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 [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)

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Cerbère des Bas-Fonds

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Cerbère des Bas-Fonds
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ARRIVÉE : 16/04/2014
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MessageSujet: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Lun 12 Mai - 18:14

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would you kindly.

sigrid & dante
Les marteaux vagissaient à tordre boyaux contre les cloisons de l’atelier, offrant à la salle dans laquelle on faisait fondre et chauffer l’acier une impression de touffeur égale aux enfers. Trois hommes, torses nus et poisseux vêtus de tabliers en peau de vache, frappaient tantôt à grands coups les lames qu’ils travaillaient, tantôt surveillaient les hauts-fourneaux. Un peu plus en retrait, aux devants de la forge, à l’écart des flammes et gerbes, Dante s’entretenait avec le maître-forgeron devant un établi sur lequel reposaient des armes diverses. Si les affaires ne possédaient guère d’arcanes pour le chasseur de primes, l’environnement exigu et ébouillanté semblait comme le rendre nerveux, chassant de ses traits sa quiète nonchalance pour les brimer de ridules maussades. Chaque rugissement des âtres, chaque tintamarre ferreux et chaque instant de plus sacrifié dans cette antichambre magmatique le renvoyaient inéluctablement à ses années aux arènes, ces ergs brûlants sous le soleil de Sade où les lames expiaient une litanie qui débutait à l’aurore et cessait au crépuscule. Lorgnant furtivement vers le métal chaud que l’on sortait des braises, le stigmate sur le dos de sa main lui brûla sourdement, tirant un rictus qui parût édifier le maître-forgeron. « J’sais bien que c’pas assez, mais j’peux pas t’donner plus. » D’un signe, il balaya les deux poignards et trois épées que Firebeard lui avait amené. Inspirant férocement, le Cerbère rompit son funeste silence. « Va pour cinq deniers. » C’était bien moins qu’il n’avait escompté en tirer, mais les forges d’Ibenholt étaient généralement avares en rétribution tant leurs ateliers croulaient sous les provisions en minerais de fer régurgités par les montages de Solvkant. « J’demande pas d’où ça vient, j’imagine ? » Le molosse le guigna d’un œil torve, rendu taciturne par la mixture de son piètre gagne-pain et les souvenances térébrantes. « Contente-toi de payer. » Marauder les cadavres qu’il moissonnait sous couverture de contrats n’était, en soit, pas vraiment illégal. Mais au contraire de la plupart de ses homonymes, le chasseur ci-présent graillonnait sur l’apogée notoire qu’une telle sinécure pouvait engendrer. Il n’exaltait jamais ni ne prêchait ses récoltes, car au plus il était invisible aux yeux du renom, au mieux il pouvait se fondre dans les bas-fonds criminels. Là était, selon lui, tout l’art de traquer la vermine : en rester une soi-même. Que ce soit d’atours ou d’essence, il ne savait lui-même plus différencier sa valeur de celle de la canaille. En avait-il seulement une ? Il tendit le bras et récolta la petite bourse cliquetante, avant de branler du chef pour tout adieu et sortir de là comme s’il fût des plus pressé.  

L’air frais lui revigora les narines et l’esprit, jetant un froid salutaire sur les gouttes ruisselant de ses tempes et ranimant ses muscles engourdis. Pliant et dépliant sa paluche qui l’avait meurtri quelques minutes plus tôt, il rangea son pécule et descendit la ruelle que les dalles de pierre polie rendaient égale à un fleuve. L’astre commençait sa lente descente, indiquant le déclin de la mi-journée et renardant ses éclats à travers les venelles d’habitude si sombres. Songeant qu’il serait temps de sustenter son gouffre d’estomac avant de se rendre à la caserne Est pour glaner quelques nouveaux contrats, il fit halte subito en croyant discerner une silhouette familière. Effigie sombre et nippes velues, il vit croiser son chemin, à quelques mètres en contre-bas, la sauvageonne de la tribu Skaald. S’arrachant un infime sourire des moins harmonieux, Dante se mit à l’observer faire comme l’on épie son gibier entre futaies, à ceci près qu’il était des plus visible planté là, comme un piquet. Elle ne le distingua pourtant guère et, lestée de lourdes peaux grossièrement travaillées, elle paraissait chercher le bon huis devant lequel frapper. Arquant sourcil devant pareil spectacle, il découvrit un peu plus ses canines et redémarra sa marche jusqu’à atteindre la silhouette en se plaçant fissa entre elle et un seuil qu’elle s’apprêtait à franchir. « Je n'ferais pas ça, si j’étais toi. » Son phonème grave rendu bas était celui de la confidence, bien qu’un air matois à l’orée de la raillerie glapissait contre son faciès. « Paix, femme », gronda-t-il en lui coupant la chique, voyant que les lippes de l’autre se tordaient déjà sous un masque féroce. « Si tu n’tiens pas à gâter tes bras de vains moignons, tu ferais bien d’me suivre. » Sans attendre de réponse, il la prit par le bras et l’entraîna en amont de l’artère, repassant devant les forges d’où il s’était extirpé et la relâchant finalement, comme elle se débâtait à l’égal d’une chienne sauvage. « On sanctionne le braconnage en tranchant les mains des larrons, ici », se prit-il à expliquer pour justifier son impudence qu’il percevait déjà salement jugée dans les gemmes de l’autre. « Tu tiens là des daguets d’or. » Il indiqua ses prises d’un signe de tête. « Si leur livrée est si souple et brillante, c’est parce qu’ils sont un croisement de cerf brun et roux qui a nécessité des siècles de métissage. Mais ces hybrides ne viennent pas des forêts sauvages du nord, ils viennent des bois royaux, puisque seules les têtes couronnées ont l’droit de les chasser. En outre, félonne, tu tiens là le butin du souverain, ce qui, en dehors des sévices coutumiers, pourrait te valoir la pendaison si d’aucuns cuirassés se prenaient à faire du zèle. » Achevant sa diatribe d’un œil cauteleux, il finit par lentement pencher sa gueule de côté en dévisageant la guerrière, pour qui il eut une sempiternelle risette de squale gouailleur, pouces coincés tout contre son ceinturon. « Mais, ma foi, si tu tiens tant qu’ça à jouer aux agenouillés… » Savourant la revanche contre son palais, il distordit ses lèvres avant de poursuivre. « J’peux te trouver un mercanti installé ici qui paiera tes peaux les yeux fermés et la bouche close, sans jamais t’dénoncer aux gardes. »


you won't be leaving here unharmed
This life, which had been the tomb of his virtue and of his honour, is but a walking shadow; a poor player, that struts and frets his hour upon the stage, and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing.

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Guerrière Skaald

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Guerrière Skaald
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mar 13 Mai - 0:28

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would you kindly.

dante & sigrid
Le visage nettoyé de ses peintures tribales, Sigrid s’assied sur une bordure crasseuse qui longe le quartier des Forges, les bras surchargés de quelques peaux de bêtes qu’elle a acheminé depuis sa tanière. Si son minois semble bien plus avenant que d’ordinaire, la Skaald ne manque pas de jeter de mornes coups d’œil autour d’elle, irradiant d’une féroce méfiance envers qui la frôle. Cela fait à peine quelques jours qu’elle est à Ibenholt, essayant tant bien que mal de s’acclimater à son nouvel environnement malgré l’hostilité permanente dans laquelle elle se sent immergée jusqu’à la tête. Voilà qu’elle commence à peine à supporter cette foule omniprésente qui se déverse dans les ruelles pavées de la citadelle, qu’elle remarque les ombres qui s’éclipsent en profitant du brouhaha incessant pour commettre leurs petits larcins en toute discrétion. Discrétion. Elle met un point d’honneur à cette toute nouvelle ligne de conduite. Les regards chafouins se biaisent encore vers elle, probablement intrigués par la présence de l’arc qui lui flatte l’échine à chacun de ses mouvements. Ou peut-être est-ce du à cette errance évasive qui la dépossède de cet orgueil barbare ?
Elle n’est plus que grain de poussière luttant contre la tempête, arrachée aux siens à jamais - rat parmi les vivants qui s’arrache les restes qu’on veut bien lui jeter en pâture. La louve n’est pas encore à même de comprendre les mœurs de cette civilisation plus raffinée. Cette manie qu’ils ont de tous se cacher derrière des murs de pierres qu’ils ont dressé eux-mêmes. De ceux qui se cloisonnent dans le fer en traînant leur carcasse brinquebalante pour se préserver du fil des épées adverses. Les lois, les acquis, les risques et les peines qui amènent aux châtiments. Sigrid les découvre avec effroi, les morts-vivants - ces charognes entre deux stades qui n’ont plus la force de vivre et qui ne peuvent que se laisser dépérir. Ils errent et personne ne semble les voir. Personne, sauf elle.
Gagner quelques pièces, se fondre dans le moule et attendre d’en apprendre plus. Son combat stagne et ça la gangrène de désespoir, elle, la Skaald qui est née pour vivre ou mourir - dans la gloire.

