Je n'eus pas à l'interroger plus allant puisqu'il continuait, comme s'il avait lu mes pensées : « L’aigle. Je t’aurais bien vue avec un aigle. Il surplombe la masse et fend les cieux avec droiture et opiniâtreté. Ses serres sont acérées, mais elles ne servent jamais la cruauté. Elles ne sont là que pour œuvrer avec instinctivité. » Je retins un soupir dévasté : las ! Pourquoi me croire droite lorsqu'on connaissait ma lâcheté ? Je le contemplai avec douleur, ne sachant que dire. Je le laissais parler, alléger l'atmosphère d'une remarque qui parvint à m'arracher un soulèvement de commissure. « Mais j’imagine que le bec n’aurait pas été des plus esthétique à porter ! - M'est avis que tu as raison.  » Je fixai un instant le masque dans ma main, cherchant à me le représenter comme étant l'image d'un aquilin oiseau. Mais rien à faire, mon imagination se refusait à en changer la forme. Et Dralvur remarquait la présence de ma lame. « Je serais un bien piètre bouclier-lige si je laissais mon arme avec le reste de mon armure. » Un instant, ma main se saisit du pommeau de l'épée, comme pour s'assurer qu'elle était toujours là. Le contact du métal froid m'apaisait, alors que mon cœur continuait de battre la chamade. Je pouvais toujours mettre ce phénomène sur le compte de la pression sur mes épaules, de l'anticipation face au Grand Bal et aux mille dangers qui pouvaient s'y dissimuler.

Je n'aurais pas dû rester là, mais je ne pouvais me résoudre à quitter le seigneur de Redcliff. Mais d'un autre côté, qu'attendais-je ? Qu'espérais-je ? Les compliments qu'il m'avait faits sous couvert de décrire le roi des cieux étaient sans doute plus que ce que la décence autorisait. Treize ans s'étaient écoulés, et nous étions sur le point de voir un nouveau gouffre se creuser, sinon entre nous deux, au moins entre deux camps. « Toi aussi, tu comptes partir ? » Étais-je folle ? Pourquoi l'interrogeais-je sur un projet qui n'avait pas encore porté ses fruits ? Je pouvais parler de n'importe qui. Je ne disais pas de noms, pour ne nuire à personne, mais je voulais en avoir le cœur net. J'espérais qu'il resterait, redoutant de me retrouver dans une citadelle vide de personne de confiance vers qui se tourner. L'inquiétude, quoiqu'infime, se lisait sur mes traits. Je ne voulais pas qu'il parte. Je venais à peine de le retrouver et un besoin s'était réveillé. Mais quoi, j'étais celle qui avait tiré un trait sur une histoire ensevelie sur la poussière et le temps, je n'avais pas le droit de réanimer le lien. Je n'aurais même jamais dû en faire mention. Je voulais savoir s'il était heureux, mais le décès de sa femme, et d'un de ses fils, avaient forcément lutté contre son bonheur, même si le départ de sa femme était déjà ancien. Je ne pouvais pas lui demander cela, pas en l'ayant retrouvé ivre, et en soupçonnait qu'il avait bu pour oublier -mais oublier quoi ? Là aussi je m'interdisais de l'interroger.
Toujours pleine de regrets, je m'assis sur le banc, lui laissant la place pour se poser à mes côtés s'il le souhaitait. Je savais que je devais y aller, que mon devoir ne pourrait attendre plus longtemps, mais une question me brûlait les lèvres et je savais que je n'aurais peut-être que cette occasion pour la lui poser. « Tu m'associes à l'aigle, mais comment peux-tu toi-même en être convaincu ? De quelle droiture parles-tu, au fond ? » À cette minute-même, mes regrets m'aveuglaient et me renvoyaient un reflet bien trop sombre de ma personne. Je ne parvenais pas à me pardonner, et pour un peu, je me haïssais presque moi-même. Je poursuivis, la voix plus basse encore, en le fixant de billes perdues où brillaient des larmes prêtes à couler : « Comment fais-tu, Dralvur, pour ne point me haïr ? »


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Ours cendré d'Ibenholt

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MessageSujet: Re: [EVENT] Corrosion. (blaze)   Mar 13 Mai - 2:05

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Corrosion.