On la bouscule et la guerrière relève le museau avec mépris, prête à mordre comme une enragée. Mais ça ferait désordre si elle se mettait à tailler dans le tas. A couper des gorges pour badigeonner de rouge les murs sombres qu’ils essaient tant bien que mal de rehausser par des estampes aux couleurs criardes. Ils essaient de couvrir la puanteur par les mets aux fragrances sucrées qui parsèment les étals pour allécher la clientèle. Et pourtant, ça pue l’urine et la décadence. C’est gangréné par la mort.
La donzelle s’arrache à sa contemplation morbide, renversant les peaux de bête sur son épaule pour les trimballer à travers les civilisés en réfléchissant à une méthode d’approche. Doit-elle gueuler sur un marchand à lui en faire tremper ses chausses ? Espérant le faire déguerpir pour qu’elle puisse endosser son rôle et vendre ses peaux avant d’attirer l’attention des cuirassés ? Non. Discrétion. Qu’elle se rappelle. D’un œil fugace, la Skaald avise les enseignes qui ballottent au dessus des portes. Les noms qui y sont gravés ne veulent pas dire grand chose pour la guerrière du Nord qui n’a aucune familiarité avec les marchés mais dans un haussement d’épaules, la brune se décide à tenter sa chance au Loup d’or. Alors qu’elle s’apprête à entrer dans l’établissement, une carrure s’interpose et Sigrid lorgne l’individu avec effarement. D’abord surprise de reconnaitre la mine du rouquin qui a massacré ses compagnons de meute, la Skaald accueille sa présence comme un affront et sent la fureur la défigurer dans un élan bestial. Il lui intime de se calmer par un timbre froid et autoritaire et la guerrière ne semble pas encline à capituler. Dés lors il entraîne dans les ruelles d’une patte accrochée à son bras que Sigrid renâcle avec hostilité. « Lâche-moi. » Lui susurre-t-elle à s’en décrocher la mâchoire. Il la traîne un peu plus en haut de la venelle et daigne finalement la lâcher alors qu’elle gesticule comme une damnée. Fulminant sur place, la donzelle le reluque d’un air peu amène, l’une de ses mains prête à fendre les airs pour se saisir de l’importun. La réplique qu’il lui balance en gage d’explication la saisit de scepticisme. « Quoi ?! » Le braconnage. Une notion qu’elle ne connait guère, elle qui a toujours chassé où bon lui semblait. Il faut dire que les Skaalds ne sont pas bien familiers avec le concept de propriété alors Sigrid est loin d’imaginer que le gibier qu’elle a battu appartient au souverain lui-même. Sourcils froncés à la hauteur de son incompréhension, la guerrière croise les orbes de son interlocuteur avant d’observer les peaux qu’il lui désigne. « Qu’est ce que tu m’baratines là ? » Lâche-t-elle avec inimitié avant d’écouter les explications qu’il veut bien lui fournir. Ces cerfs là, butin du souverain ? « Tu veux dire qu’même si ce vieil impotent n’a pas bougé son cul d’son trône, mes prises lui appartiennent ? Tout ça, parce que ce sont ses terres ? » Glisse-t-elle au rouquin sur un ton irrité. La question est rhétorique, mettant en évidence l’incongruité de cet acquis. Elle étouffe un juron, lorgnant de biais en direction de la populace qui circule puis en revient au rictus moqueur de son interlocuteur. Elle lui coule un regard venimeux, la braise ravivée par la provocation sciemment distillée dans sa remarque mais elle encaisse pourtant sans broncher. En être réduite à jouer aux agenouillés n’est pas une idée qui l’enchante, surtout maintenant que quelqu’un est là pour le lui faire remarquer. Et pourtant, il lui glisse une proposition qui la fait sourciller de béatitude. Préférant rester sur ses gardes, la donzelle le détaille avec méfiance. « Quoi, tu veux m’aider ? » Autant dire que ça la surprend, venant de quelqu’un qui a occis les membres de son clan. Sigrid s’avance vers le rouquin et plante sa main libre sur le mur contre lequel repose le rachis masculin, lui offrant une longue œillade inquisitrice visant à lui arracher ses intentions. Elle plisse les yeux, son visage à quelques centimètres du sien, avant d’articuler froidement. « Qu’est c’que tu veux ? Te payer ma tête ? Si tu veux ma peau, on peut très bien en finir maintenant. Pas besoin d’me faire avaler des putains de mensonges. » Décontenancée par ce qu’elle entrevoit dans les prunelles de son vis-à-vis, la barbare recule légèrement le chef. « Pourquoi tu voudrais m’aider ? Et à quoi tu t’attends en échange ? » Sigrid n’a jamais été du genre à transpirer la gratitude, et elle estime avoir eu son égo bien assez piétiné pour avoir à supporter les singeries du chasseur de primes.        




you can run on for a long time
When the Skaalds come after you, they never stop. They can run for hours, ride for days. They barely eat and rarely sleep. Sigrid, like the wolf, has learned to hunt from birth. It’s part sense, part instinct. She can read the terrain, search for signs of passing, run her quarry to ground and close in for the kill. Now, she hunts us. Now, we are the prey. CODE COULEUR : #605289


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Cerbère des Bas-Fonds

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mar 13 Mai - 19:44

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sigrid & dante
De toutes les typesses qu'il avait pu croiser, elle était la seule qui, d'un regard ou d'un geste, lui filait l'intime conviction d'être en présence d'une bête. Une bête sauvage. Une bête féroce. Une bête digne malgré cet air vagabond, acculé et déraciné. Il ne pouvait nier sentir ses instincts triviaux humer l'air et sortir ergots dès qu'elle s'approchait, il ne pouvait nier sentir cette estime farouche gâter ses lazurites sous quelconques rictus qu'il s'efforçait de tailler à même sa gueule. Il ne pouvait la nier impressionnante, malgré ses inaptitudes civiles, malgré son allure béotienne et ses mises en garde dignes d’une foutue maritorne. Quiet, pourtant, il le resta, lorsque égale à elle-même, elle s'en vint l'approcher tel un saurien contre sa proie. Il distinguait précisément les billes de la sauvageonne, et, s'il avait cru de prime abord, dans cette sylve nocturne au-delà des terres peuplées, faire face à des onyx du diable, il constatait à présent la clarté dont étaient pourvus ses calots ; un vert d'eau où scintillaient des reflets de cuivre, le tout jaspé d'une animosité magistrale. Les globes oculaires l'avaient toujours fasciné. Huis de mondes chimériques que jamais personne ne pouvait franchir, il avait vu sur ces portails nombre d'émotions en chamarrer les teintes, et chacune d'elle était le reflet d'une kyrielle de palettes arrangeant ces fantasmagories. La première paire dans laquelle il s'était perdu avait été celle de sa sœur, des géminés éclatants qui semblaient jurer avec leur piètre et puante existence. Combien d'heures s'était-il abandonné tout contre ce minois pour n'en dévorer que les gemmes ?

Le phonème séditieux le ramena d'un bloc à la belligérance, alléchant ses babines d'une grimace proche de la risette coulée dans le stupre. Cette Skaald était d'une impéritie rudimentaire. Le genre qui faisait saliver les chiens errants et malmener les croupions indociles de saillies nerveuses et affamées. Si l'idée ne manqua pas de traverser l'erg de son esprit, il maintint toutefois ses lèvres closes en la mirant faire, patientant qu'elle termine sa diatribe et, ce faisant, il garda captives quelques instants de plus ses paroles en la dévisageant longuement. Attentif au devenir, il semblait ne plus se lasser de ce petit jeu aphone qu'il instiguait entre eux comme un impérieux farceur. « J'te dois bien ça », trancha-t-il subitement en la scrutant. Il la balaya de haut en bas et reprit de cet identique timbre calme. « Si on avait décimé ma famille, j'aurais été jusqu’à fouler les enfers pour retrouver la fèces qui s'en serait pris à eux. » Ses sourcils se froncèrent sous un franc rictus. « J'ai conscience de t'avoir amputé d'gars qui comptaient pour toi et j'ai bien conscience que tu t'retrouves maintenant seule. J’n'ai pas grand chose à dire, et j'vais encore moins m'excuser d'avoir débarrassé cette terre d'un sempiternel tas d'fumier. J'en ai sincèrement rien à carrer que tu m'exècres, tu n'serais pas la première, et encore moins la dernière, ça n'va pas m'empêcher d'pioncer, femme. » Il renifla avec dédain et se dégagea de l'emprise en jouant de ses larges épaules avant de faire quelques pas en lui tournant le dos. « Mais j'aime bien c'que t'es. » Ce qui était un paradoxe singulier, au regard de leur dernier face-à-face où le Cerbère n'avait été qu'essentiel à mollarder quolibets et injures sur sa rivale. La colère le transformait vite venimeux, un molosse enragé que l'ire rendait aussi aveugle que malade. Une bile corrosive qu'il gardait des arènes et refaisait instantanément surface lorsque le péril grondait ou que l'humiliation chuintait.

Il fit volte-face, considérant une fois encore la sauvageonne et son butin. « T'aurais pu me crever, là-bas. J't'en crois capable. Mais t'as daigné épargner le fils de putain qui a moissonné ta clique. J'imagine que ça te débecte, mais j'aime mieux m'savoir en vie, même si tu m'les a pas franchement épargnées, elles. » Il eut un geste vers son tertre d'entrecuisse qu'il attrapa à même la paluche pour signifier qui étaient lesdites victimes, un rire grondant dans sa gorge. « Bon. Tu vas m'laisser te la lécher encore longtemps ou tu préfères que j'te montre une bonne fois pour toutes le bouge où vendre tes prises ? » Il haussa les épaules en levant les pattes et, reculant comme pour prendre congé de la guerrière, il conclut. « J't'assure que j'ai autre chose à foutre que d’jouer aux guides. J'ai une bonne pinte et une assiette de porc à l'orange qui m'attendent sagement dans l'unes de ces tavernes, et, à moins que tu n'te proposes, une ribaude à aller chevaucher. Rien d'mieux pour digérer. » D'un sourire oblique, il arqua sourcil.


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Guerrière Skaald

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Guerrière Skaald
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mer 14 Mai - 11:16

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would you kindly.

dante & sigrid
Les Skaalds n’ont jamais craint de regarder leurs ennemis dans les yeux. C’est une manière comme une autre de reconnaître l’honneur d’un combat à venir, de voir jusqu’où ils sont prêts à aller pour sustenter l’insatiable Loktis qui veille sur l’affront. De forger un tacite respect du combattant en s’intimant « Que le plus digne gagne. » Evidemment, les valeurs de la guerrière ne veulent pas dire grand chose ici. Les hommes vivent comme des rats, emportés par le sillage des riches, figure emblématique de puissance. Ce type au crin roux en a tué plus d’un pour gagner son pécule et elle n’est qu’une survivante parmi la cohorte de vermine. Avant, elle était digne. Et maintenant, elle n’a que ses humeurs à cracher à la gueule de ces antagonistes civilisés. Dans l’acier des prunelles masculines, la donzelle y décèle un vague éclat de fascination sous les dessous de son air scrutateur. La barbare se heurte au flegme sourd de celui qui n’a pas lésiné pour la malmener lors de leur première rencontre et elle n’en demeure que plus perplexe, essayant de flairer un piège quelconque. Ses yeux vissés dans les siens, portes ouvertes sur la chaos qui l’habite, la Skaald grogne après le silence qui s’installe. Pourquoi a-t-elle l’impression de se faire rouler dans la boue, hissée avec morgue contre l’homme qui fait peser son mutisme comme répartie cinglante à ses affronts ? Mâchoire crispée dans une expression hostile, Sigrid se détend à peine lorsque qu’il lui confie lui devoir ça. Ses billes troublées de mécompréhension, la guerrière recule son visage pour mieux jauger celui qui lui cause avec un calme suspicieux. Lui, ne semble pas du tout rancunier - au contraire, il donne même du crédit à son emportement viscéral et à son courroux vengeur. Qu’il soit compréhensif n’est pas du tout le genre d’attitude à laquelle elle s’attendait, à tel point qu’elle ne se sent guère soulagée par l’aveu. Plus encore en réalisant qu’il la différencie des quatre Skaalds qu’il a abattu sans vergogne. C’est que ça manque de la vexer, celle qui abhorre qu’on la distingue de ses pairs parce qu’elle est une femelle. « Non t’excuse pas ou j’vais vraiment croire que tu te fous d’ma gueule. » Qu’elle lui glisse, contrariée. Le chasseur de primes lui assure qu’il se contrefiche bien de son inimitié et Sigrid hausse brièvement les sourcils en guise de réponse. Comme s’il fallait la caresser dans le sens du poil pour qu’elle se mette à ronronner. La bouche crispée dans une mimique désabusée, la donzelle le laisse se dégager en ne le quittant pas de prunelles inquisitrices. « Mais j'aime bien c'que t'es. » Voilà qui lui fait une belle jambe. Elle biaise sur lui un œil moqueur, cherchant dans son attitude une preuve des conneries qu’il avance. Menton incliné vers le bas, regard sombre braqué sur la silhouette qui lui tourne le dos, Sigrid finit par secouer la tête de dépit. Obtenir des mâles une considération légitime, là est bien la difficulté à laquelle elle s’est toujours confrontée. Chez elle, chez eux, partout. La sauvageonne s’humecte les lèvres d’un air circonspect, songeant au Krorag qui a été mis sur sa route. A croire que le chasseur est le second dont elle parvient à extirper un semblant d’estime, alors qu’elle aurait du finir crevée comme tous les autres. Si elle aurait pu le tuer ? Évidemment. Comme lui aurait pu aussi bien le faire. N’ont-ils pas bien plus en commun qu’ils ne le pensent ? Les deux tueurs nés dans la fange.
Sigrid redresse le chef, le courroux luisant dans ses âtres s’éclipsant dans une étincelle facétieuse tandis qu’il s’empoigne les parties pour appuyer les attaques vicieuses essuyées. Outre le fait qu’elle a jubilé face au fait de l’humilier dans cette forêt, elle doit reconnaître que le caractère  du rouquin l’intrigue. Parce qu’il est probablement ce qui se rapproche le plus d’elle dans cet endroit béni par des civilisés horripilants. C’est au tour de la donzelle de distiller le silence entre les paroles du chasseur, et lorsqu’il fait mine de s’éloigner, elle lui emboite le pas dans un grondement résigné. « Sigrid. C’est comme ça que j’m’appelle. Alors, tu peux t’les garder tes « femme » pour les grognasses que tu sautes. » Conclue-t-elle en renversant les peaux sur son épaule. La Skaald, bien que renfrognée, ne va pas cracher sur le rôle de guide auquel s’improvise son interlocuteur. Voilà quelques jours qu’elle tâtonne à Ibenholt, avec cette impression d’être un enfant qu’on mouche avec condescendance. Tout ça lui est inconnu et elle commence à peine à se faire à l’idée d’y céder. « L’orange... Qu’est ce que c’est ? » La question ne sonne pas vraiment comme telle mais la barbare est bien assez prudente pour ne pas laisser libre cours à ses interrogations. Elle détaille le profil du chasseur tandis qu’ils marchent côte à côte et finit par articuler dans un murmure pudibond. « Combien est-ce qu’elles valaient, nos têtes ? » Une pointe d’amertume lui étrique le cœur à cette pensée. Que la mort de ses compagnons ait pu être salie par le gain. « J’t’ai pas tué mais tu m’as pas tué non plus. Les choses n’arrivent pas par hasard d’par chez nous, alors j’imagine qu’ils ont eu ce qu’ils méritaient, ces cons de tapageur, même s’ils étaient mes frères. » Elle leur en veut, d’avoir fait preuve d’imprudence et d’avoir tué des couards. A-t-elle mérité d’être épargnée, elle ? Il semblerait. Les lèvres de la guerrière se scellent dans le désarroi et elle finit par poser sa patte sur le poitrail de son guide pour l’interrompre dans un geste brusque. « C’est pas parce qu’je suis une femelle que tu m’as épargné hein ? Parce que j’préfère te prévenir qu’ j’hésiterai pas une seule seconde à t’faire bouffer ta queue si c’était l’cas. T’aimes bien ce que je suis. Très bien. Mais j’paie pas en nature, c’est bien compris ? » Elle le lorgne avec défiance, sourcil étiré d'un air sceptique.         




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Cerbère des Bas-Fonds

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mer 14 Mai - 14:08

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Un éclat eut raison du molosse qui se fit allouer le patronyme de la guerrière sous quelconque nouvelle bravade. Pour mordre, elle mordait. Allongée ou debout, sous le soleil ou la lune, elle coulait son verbe dans une ire constante qui, une fois sur deux, l'amusait sciemment. Il reconnaissait bien volontiers l'écume de rage que les femmes avaient pour habitude de cracher par survie, et si rares étaient les typesses à correctement faire japper les mâles celle-ci, il le gageait, aurait pu faire glapir un troupeau entier de malandrins. S'abreuvant dans l'écho de son rire, il branla du chef en un signe de tête. « Eh bien, Sigrid, moi c'est Dante. » Levant menton et arquant sourcil, il acheva avec une morgue légère. « De la tribu des Firebeard. » La dérision du propos était à celui qui connaissait les réelles mœurs et coutumes du peuple de Middholt, car il était quasi certain que la guerrière prendrait au mot sa boutade. Au fond, il ne venait certes pas d'une meute de sauvageons reclus au trou du cul du monde, mais son extraction valait bien une ethnie au bas mot : plus de dix frères et sœurs et leurs géniteurs par-dessus, cloisonnés en une caste de bouseux trimant dur et vivant bien peu. S'il était persuadé que plus de la moitié n’étaient déjà plus de ce monde, le chasseur se considérait comme le survivant de sa famille. Un fait qui, de son propre avis, le rendait commun à l'archère. Tournant talons pour débuter l'ascension de la ruelle, il accueillit l'interrogation de Sigrid sans une once de moquerie. Ses longues péripéties en compagnie de Zorkharr lui avaient forgé un semblant de pédagogie qu'il trainait encore avec lui et qui, même rouillé, refaisait instantanément surface. « C'est un fruit du sud. » Il leva une pogne et la plia devant les yeux de son interlocutrice. « De la taille d'un poing, environ. Ça possède une écorce tout autour qui a un goût amer. » Il mimait en indiquant de son autre index la circonférence de ladite écorce contre sa carne recroquevillée. « Mais à l'intérieur… » Il ouvrit sa paume en la laissant légèrement creuse, se fendant d'un air inspiré. « Ah dieux, même tes papilles de carnassière succomberaient, j'en fais le pari. » Étirant ses lippes, il désenchanta vite à la préoccupation émise. « Arrête de te prendre la tête avec ça. » Mais il dut bien répondre, comme elle insistait du regard. Sans grand tact ni délicatesse, il répliqua simplement, ses lazurites rivées au-devant. « Quatre oranges la tête pour t'faire une idée. » C'était bien peu. C'était même humiliant. Mais il n'allait pas lui mentir pour si peu. Elle voulait connaître la vérité, elle l'avait. Lui ne faisait montre d'aucun regret, même malgré la petitesse de sa confession. À l'entendre pourtant, il eut un regard oblique. Elle paraissait subitement à des lieues de la louve qui s'était jetée sur lui en rageant des aboiements vengeurs. La surprise lui tira même un rictus gouailleur tant le contraste semblait effarant. Devait-il comprendre qu'elle abandonnait de sa rancœur ? A minima, du moins. Sans se savoir non plus soulagé, car, comme dit, il n'avait foutrement cure de ce qu'elle pensait de lui, il entrevit là un semblant d'accalmie entre eux. Ce qui était un horizon déjà moins escarpé que celui de se grogner dessus à chaque heure que faisait le jour.

Brusquement arrêté dans sa marche, il l'interrogea d'un sourcil avant de lui dégager la patte impérieuse sans délicatesse mais sans inimité non plus. « Paix, guerrière. Cesse donc de brailler contre moi ça va finir par m'épuiser. » Il reprit sa marche, Sigrid à son flanc à qui il s'adressa comme on badine dans les ruelles de la cité. « On est quitte dans cette affaire, alors arrête de me rabâcher les oreilles avec ton venin de serpent à sonnette. Si tu veux être respectée en tant que femme, commence donc par arrêter de hennir tes blâmes de jument indignée. On finit par en oublier la combattante et n'plus penser qu'à la drôlesse et crois-moi, ça pourrait titiller plus d'un faquin ton air revêche de femme libre. » Ils s'enfonçaient vers le nord-est de la ville et le panorama, déjà, changeait et devenait plus lugubre à mesure qu'ils pénétraient dans des venelles de plus en plus étroites. Instinctivement, le chasseur s'était rapproché de la Skaald pour décourager la vermine qu'ils croisaient et la forcer à se tenir tranquille. Il poursuivait de son phonème quiet, peu chaut du changement de décor et habitué à fouler la crasse de ces bas-fonds-ci. « Je ne sais pas comment tu te comportes en général, mais j'en reviens à ma première recommandation : tu ferais mieux de te taire. » Faisant allusion à ses durs avertissements de leur première rencontre, il délia une mimique aussitôt perçu l'air mauvais de la sauvageonne. « Par Dagoth, calme ta rage ! Je veux dire par là que le silence intimide bien plus les gens civilisés. On est trop habitués à articuler le moindre son pour communiquer avec nos pairs et tes feulements farouches pourraient amuser la galerie plus qu'ils ne te serviraient en dissuasion. Apprends à rester silencieuse et use de ton foutu regard de vouivre affamée, crois-moi, ça marchera. L'inconnu dérange mais il terrifie bien plus quand il reste opaque. Dans ton cas, au moins, vaut-il mieux que tu ravales ta langue et t'asperges d'une gueule patibulaire. Ta voix de femme est un désavantage. » Il fit halte et indiqua un huis peint d'un vert maladif sur lequel figurait un écriteau en langue étrangère. « Tu vois ces lettres ? » Il indiqua la plaque d'un signe de tête. « Elles ne veulent rien dire. Jhad les a juste écrites pour faire fuir la canaille et les cuirasses. Tout le monde craint ce qu'il ne peut comprendre, saisir ou dompter. On le prend pour un sorcier et il sort si peu de son cloaque que la populace lui a grimé un portrait de monstre défiguré aux dents de lion. Du coup, il n'est dérangé ni par la racaille, ni par l'autorité, seuls les initiés savent ce qui se cache réellement derrière cette porte. » Il eut une risette de défiance. « Alors, Sigrid de la tribu Skaald, veux-tu rencontrer la créature de cet antre ? Parce ce que c'est lui, et lui seul, qui serait apte à te racheter tes peaux. »


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mer 14 Mai - 21:19

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would you kindly.