blaze & dralvur
« Certes. » Il s’amusait soudain du truisme formulé. Même en ces festivités nocturnes, elle se devait d’être ce pourquoi elle œuvrait au sein du palais ; l’ombre dissuasive de la reine. Aurait-elle besoin d’exposer sa lame et lui faire cingler l’air contre une quelconque menace, ce soir ? Un lourd pan de l’occulte manœuvre lui demeurait mystérieux, et s’il avait – bien piètrement, selon lui – concouru à l’intrigue fomentée dans l’espoir de faire éclipser l’astre Ebonhand de ses tristes cieux, il avait aussi d’ores et déjà saisi ce crachin de vanité le cerclant à l’heure du glas. Certainement cette révélation fut-elle le levier de son coude, qui s’était hissé haut pour abreuver son gosier de flots éthyliques une heure plus tôt. Et voilà qu’il s’était fait aussi oiseux que soûl. A brûle pourpoint, lady Blaze émit une nouvelle interrogation qui, comme la plupart de ses autres homonymes, laissèrent le lord pantois. S’il ne comptait effectivement pas démunir Jernvugge de sa colossale stature, la question lui cingla toutefois ses brumeuses pensées. Nombre de fois, depuis son conciliabule avec Jora, le patriarche s’était laissé bercer par la supposition avancée. Partir aux flancs de la princesse était en soi la plus basse erreur de jugement qu’il aurait pu commettre depuis des années, et pourtant, l’irrésolution le faisait vaciller dans un caprice tenace. Il en oubliait ses terres, ses titres et sa dignité que le courroux royal ne manquerait pas de bosseler à coups de calomnie, avant de porter sur son crâne et son entière maison le sceau de l’apophtegme, et ne pensait plus qu’au fumet délectable de la liberté, des sentiers battus, et des idéaux clamés avec force et foi. Il s’était découvert homme politique au sein du nid des freux, mais il restait avant tout homme de terrain, homme de guerre et homme considérable. Ici, les regards obliques et les railleries lui injectaient une prodigieuse nausée. Que n’eût-il fait pour s’emparer de sa flamberge et trancher ces minois de renards. Il ne contenait que de trop le rugissement féroce de l’ours que des générations d'aïeuls avant lui avaient fait éclater. « Ma place est ici. » Mais une fois encore, force était de constater qu’il se muselait.

La Ronce était naturellement au fait des stratagèmes ourdis par sa lionne, mais était-elle au courant des moindres détails conjecturés ? Ravalant ses lèvres en une mine pensive, il l’observa se rassoir sans mot dire avant de plier échine pour la suivre et de se raviser brutalement. Il ne savait plus si les paroles de la dame lui devaient être humbles ou blessantes, car à mieux y regarder, il discernait là un blâme camouflé. Celui de renier son opinion puisque lui-même n’était plus qu’un totem abîmé. Oui, de quelle droiture pouvait-il bien parler, lui qui ne devait être aux yeux de la lady qu’un fade reflet du passé. L’alcool bouillant dans ses vaisseaux lui fit battre ses pommettes d’un rouge sanguin, hélant là l’opprobre alimenté et la poussée d’humeur éructant à nu dans ses entrailles. Sa mâchoire hirsute se fendit comme il serrait son émail, avant qu’elle ne l’achève d’un dernier surin. « Bons dieux ! » L’éclat de roche revenait courtiser les voussures du haut plafond. Frappant un ennemi invisible, il rythma une paluche qui, armée, aurait pu trancher en deux un homme de l’aine jusqu’à l’épaule. S’en allant de quelques pas, puis revenant, il planta ses onyx droit sur la figure féminine. « Que sont-ce ces inepties ?! Est-tu à ce point cruelle qu’il te faille rincer nos plaies au vinaigre et au sel ? Je ne puis supporter plus longtemps de t’entendre mésestimer ainsi ce que je te dis être vrai, et je ne puis définitivement pas supporter les cendres que tu t’obstines à raviver ! C’en est trop ! Oui, tu renfermes encore cette droiture. Nous ne sommes ni ne deviendrons jamais des faquins de basse extraction qui mendient leur honneur au regard de quelconques avantages ! » Viscéralement, son verbe était venu l’inclure. Comme l’on se donne courage. Comme l’on se ment. Lui-même ne savait plus, le chaudron qu’était devenue sa cervelle commençait à consumer ses réflexions. Figure irascible, il concluait. « Et, oui ! Je t’ai haïe. Quel homme, quel mortel, aurait pu ne point te maudire ?! » Soupesant hors d’haleine ses aveux, il parut traduire la portée douloureuse de ses syllabes en fixant Blaze. Lentement, ses mains séditieuses, jusqu’ici articulées par sa véhémence, s’abaissèrent en même temps que son masque torve s’écoulait sur le marbre du sol. Ne pouvant effacer ce que la fatigue, la tension et le vin s’étaient évertués à excaver, il prit le temps de fermer les paupières, les rouvrir, et réapprivoiser un timbre bas pour articuler. « Je t’ai haïe par amour, et non pas par discernement. Je t’ai haïe parce que tu as été la plus brave de nous deux. Je t’ai haïe parce que la douleur rend puéril, égoïste et amer. Mais je n’ai pas réussi à tenir très longtemps cette infernale cadence. Mon cœur était déjà trop lourd pour supporter un second supplice, et lorsque tu m’as écrit… » Il ne la regardait déjà plus. « Nos correspondances ont été les pierres de notre sépulture. Chaque lettre m’a aidé à faire le deuil de ce que nous étions, et aurions pu être. Et je ne profanerai jamais ce que j’ai enfoui là-dedans. Jamais. La géhenne encourue serait invivable. »