dante & sigrid
Dante. En voilà un nom étrange qui la fait grimacer lorsqu’elle essaie de le prononcer à l’identique. La phonation des civilisés est bien plus onctueuse que celle des peuples du Nord, attaché à l’agressivité de leurs racines. Et pourtant, la gueule de son guide improvisé reste taillée dans des conditions de vie rudes - à tel point que flanqué de fourrures, il n’aurait eu aucun mal à se faire passer pour l’un des siens. A l’évocation du nom de sa tribu, la donzelle sourcille à peine, trop occupée à lorgner les individus qui vaquent à leur occupation avec détachement. Ils se côtoient tous sans réellement se voir et ça l’embringue dans ses pensées vagabondes avant que le chasseur ne daigne satisfaire sa curiosité sur ce qu’on appelle une orange. Un fruit. La notion est déjà peu commune dans les terres gelées d’Endhelstein où l’on trouve quelques rares baies hivernales en tant que denrées sucrées. Sigrid scrute le chasseur avec curiosité, cherchant à déceler une vaine tentative d’humour foiré. Mais non, il semble très sérieux lorsqu’il avance que l’on peut trouver des fruits aussi massifs que son propre poing. La Skaald essaie tant bien que mal de mettre des images sur la description qu’il lui en fait mais finit par l’oblitérer suite à une question qui lui semble bien plus intrigante. Combien les têtes de ses frères lui ont-elles rapporté ? Curieusement, dans une appréhension furibonde, la brune se doute que ce n’est pas à la hauteur de ce qu’elle imagine. Son peuple guerrier ne représente rien, ici - probablement autant que la moitié des mercenaires qui traînent leur carcasse en espérant faire du rendement. « Quatre oranges. » Articule-t-elle avec dédain. Et pourtant, ça aurait de quoi la faire marrer de désespoir, la sauvageonne qui se voit imputée d'un tel déshonneur. Leur vie ne vaut que dalle, alors qu’ils ne jurent que par elle.
Rattrapée par les intentions potentiellement scabreuses de son interlocuteur, la Skaald n’hésite pas à mettre les choses au point. Après tout, le Krorag ne lui-a-t-il pas proposé de l’aider si elle s’offrait à lui ? Grognant d’un air réprobateur en songeant au colosse de cuivre, la guerrière se range aux côtés de son interlocuteur lorsqu’il repousse sa poigne d’un geste courroucé. Fermant sa mouille pour mieux prêter attention aux dires pédagogues du chasseur, la donzelle roule des yeux avec amertume. Elle a toujours eu tendance à s’emporter pour un rien et devine que ce genre de comportements mène à plus d’emmerdes qu’il ne l’en sort. Encline, pour une fois, à ne pas interrompre Dante, la brune le suit en laissant traîner quelques œillades sombres autour d’eux. Les ruelles se font de plus en plus étriquées à mesure de leur progression et la Skaald ne manque pas de remarquer que les fréquentations du coin se montrent plus hostiles. En entendant le vif conseil du chasseur qui frise l’exaspération, Sigrid se défend avec une moue dubitative et un froncement de sourcils hagard. « Ma rage. J’suis née avec. Tu t’doutes que c’est pas en fermant ma gueule que j’suis devenue guerrière de mon clan hein. » Rembrunie par l’évidence même de devoir se taire pour se couler tranquillement parmi les civilisés, la Skaald surveille de biais son interlocuteur. « Ça va, ça va, j’ai pigé. » Fusiller d’un regard inquiétant pour mieux régner ? ça, elle sait faire. Fermer sa mouille, surtout aux provocations qu’on lui balance. Dur mais possible. Etre une femme est de toute manière un désavantage certain lorsqu’on se heurte aux domaines exclusivement masculins. La guerrière est bien contente d’avoir pu prouver comme les autres sa valeur au combat. Elle a dans l’idée que les mâles d’ici sont encore moins ouverts d’esprit que dans ses terres. L’homme s’arrête pour lui désigner la façade sale d’une échoppe, peinturée de caractères exotiques. Muette, Sigrid lorgne vers l’écriteau avant d’en revenir au faciès de son interlocuteur. L’étranger fait peur et les ragots à son sujet se colportent à la vitesse de l’eau crasseuse qui dégringole des venelles pavées. Cette idée la fait sourire et elle hausse les épaules avec nonchalance. « Bien sûr qu’je veux. » Malicieuse l’idée de faire fuir les curieux par toute sorte de procédés obscurs. Dante ouvre la marche et ils s’engouffrent tout deux dans l’endroit avant de refermer l’huis derrière eux.

L’odeur qui règne dans l’échoppe lui fait aussitôt frémir les naseaux dans une expression de vive intrigue. La donzelle s’effarouche à jeter quelques regards autour d’elle, nageant dans capharnaüm aux tons fauves. Que ce soit des tentures exotiques aux peaux de bêtes qui tapissent la pièce, la Skaald se sent à l’étroit - comme prisonnière dans une grotte qui s’effondre. Ci et là se disputent des objets en tout genre aux formes multiples et curieuses. La sauvageonne fait un tour sur elle-même, offrant une œillade appuyée à tout ce qui menace de lui tomber sur la figure avant d’être entraînée par Dante vers un vieux comptoir de bois tenu par une silhouette chétive. Plantée derrière le guide, Sigrid scrute le faciès buriné à la peau sombre qui les accueille dans un sourire chaleureux. L’ivoire de ses dents et ses globes jaunies ressortent du derme d’ébène qui se confondrait presque avec l’obscurité tamisée de l’endroit. C’est la première fois que la guerrière du Nord voit pareille carnation et ça la sidère tant qu’elle ne peut s’empêcher d’incliner sa tête vers Dante pour lui souffler sans grande discrétion. « C’est quoi son clan à lui ? Faut avoir du courage pour se peinturer toute la gueule comme ça. » Puis, se rangeant gentiment, l’échine bien droite, la donzelle vient à déposer les fourrures sur le comptoir qui les sépare du fameux Jhad. L’accent du marchand étire une moue dubitative à la sauvageonne qui finit par tourner le dos aux protagonistes et se met dés lors à fureter dans les étagères. Si elle ne pige rien à ce que l’autre bave, ce n’est pas pour autant qu’elle va se gêner pour découvrir ce que renferme la caverne aux mystères. Faisant promener son regard sur différents spécimens argentés qui trônent ci et là, la Skaald penche son museau en laissant fleurir quelques hypothèses quant à leur utilité. Elle s’empare d’un petit objet plat et sphérique qu’elle fait rouler entre ses phalanges avant de s’y essayer les crocs. Le goût métallique lui arrache un rictus aigri et la jeune femme renferme dans sa paume ledit objet qui n’est autre une pièce de monnaie égarée parmi les étagères.


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When the Skaalds come after you, they never stop. They can run for hours, ride for days. They barely eat and rarely sleep. Sigrid, like the wolf, has learned to hunt from birth. It’s part sense, part instinct. She can read the terrain, search for signs of passing, run her quarry to ground and close in for the kill. Now, she hunts us. Now, we are the prey. CODE COULEUR : #605289


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Ven 16 Mai - 23:22

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would you kindly.

sigrid & dante
Comment pouvait-on décrire la tanière de Jhad sinon qu’en y laissant traîner ses orbes, oreilles et narines ? Rien, ici, n’était égal au panorama usuellement embrassé dans les foyers et boutiques de la capitale. Les effluves d’encens maculaient l’atmosphère d’une pesanteur comateuse et la morsure du froid semblait faire halte au seuil de l’huis sous quelque dissuasion féline des tapisseries bestiales et du bois clouté contre les parois. Des damas traînaient, alanguis sur ou sous des objets aux fonctions et proportions kaléidoscopiques, tandis que, sur le sol, s’étalaient monts de peaux et crins couturés en tapis longitudinaux. Le tout calfeutrait les bruits, aussi bien les phonèmes que les rumeurs de la ville. Poussant sans égards la sauvageonne à sa suite, le Cerbère eut une risette appuyée en distinguant le portrait basané du suzerain à pareil royaume. Il était aux prises avec un étrange ustensile métallique qu’il épluchait comme l’on dissèque un animal et, levant ses gemmes d’ocre, répondit à la risette du chasseur de primes. « Dante ! Par la barbe du Funeste, quel mauvais vent t’amène ? » Si son élocution était à n’en point douter lisse et distincte – bien plus que la plupart des canailles traînant dans ces bas-fonds – ses syllabes, elles, suppuraient d’un roulement sudiste qui faisait germer dans son gosier un timbre eurythmique. Le belliciste n’en accentua que plus ses commissures, approchant à pas lourds du comptoir fréquenté pour se saisir du bras tendu et y fracasser son propre membre musclé en accrochant main aux rebords du coude. « Aucun blizzard n’est à ma solde, cette fois. » Ils déracinèrent leurs salutations et Firebeard ploya son début de broussaille vers la silhouette proche de son flanc droit. « C’est plutôt moi qui m’fais zéphyr pour t’amener cette vilaine graine. » Nul inimité dans sa voix. Il alla jusqu’à lorgner Sigrid d’un œil amusé tant elle ressemblait à un bovin lâché dans une gentilhommière, puis, hilare, retint un éclat mué en sombre ricanement lorsqu’elle fit montre de curiosité quant aux lueurs d’ébène que Jhad possédait. Secouant du chef, il laissa l’archère faire son tour du propriétaire et entreprit un huis-clos clandestin avec le marchand qui, récrée par l’attraction qu’était devenue la jeune-femme, ne détachait plus ses calots de l’effigie sauvage. « Elle est allée braconner sur les terres du roi. » Le mercanti agréa, l’air mutin et vif, observant les prises de celle qui flânait. « Je vois ça. Des daguets d’or. Par les dieux, d’où la sors-tu ? » Un léger rire s’égrenait avec légèreté comme il la dévisageait renifler et pronostiquer la boutique. Dante fléchit un sourcil et à l’instar de son interlocuteur, se prit à guigner la fille indocile. « Si j’te disais qu’elle m’est tombée dessus comme la foudre, tu m'croirais ? » L’autre s’étonna en coulant subrepticement son attention vers l’égorgeur. « Ma foi oui ! Toutes les donzelles te tombent dessus comme sur un greluchon. » Fort de son amitié avec le chien sauvage, Jhad connaissait les propensions faramineuses du mâle ci-présent à récolter femelles comme pécule en bourse. Lui adressant une œillade narquoise, le boutiquier couronna même son allusion en stigmatisant Dante d’une mimique punitive. « Diables, est-ce qu’elle ressemble à une donzelle pour toi ? » Charria avec humeur ledit suborneur, la mine revêche aux abords de l’aversion. Jhad ne sut dire si son client éprouvait dégoût quant à s’imaginer voguer sur le continent de la drôlesse, ou s’il réprimait avec sévérité son verbe goguenard qui la rabaissait dans ces profonds maelströms de stupre où Firebeard laissait périr les souvenirs de ses conquêtes. « Eh bien, ça ne m’a pas l’air de soutenir quelconque attelage viril, si tu veux mon avis, mais si doute persiste, autant t’en assurer…! » Lancé à prompts destriers, le mercanti n’en finissait pas de ses évocations graveleuses. « Clos donc ton bourbier avant que je n’y fourre ton propre attelage et reluque-moi donc plutôt "ça" », trancha le Cerbère en grognant dans sa barbe, hélant et faisant signe à Sigrid de revenir vers eux avant de lui attraper son paquetage de livrées pour le poser lourdement sur la surface de la desserte.

Jetant un regard de biais à la guerrière, il flanqua dans l’air un signe de menton qui désignait le butin. « Combien ? » Ravalant difficilement sa frivolité, le basané se mit à examiner une à une les peaux en les étalant devant lui, avant de lâcher sans cérémonie : « Trois. » Dante sourcilla et ses babines frémirent un instant. « Trois écus chacun ? » Jhad eut un éclat de morgue. « Trois deniers chacun. » Sans pour autant faire tonner sa rocaille, le chasseur haussa le ton. « Par Dagoth ! C’est du vol ! » Son vis-à-vis ne désavoua guère, il branla même du chef, une satisfaction arrogante ourlant ses lèvres charnues, déportant ses topazes sur le minois de la donzelle. « Je récompense toujours un larcin par son reflet. » Sous pareils propos des plus sibyllin, le belliciste grigna des sourcils et suivit le regard du métèque tout contre l’archère. Un silence abscons se mit à flotter dans lequel le trinôme joutait sans commune mesure, l’un grimé en docte et les deux autres fléchis à l’état le plus béotien qui soit : qu’est-ce que c’était que ce foutoir ?! Le mercanti n’avait jamais fait montre d’aucune pingrerie avec les récoltes de Firebeard et plus encore, Jhad était connu pour son sens inné des affaires en inculquant à ses magouilles la diplomatie du profit équitable ; ses crapules de chalands repartaient inévitablement avec plus d’oseille qu’ils n’auraient pu l’imaginer, et lui-même faisait un ardant profit en transbahutant ses stocks jusqu’aux galères du port qui revendaient ensuite le tout aux marchés de Sade. Ce qu’il achetait au noir dans le nord, lui rapportait parfois au septuple dans le sud. « Qu’est-ce que t’as encore fait ? » Comme l’on dispute une mioche, le molosse maugréa à l’encontre de la félonne. C’était visiblement elle qui posait problème. Il connaissait bien mieux le basané qu’il ne connaissait cette foutue amazone velue, et des deux, il savait pertinemment qu’elle était celle à reprocher.


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Dim 18 Mai - 4:06

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dante & sigrid
Des volutes vaporeuses se dispersent dans la salle tel un brouillard nébuleux, traînant avec elles cette odeur rance aux fragrances végétales, et les quelques flammèches qui vacillent dans leur étau de cire découpent le barda disséminé en de sinistres ombres sur les murs tapissés d’obscurité. L’atmosphère est lourde, pesante d’un mystère qui prend la donzelle aux tripes et même si le babillage du dénommé Jhad aurait de quoi l’intriguer, elle en revient toujours à ce lot de breloques et toisons en tout genre qui semble la défigurer en silence. Le milieu rudimentaire dans lequel elle a évolué ne l’a guère habitué à se sentir ainsi à l’étroit, son attention trop vivement alpaguée par la moindre chose qui la côtoie. De toutes les formes, de toutes les couleurs, prenant l’allure des pires cauchemars de l’insoumise qui s’est toujours apaisée à la vue de ses parois rocheuses brutes, rassurée au contact du sol humide de ses réseaux souterrains. Ici, tout est différent – étranger, inquiétant, intrigant. Pourquoi diable l’homme au teint charbonneux se perd-il dans pareil dédale matérialiste ? Elle se le demande, la sauvageonne au regard sombre, piquée par une curiosité qui tend vers la sensation désagréable. Elle se sent épiée et menacée car tout ceci n’a rien de naturel pour la troglodyte, cloitrée entre quatre murs érigés par l’Homme et cernée par leurs créations impies. Fixant les effets comme le ferait une créature redoutant qu’on ne l’attaque par surprise, la Skaald se détourne, fait quelques pas nonchalants avant d’essayer de surprendre quelconque mouvement suspect de la part de l’immobile et de l’insondable. Un casque abandonné sous une pile de vieux parchemins semble lui faire de l’œil et la sauvageonne fronce les sourcils avec aversion. « Maudite ferraille. » Grommelle-t-elle entre ses lippes serrées, se souciant bien peu d’attirer l’attention des deux hommes qui parlementent. C’est que les civilisés s’en font des visages, de ce fer dont ils aiment s’habiller de la tête aux pieds – et elle ne les exècre que davantage pour se cacher de la sorte, à même cette carapace de plomb.
Faisant courir ses doigts sur les plus petits éléments qui agrémentent les étagères poussiéreuses tout en prenant soin de remarquer la finesse de l’ouvrage, Sigrid n’hésite pas à en subtiliser quelques-uns. Peu honteuse du forfait qui pourrait lui coûter ses deux mains, elle les glisse dans les plis de ses frusques velues tout en s’animant avec détachement. La sauvageonne ne vole pas tant pour chercher à revendre ou à troquer mais elle considère que ce genre de bibelots minuscules ne représentent pas grand-chose pour le marchand à l’allure atypique qui a du bric-à-brac plein son échoppe. Et elle veut ardemment les examiner pour en exhiber tous les secrets, ces choses qui semblent si dérisoires.

Dante l’interpelle et la Skaald darde sur lui un œil revêche avant de le rejoindre pour déposer sur le comptoir les quelques fourrures obtenues par ses soins. Dès à présent incapable de se détourner du dénommé Jhad, elle le reluque sans la moindre gêne, remarquant en silence la puissance d’un tel faciès taillé dans le charnu. Si l’heure des négociations semble être venue, Sigrid se contente d’écouter d’une oreille distraite les palabres des deux hommes. Elle détaille les réactions singulières du natif des Iles Brulées, suivant avec suspicion ses calots obscurs. Lorsque Jhad lui propose de lui offrir trois deniers pour chacune de ces peaux, Dante s’indigne et la sauvageonne reste muette – ne saisissant guère les distinctions des appellations monétaires. Elle se contente de les observer respectivement, fronçant le nez dans un mimétisme d’hostilité, consciente du silence accusateur qui s’installe. C'est avec une soudaine circonspection que la donzelle soutient les orbes de ténèbres de son vis-à-vis. « Quoi ? » Le timbre roule dans sa gorge telle une menace implicite, cet intérêt soudain sur sa personne lui intimant de sortir les griffes. Elle lorgne de biais vers Dante qui la considère avec exaspération, exigeant d’elle qu’elle avoue ses méfaits. « Qu’est-ce que j’ai fait ? » La Skaald essaie tant bien que mal de se faire passer pour plus stupide qu’elle ne l’est, voguant au milieu d’une insouciance étrangère qui puisse la préserver des ennuis – et pourtant, Jhad est bien assez clairvoyant pour lire dans son jeu. « Aussi lucide qu’un d’nos corbacs. » Qu’elle articule à l’attention du marchand, mine rembrunie d’une moue dubitative. « Z’avez le flair pour la ferraille vous hein ? A croire que vous pourriez r’trouver une pièce dans l’cul d’un foutu dragon. » Le regard de la Skaald s’égare vers les hauteurs alors qu’elle se saisit de la piécette coincée à sa ceinture pour la plaquer d’une main contre le comptoir en bois. La confusion n’égaye guère le faciès de la drôlesse qui finit par hausser les épaules avec désinvolture. « J’suis curieuse. C’est la première que je vois. » Piètre tentative de donner du sens à son geste. Se pinçant les lèvres en signe d’impatience, la brune finit par hausser les sourcils dans l’expectative de la suite. Jhad ne semble toujours pas convaincu, un sourire narquois étirant ses commissures. L’éclat lucide de ses onyx a vite fait de la convaincre sur un point – le marchand n’est pas du genre à se laisser facilement berner. La sauvageonne se résout à se saisir du petit médaillon de cuivre glissé dans ses vêtements pour le déposer dans un effort de résignation, s’éclaircissant la voix avec innocence. « Voilà, œil de lynx. » Conclue-t-elle finalement en baissant le chef, biaisant un œil coupable vers le chasseur de primes qu’elle se garde bien de coller de trop prés.    



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Cerbère des Bas-Fonds

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Lun 19 Mai - 1:41

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Il la scrutait, au bas mot, avec une fiévreuse envie de meurtre. Non satisfaite d’avoir trouvé chaland à ses larcins, il fallait qu’elle pousse le vice plus loin encore en dépossédant son seul allié mercantile. Quelque chose ne tournait définitivement pas rond dans cette caboche coiffée de jais, de laquelle il mira les gemmes vert d’eau d’un œil plus qu’insistant. Il eut, en la voyant exhiber ses nouveaux trophées, une profonde inspiration dans laquelle il coula sur ses lazurites de lourdes herses de chair, et il contractura tant sa mâchoire qu’il crut sentir une éclisse d’émail éclater contre ses gencives. « Par tous les diables », l’entendit-on murmurer, son phonème sépulcral chamarré d’une blase sincère. Car, oui, franche était son exaspération. Cette fieffée renégate était un nid à vipères, plus encore ! Une abyssale flaque de laquelle sortaient à n’en plus finir problèmes et jobarderies comme s’en serait arrachée une armée de batraciens. Il acheva en signant à la négative et faignant se taire pour, à n’en point douter, garder son atrabilaire harangue pour plus tard. Ses calots, toutefois, restaient chevillés à la bouille madrée de Sigrid. Jhad, lui, d’une bonhomie sans égal, souriait. « Un fennec se doit de veiller sur son terrier. Car c’est là tout ce qu’il possède. » Il eut un rire gourmé qui agaça plus encore le Cerbère mutique, lui qui, de ces simagrées, ne s’en gavait jamais. Si protagoniste de cette saynète il avait été, c’est dans le sang de mains tranchées que le tout ce serait réglé. Il n’était guère cyclope assoiffé de boucheries, moins encore lorsque ça ne concernait aucun de ses contrats, mais il pouvait être aussi roide que de la roche lorsqu’il s’agissait de discipline. D’aucuns auraient couvés pareil protocole dans la substance du sarcasme ; qu’était-ce que cette discipline pour un énergumène tel que lui ? Eh bien, il en avait une. Particulière et des plus singulière, mais un code qui le rendait tout à fait cénobite lorsque le paradoxe le voulait vicieux et syncopé. « La curiosité est un don et c’est tout à votre honneur que de ne pas la juguler », reprit le mercanti avec légèreté, froissant les ridules de Firebeard d’une mimique torve qu’il jeta tout contre le métèque. Tu te fous de ma gueule ?, vagissaient ses orbes, faisant prospérer bien plus encore l’amusement chez Jhad, qui n’en finissait pas de faire tourner bourrique le belliciste. « Aussi vais-je la récompenser ! » Dante fit rouler ses globes. Voilà qu’en plus d’avorter talion, il souhaitait bénir ses petits méfaits de larronnesse. Le molosse redoutait devoir assister à pareille vaudeville par la faute des sens aiguisés du boutiquier ; ceux-ci mêmes qui lui faisaient bigler de temps à autre sur les plantureuses formes de la Skaald. Camouflées ou non sous leurs nippes velues, son fameux œil de lynx généreusement ci-nommé n’en ratait pas une miette. « Je vous donne cinq écus pour chaque prise », ce qui était déjà fichtrement charitable, mais il ne s’arrêta point là : « Et gardez le médaillon. Je vous l’offre. » Soufflant un écho de grondement, le Cerbère manqua fracasser poing sur la table. « Je t’attends dehors. Ça commence à schlinguer le foutre. » D’un salamalec sans pareil, il venait de lâcher son aigreur avec toute la noirceur dont il savait faire preuve, le timbre néanmoins resté quiet. D’une sinistre maîtrise. Le mercanti n’en laissa que plus éclater son hilarité, inondant la silhouette qui s’éloignait – non sans avoir lorgné au préalable Jhad d’un rictus critique – d’un flot de brocards. Qu’ils finissent leurs bigoteries sans lui, songea-t-il, elle saurait bien se débrouiller à tendre patte et récolter monnaie puisque telle était son atavisme : moissonner trésors. Peste soient ces deux renards ! Il en avait sa claque.