Il redressait ses orbes et, d’une douceur anesthésiante, son torse se souleva dans une profonde inspiration. Il se sentait subitement las. Terriblement las. « Ne t’afflige plus de quelconques arias, ce serait te punir et je ne désire rien d’autre que de te savoir délivrée. Enterre ces tourments, le présent est bien trop ombreux pour que tu laisses de telles afflictions t’anéantir. »


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Ronce à la Rapière

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MessageSujet: Re: [EVENT] Corrosion. (blaze)   Mer 14 Mai - 2:12

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Corrosion.

blaze & dralvur
Oh, cœur imbécile, pourquoi avoir posé une telle question ? Qu'espérais-je comme réponse ? Je n'étais pas sotte au point de croire que nous pouvions raccommoder ces éparses bouts d'étoffes déchirées qu'étaient nos existences. Ou peut-être l'étais-je encore un peu. L'enfant de vingt ans et quelques, enivrée d'amour et de belles chansons, qui ne retenait pas la leçon qu'on tentait de lui inculquer avec les années, persistait à poindre au fin fond de mon esprit. Je n'avais jamais douté de son honneur et de sa propre droiture : c'était bien quelque chose que je ne remettrais jamais en question. Non, ce que j'avais interrogé, c'était sa vision des choses et sa foi en moi, qui l'avais perdue. Mais l'insouciance avait laissé mes lippes prononcer des mots qui n'auraient jamais dû franchir le seuil de mon âme. Cette question était cruelle, il était vrai : cruelle pour lui, cruelle pour moi, cruelle pour nous. Attendais-je qu'il chante mes louanges ? Peut-être un peu. Mais tout ce que je réussissais à récolter était un courroux que je n'avais pas prévu et qui achevait de saccager cette factice paix intérieure. « Que sont-ce ces inepties ?! Est-tu à ce point cruelle qu’il te faille rincer nos plaies au vinaigre et au sel ? Je ne puis supporter plus longtemps de t’entendre mésestimer ainsi ce que je te dis être vrai, et je ne puis définitivement pas supporter les cendres que tu t’obstines à raviver ! C’en est trop ! Oui, tu renfermes encore cette droiture. Nous ne sommes ni ne deviendrons jamais des faquins de basse extraction qui mendient leur honneur au regard de quelconques avantages ! » Il me taxait de cruauté et il avait sans doute raison, car qu'était-ce que je voulais de lui ? Je rouvrais des plaies laissées en paix pendant des années, tout ça pour quoi ? Je n'en savais rien. Sans doute était-ce la journée où je me sentais plus que vulnérable, et moins que rien. Il bouillonnait et je me broyais de l'intérieur sans mot dire, en peinant à soutenir son regard de jais. « Et, oui ! Je t’ai haïe. Quel homme, quel mortel, aurait pu ne point te maudire ?! » Au moins j'étais fixée. Une question bien sotte, dont la réponse me faisait aussi mal que l'ignorance. Je tenais bon en apparence, tandis que les flots emportaient les brisures d'un cœur malmené par des bêtises prononcées. Mais il saurait, s'il m'observait avec les mêmes yeux perçants, que cette retenue était forcée et que les barrières que je m'imposais étaient pénibles à tenir. Que les mots avaient porté leur coup. Était-ce pour cela qu'il parut prendre sur lui, sachant s'apaiser avant de reprendre d'un ton moins sonore. « Je t’ai haïe par amour, et non pas par discernement. Je t’ai haïe parce que tu as été la plus brave de nous deux. Je t’ai haïe parce que la douleur rend puéril, égoïste et amer. Mais je n’ai pas réussi à tenir très longtemps cette infernale cadence. Mon cœur était déjà trop lourd pour supporter un second supplice, et lorsque tu m’as écrit… » Naïvement, je relevais les yeux vers lui, mais il s'était détourné et poursuivait sa tirade. « Nos correspondances ont été les pierres de notre sépulture. Chaque lettre m’a aidé à faire le deuil de ce que nous étions, et aurions pu être. Et je ne profanerai jamais ce que j’ai enfoui là-dedans. Jamais. La géhenne encourue serait invivable. » Le glas sonnait depuis longtemps et je n'avais jamais eu la clairvoyance de l'écouter. Le fol espoir que ces retrouvailles avaient ravivé en mon sein n'était qu'une vaine illusion et un sursaut du cœur trompeur. Si j'étais celle qui avait la première refermé une porte physique sur cette histoire, il était celui qui achevait d'y mettre un terme, là où je ne parvenais pas à me faire à cette idée. Je devrais m'y habituer, faire taire la jeune femme insouciante en moi et oublier. Il avait raison. Je devais faire mon deuil, une bonne fois pour toutes.