Il retrouva la fraicheur du dehors qui médusa son masque rembruni d’une douce accalmie. Foncièrement, rien ne l’empêchait d’abandonner là la guerrière et partir vaquer à ses occupations, puisqu’il avait, après tout, rempli sa part du marché. Un marché bien trop altruiste pour être complétement satisfaisant, la fin de ce conciliabule lui ayant laissé sur le palais un goût âcre de vindicte. Ce qu’il attendait n’était rien d’autre que de dilapider sur Sigrid tout le verbe qu’il avait sciemment contenu dans la tanière du bougre, plus encore de la marteler à contre-courant puisque seules les ecchymoses semblaient pleinement se faire comprendre de la sauvageonne. Elle sortit justement, et sans cérémonie, il lui empoigna les frusques et la rabattit violemment contre le mur de la bâtisse. « A quoi tu joues ?! » Crocs serrés à flirter contre la trogne féminine, il tassait tout son poids de muscles à même la carcasse indocile. « J’ai la putain d’amabilité de t’apporter mon aide et la seule chose que tu trouves à faire c’est marauder en douce ? » Il la saboula brutalement, tenant dans ses poings serrés les nippes de l’archère, la gueule dévorée par des flammes inquisitrices. « T’es qu’une foutue plaie, une chienne incapable de se planter dans le crâne ce que j’essaie de lui instruire. » Museau contre museau, il persiffla plus mauvais encore. « T’as une chance de cocu. Celui-là était sympa, mais le prochain ? Tu comptes bafouer toutes les lois du royaume jusqu’à ce que la fatalité te tombe sur le coin de la tronche ?! » Pris d’une ivresse nocive, il défit une patte et la porta au manche de sa dague qu’il dégaina prestement, cherchant l’une des pognes de Sigrid avec une ferveur loin d’être simulée. « J’vais te trancher un doigt à chacune de tes conneries. Ça rentrera peut-être, comme ça ! » Il venait de trouver fortune en la main gauche de la félonne, lui soustrayant le majeur comme elle lui aurait asséné singerie sardonique, et faisant miroiter de son autre patte l’éclat de sa lame. « Et si j'commençais par celui-là ?! »  


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This life, which had been the tomb of his virtue and of his honour, is but a walking shadow; a poor player, that struts and frets his hour upon the stage, and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing.

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mar 20 Mai - 11:39

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dante & sigrid
Comme un animal qui en renifle un autre, Sigrid ne manque pas de remarquer la colère froide qui irradie de la gueule patibulaire du chasseur. La carrure de Dante se noue avec aigreur et la Skaald croit bon de remarquer que c’est la seule présence lénifiante du marchand au sourire amusé qui contient toute la fureur du cabot. Que l’îlien le musèle, ou que l’autre gronde en silence. Sigrid ne se fait jamais prier pour faire le dos rond et cracher son inimitié, alors elle reste campée avec prudence, surveillant du coin de l’œil celui qu’elle n’oublie guère comme étant le pourfendeur de Skaalds. Il s’effarouche comme s’il avait été le pauvre hère visé par le larcin, alors que de son côté, Jhad dépeint un sourire sur sa face aux traits généreux en bienveillance. Malgré le haussement de sourcils sceptique qu’il arrache à la barbare, il semble définitivement charmé. En voilà de curieuses politesses. Peu habituée à être traitée avec autant de sympathie alors que prise sur le fait, la sauvageonne plisse une œillade inquisitrice vers le visage buriné – dépeçant chaque ridule intrigante qui saurait représenter l’ombre d’une menace. Mais rien - elle n’entrevoit rien de plus que ce que lui donne à voir l’homme à la peau d’ébène et aux intonations exotiques, natif des Îles venu s’égarer sur les terres couronnées pour y développer son petit commerce de prudence. Nul contrarié par l’impudence de la barbare, Jhad vient même à récompenser son initiative sous l’œil effaré d’un chasseur de primes qui ronge son frein. D’abord décontenancée, Sigrid hésite avant de daigner offrir un mince sourire à son interlocuteur. Vu comme Dante frise l’irritation, il est clair que ce n’est pas une plaisanterie et la Skaald accueille la perspective de l’agacer avec une espièglerie somme toute féminine. Elle arque un sourcil, goûtant malicieusement à l’expression du chasseur, avant de croiser le regard du marchand qui s’amuse autant qu’elle à le faire tourner en bourrique. Cinq écus. Elle n’a pas la moindre idée de ce que ça représente mais à en voir comment l’autre fulmine, Jhad s’est probablement montré assez généreux pour qu’il la jalouse. Même si Sigrid n’est pas du genre à apprécier les égards que l’on offre à sa condition de femme, elle qui n’a jamais apprécié qu’on la traite comme telle dans sa meute - elle se vautre sans amertume dans ce privilège accordé par l’îlien. C’est qu’elle commencerait à apprécier la finesse d’esprit... Lorsque qu’il lui fait don du médaillon, le mercenaire décide de s’esbigner, non sans lâcher une remarque acrimonieuse quant au comportement de son ami marchand qui ne se gêne pas pour en rire. Scrutant le manège de ces deux là, la Skaald s’empare du médaillon qu’elle enferme dans le creux de sa paume, suivant Dante d’un vague regard circonspect. Sigrid l’aime bien ce Jhad - au moins, il n’exige rien de plus en retour pour la monnaie et le présent. Peu aux faits des marques de gratitude, les lippes de la belle se tordent dans une réflexion. « Aussi lucide et avenant qu’un de nos Corbeaux. » Conclue-t-elle finalement, en guise de compliment. La Skaald récupère son pécule pour le fourrer dans la bourse qui contient le pigment de ses peintures tribales et d’un geste du chef, elle gratifie l’îlien au regard perçant. « J’repasserai sûrement. » Elle se plait à lui adresser une risette avant de tourner l’échine pour quitter le bouge nimbé d’un mysticisme affriolant.

A peine le nez dehors, la sauvageonne voit Dante lui fondre dessus pour l’empoigner par les fourrures, la plaquant derechef contre le mur adjacent. Elle étouffe un grognement réprobateur tandis que sa charpente s’alite contre la pierre, contenue par le chasseur qui se conglomère contre elle. Elle confronte ses callots à la lueur mortifère de ceux de son vis-à-vis qui aboie tout contre sa mâchoire et ne lui renvoie que sa propre hostilité. Elle dévoile ses canines, grimaçant d’agressivité, mais l’homme la bouscule pour venir lui susurrer des menaces, plus mauvais encore. « J’suis pas ton putain de clebs. » Gronde-t-elle, ne quittant pas l’acier de ses yeux furibonds. L’adrénaline la fait tressaillir, encore - effervescence d’un combat à venir, comme la barbare enragée qu’elle peut être. La respiration de la brune se lie au souffle rauque du chasseur qui l’écrase davantage, s’empressant de trouver une de ses mains à contraindre. « Et qu’est c’que ça peut bien t’foutre si je cane ?! » De ses erreurs, de son insoumission aux lois débilitantes des terres civilisées, elle sabotera sa propre existence. Mais à quoi bon essayer de survivre dans cette capitale qui lui semble infertile - incapable de lui offrir des guerriers et des élus. Elle erre, sans meute, et ses croyances s’égrènent dans un désespoir mitigé.  Il parvient à exhiber son majeur et la Skaald rue des épaules en vain, incapable de se détacher de son emprise nerveuse. Le défiant d’une expression mutine, la donzelle incline la tête vers lui, articulant avec mépris à quelques centimètres du visage. « Ben vas-y. T’as qu’à finir ce que t’as commencé. Parce que j’ai pas l’intention d’me soumettre à toi. » Le regard enfiévré de carnage et de fureur, la barbare lèche Dante en travers de la gueule, s’arrachant un rictus animal alors qu’elle se sentirait capable de lui rire au nez. L’étreinte se relâche en l’espace d’une seconde, brèche que Sigrid n’hésite pas à saisir, s’enroulant dans les bras du chasseur pour se saisir de sa main armée en essayant de lui faire lâcher prise. Mais il s'y accroche à son arme, avec férocité. Rachis coulé contre son abdomen, elle le meurtrit d’un coup de coude dans l’estomac avant de reculer pour le heurter contre un mur. Toujours serrée dans l’étau de ses bras, elle renverse sa tête en arrière, sa joue effleurant la sienne tandis qu’elle lui lâche. « Je me suis battue toute ma vie. C’est c’que je fais de mieux. Alors crève-moi parce que vot’ monde n’est pas fait pour moi. » Que Loktis pardonne cette faiblesse. Ce dépit. Son expression se strangule d’affliction et elle se tourne pour faire face à Dante, remontant finalement la paluche masculine armée pour plaquer la lame contre sa propre jugulaire. « Alors quoi. Je ne serai qu’un autre cadavre que tu pourras piller. Maintenant que j’ai d’quoi te payer la course... » Lui murmure-t-elle en dévoilant sa gorge, pressée contre sa charpente alors qu’elle enserre le poignet pour guider la lame vers la peau diaphane.




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When the Skaalds come after you, they never stop. They can run for hours, ride for days. They barely eat and rarely sleep. Sigrid, like the wolf, has learned to hunt from birth. It’s part sense, part instinct. She can read the terrain, search for signs of passing, run her quarry to ground and close in for the kill. Now, she hunts us. Now, we are the prey. CODE COULEUR : #605289


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mer 21 Mai - 22:21

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sigrid & dante
Il fallait oublier le moindre quant-à-soi, la moindre salve d’obédience qui aurait pu jaillir des entrailles de cette furie de canidé. Trublion ruisseau de colère, elle bagarra et s’enroula contre le cuir brun et la laine noire du chasseur qui contracturait sa mâchoire en regimbant au mieux. Noueux de fiel, ses muscles s’empressaient sur la silhouette velue de la Skaald dans l’espoir de lui broyer quelque membre, os ou gorge que ce fut, pour ne plus avoir à se débattre dans la trombe qu’elle instiguait et ne plus risquer de la savoir offensive. S’il ne craignait ni ne redoutait la guerrière, il lui fallait bien reconnaître que leur première rencontre lui avait laissé sur la langue un goût à ce point ferreux qu’il avait fait éclore une estime martiale chez le belliciste. Toutefois las de ne pouvoir se faire comprendre ou même obéir par cette foutue louve, il grogna puis éructa un grondement de pure exaspération lorsqu’elle vint planter à sec son excroissance osseuse dans son épigastre. Jamais il ne s’était confronté à pareille femelle. Jamais aucune femme d’aucune sorte ne s’était à ce point comporté comme une bête acculée qu’aucune réflexion ni discernement ne semblait pouvoir asservir. Répondant au talion pour chaque humiliation ou blessure subie, elle montrait crocs à la moindre occasion et sortait griffes pour chaque carré de chair mis à disposition. Etait-elle démente ? Possédée par des sortes de djinns méphistophéliques gobés touts crus dans des rites initiatiques de sa caste de nomades ? Il ne pouvait croire en aucune clairvoyance d’aucune sorte, fadaises ! Son rachis retrouva la cloison opposée en un brusque heurt qui lui coupa le souffle mais fit tenir bon sa poigne sur le manche de sa dague. Il allait finir par lui trancher la langue, à ce rythme, et sûrement la laisserait-il se vider de sa liquoreuse existence à même la crasse de cette venelle. Qui diables la pleurerait ? Qui diables la réclamerait ? Il découvrit son émail en une grimace torve comme elle se penchait en arrière. La drôlesse changeait néanmoins de ton et se transfigurait en toute autre matrice qui le troubla assez pour qu’elle s’esquive à son épaisse geôle. « Qu’est-ce que tu— ! » Elle venait de revêtir le marbre du bourreau et du supplicié en une même cariatide. Il darda ses lazurites dans les gemmes de Sigrid et ce qu’il vit embastilla la kyrielle d’obscénités qu’il rêvait de lui expectorer à la gueule. S’il doutait qu’elle eût pu un jour sangloter, il crut discerner dans ces globes oculaires une marée de bris gouttant de son âme. Oh, cinoque elle l’était. Mais d’un chagrin plus grand encore qu’il n’eût pu le soupçonner. Elle se mit à parler de piller, de cadavre, mais il n’écoutait que cette jugulaire pressée d’en terminer, battant contre le fil de sa lame comme l’aurait été une prolongation de son bras. Cette abnégation césarienne décontenançait autant ses pensées que son impitoyable bile, et, maintenant que la brebis se présentait délibérément à la damnation, l’exécuteur ne savait plus que faire. Aucun de ses martyrs ne s’était jamais prostré à genoux comme l’on sacrifie un goret à quelque divinité païenne. Aucun n’avait jamais osé braver le Cerbère pour que de ses sanguines expiations, il en fasse une gésine d’émancipation. Et ce parangon de résilience quêtait subitement pour sa propre annihilation. Terriblement épuisée, songea-t-il. Elle devait être terriblement épuisée. Ses ridules se moulèrent en une lente équanimité et comme il pressait un peu mieux la dague contre le gosier, il remonta une patte qui vint natter ses phalanges dans la tignasse obsidienne. Il la lorgna encore un peu, densifiant le silence de l’étroite ruelle dans laquelle ils gîtaient, puis bascula des épaules pour le coincer à son tour contre la pierre froide. Il s’y écrasa pesamment mais avec moins d’agressivité qu’il n’avait fait preuve au premier round, ne lâchant pas sa prise carotidienne d’un seul pouce. La lame, même, commençait à œuvrer dans la carne en cisaillant la steppe lactescente d’une perle écarlate.

« Tu t'sens harassée », dit-il d’une phonème bas, neutre de tout émoi. Son haleine chamarrait le minois de la Skaald. « Et à chaque jour qui passe, à chaque soleil qui se lève et qui se couche, tu mendies en silence cette voûte abscons qui t’a vue naître de ne plus jamais te ranimer du royaume des songes. » La dague continuait d’entailler et, bientôt, des sillons jaspèrent l’opaline. Nez à nez, il scrutait. « Mais c’est pénible. C’est dur. C’est cinglant. Parce qu’il y a quelque chose au fond de toi qui s’est toujours débattu. Il y a cet animal en cage que tu n’as eu d’autre choix que d’élever pour survivre dans cette sylve qu’est la vie. Et il grogne. Et il feule. Il vagit sa colère de te savoir abdiquer. » Son masque stoïque se fendilla, le céruléen de ses billes se gâtant de lueurs neurasthéniques. « Je sais ce que c’est. On m’a précipité dans un monde qui n’était pas non plus le mien. On m’a mis des chaînes, on m’a jeté dans le sable et on m’a demandé de tuer pour amuser des êtres tout aussi humains que moi. » La gorge de la sauvageonne souriait désormais d’une fine risette lancinante mais loin d’être assassine. Il pressa son front contre le sien en un écho paradoxal à la blessure qu’il continuait d’infliger, paupières closes et souffle fiévreux de ses propres meurtrissures qu’il rouvrait. « Mais toi, tu n’as ni chaînes ni ergastule. T'es seule, c’est vrai. Comme bien d’autres encore. Ne crois pas être l’unique à avoir tout perdu, de tribu ou de foi. Cette terre recèle de débris. Que t’ailles au Nord comme au Sud, en passant par ses flancs. » Il se tut. Et à l’unisson, son arme se détacha tandis qu’il déracinait sa face à celle de Sigrid. Il rouvrit la herse de ses yeux et fit vrombir un regard à l’orée de l’âpreté. Mais la paume qui s’était jusqu’alors occupée de lui renverser le crin de jais se déversa sur la chair abîmée. Mimant une strangulation qui, réellement, ne fut qu’un acte d’une douceur antinomique pour arrêter l'épanchement sanguin. « Je ne t’épargne pas par pitié. Je ne t’épargne pas parce que t'es une femme. Je t’épargne parce que je t’ai vu t'battre comme j'me suis battu sur l’erg sanguinolent des arènes. Te tuer serait comme briser mon reflet. » Il rengaina de son autre paluche, pansant toujours la fêlure qu’il avait lui-même provoqué. « Et advienne que pourra de ton indiscipline. » Une ombre de sourire traversa le Cerbère. Il semblait s’être résigné à dompter l’animal captif de la Skaald. Celui-ci même qu’il préférait entendre rugir plutôt que glapir.


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Ven 23 Mai - 18:08

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Sigrid ne s’attend pas à ce qu’il la comprenne ou cherche même à entrevoir le désarroi qui miroite dans ses prunelles abyssales. Car après tout, elle n’est qu’une plaie purulente parmi tant d’autres, une barbare insignifiante qu’il aurait du saigner et laisser refroidir sous la truffe des charognards. Il aurait pu aller se payer quatre de ces fameuses oranges et se serait endormi probablement plus quiet d’avoir honoré la totalité de son contrat.
Les traits saisis d’une impatience fébrile, la Skaald goutte à la morsure de la lame adverse dans l’espoir de la gagner sa libération jubilatoire. Pourquoi la main du chasseur de primes ne serait-elle pas guidée par Loktis ? Il faut dire qu’elle n’a rien de spécial et n’a rien d’une élue. Elle préfère se résigner à caner dans l’humilité plutôt que de s’épancher dans cette quête qui la laisse désespérément aveugle et sourde. Qui la rudoie dans l’inconstance et l’inconnu.
Les doigts de Dante s’empêtrent dans la chevelure emmêlée de la Skaald qui ferme les paupières dans l’espace d’un soupir retenu. Un geste suffit après le combat de toute une vie. Tant pis pour l’honneur et tant pis pour toute cette rage qu’on lui a jeté en pâture pour grandir en étant digne de leur peuple. Mais l’homme attend. Le bourreau tergiverse.
Irritée, la guerrière grogne et relève ses mirettes hostiles pour les darder dans celles de son vis-à-vis. Il semble froid, il parait distant - et pourtant, il la renverse de nouveau contre le mur pour la coincer de sa carrure tout en ajustant la lame contre sa gorge. Elle tressaille et se fend d’un sourire carnassier, l’hémoglobine perlant à l’orée de l’entaille timide. Sigrid le somme silencieusement d’appuyer plus fort, de libérer les gerbes sanguinolentes qui lui repeindrait la face de peintures tribales - en hommage à Loktis, à ce dieu qui est censé la guider et qui se tait. Lèvres entrouvertes sur une respiration appréhendant les râles de l’asphyxie, la Skaald se tend et bat des paupières dans l’expectative de sa mort. Bras détendus contre ses flancs, carcasse docile contre empressement suicidaire, elle visse ses prunelles amères dans l’acier indéchiffrable du chasseur. Harassée. Qu’il lui dit. Anéantie, dans cette aversion qui la force à montrer les crocs, dans ce silence imbuvable qui lui ronge les affects. Il voit vrai et il dit vrai - ce qui ne la conforte qu’une fois de plus dans le sort qu’il lui réserve. Elle est lasse de survivre et elle ne pourrait faire autrement. Ce qui lui semblait si simple dans les terres gelées d’Endhelstein lui parait maintenant insurmontable et voué à l’échec. Comment a-t-elle pu devenir aussi pathétique ? Elle se débecte comme elle se résigne à crever.
Sigrid se perd dans les yeux de son bourreau, lui qui, transfiguré d’un masque imperturbable, articule l’once d’une compréhension et d’un sentiment commun. Il lui cause de cet animal qui fait partie d’elle, de ce foutu instinct de survie qui ne la laissera pas partir sans se battre. De l’humaine résignée, de cette petite fille effrayée coudoyant l’esprit animal et qui s’en accommode. De cette guerre perpétuelle qui gronde en elle et de ce sentiment paradoxal qui éructe son bon sens. La gorge de la barbare se serre et elle maudit cette conscience exigue qui la pousse à se confronter aux affres de l’homme. L’acier l’esquinte, son vermeil ruissèle et son souffle perdure, mêlé à celui de Dante qui colle son front au sien dans une ivresse compréhensive. La confidence est viciée par la douleur. Souvenirs d’une vie d’esclave, réminiscences de la soumission dans l’affrontement. Forcé à tuer pour survivre. Contraint à se battre pour le bon vouloir de maîtres cruels. La notion d’esclavagisme n’est pas inconnue à la Skaald, pour la simple et bonne raison que lorsque ses pairs soumettaient un clan, ils avaient pour habitude de faire des lâches leurs tributaires. Les pensées de la guerrière s’embrument et elle sent ses forces lui échapper dans un flottement enivrant. Dante lui dit qu’elle n’est pas seule. Et elle comprend qu’il y a lui. La respiration de la donzelle se fait plus profonde et plus sereine, à mesure que le timbre masculin ronronne à son oreille. Elle est une femme libre, et lui, a été un homme soumis. De quoi peut-elle bien se plaindre ?
Sa gorge éraflée lui pique mais elle se sent encore consciente. Bien trop consciente pour être aux frontières de la mort. Dante la libère de son étreinte et Sigrid incline sa tête dans un souffle fiévreux, paupières ouvertes sur le sentiment à nu qu’exsude dorénavant son interlocuteur. Il n’y a pourtant guère de maudite compréhension ou d’empathie dans ces âtres ternis par le souvenir - juste cette sévérité aigue et cette rancune vorace qui a sûrement fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. Une effigie de survivant.
La lame se dérobe définitivement à sa chair et la Skaald grogne de frustration, l’odeur du sang jaspant ses iris d’une conscience acérée. Il se voit à travers elle et refuse de la tuer, comme si tout deux étaient liés d’une quelconque manière. Si la guerrière entend son sang pulser et lui battre les tempes, l’entaille de sa gorge est loin d’être fatale - d’autant plus que le chasseur s’évertue à la panser de sa large paluche qu’il attache à son cou. « Penses-tu qu’il y ait courage à se laisser crever ? » Demande-t-elle, évasive. Elle observe le faciès de son interlocuteur, piquée d’une vive intrigue quant à son histoire. « Car le plus noble combat c’est de savoir affronter la mort non ? » Et généralement, il n’y aucune dignité à mourir. Dans sa merde ou dans sa pisse, le corps n’en a jamais.