« Ne t’afflige plus de quelconques arias, ce serait te punir et je ne désire rien d’autre que de te savoir délivrée. Enterre ces tourments, le présent est bien trop ombreux pour que tu laisses de telles afflictions t’anéantir. - Tais-toi. Tais-toi ! », m'emportai-je, indigne de mon rang. Je me relevai du banc, sans pour autant savoir comment j'arrivais à faire cela. Le cœur lourd et gros, je déglutis et regardai l'Ours retrouvé. Ses mots restaient empreints d'une tendresse affectueuse -ou bien était-ce ce que je voulais y entendre ?- et je dus m'armer de courage pour parvenir à hocher la tête une seule fois. Devais-je parler ? Devais-je m'incliner ? Ma main libre s'écarta de quelques centimètres de l'étoffe de ma robe, mais je rattrapai ce geste malheureux en posant presque naturellement cette main traitre sur le pommeau de l'épée. Vu de l'extérieur, l'enchainement pouvait avoir l'air tout à fait maîtrisé. Intérieurement, je reconnaissais ma nouvelle faute. Je me justifiai presque : « Grands dieux, Dralvur, je ne sais si je te hais pour les paroles que tu viens de prononcer, ou si ça n'est qu'un contrecoup. Mais je sais… Je sais… je sais que tu as raison. » Je déglutissais une nouvelle fois, tandis que serrer le pommeau de mon arme me remplissait d'une détermination certaine à vider les lieux; Mon devoir m'appelait. Et si je ne savais pas comment prendre congé, je n'eus pas à le faire, puisque des cris alarmants s'élevèrent soudainement en provenance des salles des festivités.
Mon sang ne fit qu'un tour, mais il me fut impossible de savoir à qui j'avais pensé la première. La Reine ? Jora ? Mon serment allait à la Clanfell, mais la discussion avec la jeune Ebonhand avait remué quelque chose de trop profond pour être ignoré, surtout qu'elle s'ajoutait à celle avec Irinwe. Qui fut la cible première de mon inquiétude restait un mystère, mais je m'élançais dans le couloir qui me parut interminable, en pestant contre le vêtement que j'avais pris et dans lequel je manquais de m'empêtrer. Peste soit de ces frusques !

Le masque lupin était tombé à terre sitôt que je m'étais élancée, arme au poing sortie de son fourreau, bas de ma robe replié brusquement et retenu dans l'autre main : la décence n'était pas à respecter lorsqu'on s'assassinait dans la pièce où se trouvait celle que j'avais juré de protéger. Je ne savais pas quel animal pouvait être associé à mes actes, et qu'importe les masques et les mensonges. La Cour était un nid d'assassins, mon rôle était de garder de ma vie la reine consort. Négociant un tournant avec grâce et bons réflexes, j'en arrivais bientôt dans la Salle du Grand Bal et le spectacle me laissa coite : le chaos s'était emparé de la pièce, des nobles dames avaient viré hystériques devant un acte répréhensible que je ne parvenais pas à identifier. Du haut des marches où nous étions, nous surplombions l'ensemble : cela était renforcé par nos hautes statures. Je scrutai le lieu et n'y vis pas l'éclat d'une chevelure blanche. Était-ce Lady Jora qui était à terre ? Ou bien s'était-elle enfuie ? Et où était Lady Sylarne, ma protégée ? Un dernier regard vers Dralvur, puis, la lame pointée vers le sol, et la promesse de faire attention à moi dans la cohue formulée par des yeux où pulsait l'adrénaline du combat menaçant, je fendis la foule des convives pour retrouver ma Reine. « Ne te fais pas tuer ! », lui lançai-je avant de tourner talons et de m'enfoncer dans la masse grouillante et hurlante à la recherche d'une chevelure flavescente que je connaissais trop bien..


choosing sides.
She was flitting to one side to the next, serving which ever lord or lady she fancied, they thought. Yet, Blaze lacked the wits to be a liar, and she was loyal past the point of sense. She just didn't know anymore who to be loyal to.
color: #66CCCC         @ ALASKA.

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