Lentement, Sigrid remonte sa pogne pour se saisir de celle de Dante qui repose contre sa plaie. Elle la détache du liquide poisseux qui entache ses doigts, ne quittant pas du regard le faciès obscur de son vis-à-vis. Elle trempe son doigt dans le sang pour tracer des motifs sur la gueule de celui qui l’épargne. Les traits rappellent sans mal les marques tribales dépeintes sur sa tronche lors de leur première rencontre. « Faut croire que je me suis plantée à ton sujet, Dante. T’es un putain d’Invaincu. » Peut-être même un élu.
Se doutant de l’hermétisme fondé du faquin face à ses mœurs de barbare, la donzelle se fend d’un sourire en coin en prévision de sa réaction. « Comment faire pour vivre sans survivre ? » Elle l’attire à lui en nouant une menotte à ses frusques, ses yeux rivés sur la face peinturlurée de sang, son corps transi d’une impression lascive. « Toi aussi tu t’y accroches au sang, au risque et à la mort. » Elle embrasse presque le lobe de son oreille dans cette confidence. « Offre moi des combats. De la reconnaissance. Des pièces pour payer des guerriers et des vainqueurs. Ceux qui seraient dignes de défaire un ennemi d’envergure. » Elle se mord férocement la lèvre inférieure, détaillant d’une œillade inquisitrice l’expression de son interlocuteur. « C’est tout ce que je veux. Mon dieu m’a guidé jusqu’ici pour ça. Pour la vengeance et pour reprendre nos terres aux traîtres. » Peut-être saura-t-il déceler la candeur de dévote de la guerrière. Quant à elle, dans son excitation de dépravée, se conglomère contre lui dans un souffle brûlant - se souciant bien peu du sang qui ruissèle en fines gouttelettes sur sa poitrine. D’une expression féroce, la Skaald lâche entre ses dents serrées. « J’essaierai pas de te mettre en cage, promis. »



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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Lun 26 Mai - 4:45

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Lui qui avait tant guerroyé contre des entités de toutes sortes, lui qui avait tant purgé les carnes de leurs cruors, lui qui, de la survie, s’en était fait un gonfanon, discernait un impair dans le verbe de la belliciste. Il n’entrevoyait aucune noblesse dans un sacrifice propre, nulle fierté ou même hardiesse à ouvrir grands les bras et recueillir en son sein l’Ultime Morsure térébrante. Peut-être était-il un bâtard avili par ses oripeaux de gloire, mais il se sentait falaise ébrouée contre vents et marées, si proche de l’immortalité et pourtant si docte du trépas. Vaillants étaient les rescapés, car ils œuvraient telles des chimères déchaînées dans le typhon du destin. « Non », réprima le Cerbère, pour qui les arcanes de l’Outre Monde ne semblaient guères sibyllines tant il s’était fait vouge de moissons humaines. « Il n’y a rien d’illustre dans l’abnégation. J’me suis toujours dit que, ce duel, on l’a déjà perdu. Dès notre premier cri en ce monde. Alors autant profiter du sursis, autant cracher à la gueule de la Camarade, et autant lui rire au nez comme un chiard pétulant. » Son palais rouillait d’une aversion draconienne contre les abysses du Néant. Il avait tant craint son extinction que la phobie s’était muée au fil des années en une fureur torrentueuse. C’est ce qui lui avait permis de tenir ; cette rogue cuirasse enchevêtrée de toutes ses peurs, ce bastion fortifié qui s’était fécondé du sang, de la sueur et de l’erg des arènes. Sans opposer quelconque résistance, il laissa la Skaald défaire la gaze de chair en ne cillant pas une seule fois des gemmes adverses, avant de sentir la dextre lui stigmatiser la carne de son seing écarlate. Il laissa faire, docile molosse qui de la gestique, se sentait magnétisé, aussi quiet qu’une gargouille emplie de circonspection. La symbolique de l’obole spirituelle lui arracha un éclat au céruléen de ses orbes comme il comprenait être là sous la faveur confraternelle de la guerrière barbare. Le raisiné jaspé sur son derme prit des formes sauvages, animales, en un simple et long sillon qui lui sembla, un instant, faire miroiter sous sa carnation mille ans et plus de coutumes. Invaincu, disait-elle, et il prit l’étrenne sans chercher à s’en contusionner l’âme de fières étincelles. Elle avait sans doute raison, puisqu’ainsi se considérait-il, ignare d’un quidam qui aurait pu lui adjoindre le sobriquet d’Infatué. Diables oui était-il un putain d’invaincu, nombres avaient même tambourinés des paumes en des vivats exubérants pour flatter ses prouesses comme l’on eut mignoté un dogue excellemment bien dressé. Si le terme dégorgeait de puanteur pour le reître, il n’en restait pas moins authentique.

Il sentit les menottes se contracturer tout contre ses nippes, broyant l’aquilon qui s’était interpolé entre leurs bustes et égrugeant leurs haleines plus encore qu’auparavant. Le molosse apprécia vraisemblablement. Un grondement moite s’exhaussa dans l’aven de sa trachée, turpide de pulsions félidées que Sigrid animait au-delà de ses cambrures et de ses iris carnassiers. Elle articula des vocables qui fluèrent contre ses ridules en une kyrielle d’houilles avant qu’elle ne se rapproche davantage et ne lui psalmodie ses augures dans le fanum acoustique. Huileux du contact, il fracassa une paluche contre la paroi pétrée pour soutenir sa carcasse qui ne demandait qu’à plus encore moudre la silhouette féminine. Il sentit le crin de jais érafler la courbure de son avant-bras, et les oraisons combatives finirent de contracturer sa mâchoire jusqu’à faire grincer l’émail de ses crocs. Peut-être l’aurait-il prise sans commune mesure, saillie à cheval en travers de ses flancs, échine brimée contre le mur et fouaillée de coups de reins frénétiques, si elle n’avait pas été cette typesse Skaald qu’il peinait à voir comme basse et simple femelle prête à se faire tringler comme toute autre taure. Son avis avait décidément bien changé depuis ses premières infamies soufflées dans les steppes du nord. « Tu portes une lourde quête sur tes épaules. » Ainsi le comprit-il. Qu’elle dut claveter monnaie en son pécule pour ne le dépenser autrement qu’en nervis rétribués. De quelles représailles parlait-elle ? Et ce dieu, était-il ce Lotkis dont elle en avait tant exsudé ses lippes ? Elle semblait effectivement ne vouer qu’un seul et unique culte là où son propre panthéon foisonnait de démiurges. Quelle étrangeté. Mais Firebeard ne déniait rien en la matière de ce folklore exotique, tout au contraire, ses orbes rutilaient d’une franche curiosité, derrière, fallait-il bien l’avouer, cette houle concupiscente qu’elle faisait éclore chez le chasseur de primes. Une turgescence naissait déjà sous ses braies de laine et cuir bouilli, gonflement que la guerrière put sans peine constater tant ils n’étaient plus que géminés par leur conciliabule incivil. « Tu n’me mettras pas en cage », reprit-il d’une sentence noire, égorgeant net toute autre possibilité tant le Cerbère encensait sa liberté. Nulle place ne fut faite à l’incertitude qu’elle inspirait dans sa promesse et, plus encore, il s’appesantit contre elle jusqu’à ce que son coude tendu ne touche plus que la pierre, poing fermé au-dessus de la tignasse obsidienne. Il la lorgna minutieusement, comme l’eut fait une bête envers quelconque proie ou quelconque autre congénère, avant de venir sentir à plein nez le musc purpurin souillant la gorge qu’il avait abîmée, ployant l’échine et griffant la peau lactescente de la mandibule rivale de sa broussaille hirsute. Sa langue vint alors laper l’écorchure à vif, lampant le cruor comme s’il fut mélasse et désintoxiquant la venaison à l’instar d’un lupin léchant les plaies d’une semblable. D’autres éruditions lui avaient enseigné la permutation sibylline des habiletés et de l’hardiesse d’un guerrier lorsque son vainqueur lui mangeottait cœur ou buvotait sang. S’il faisait de même, c’était avec la maladresse d’un inculte ou la prolificité d’un athée qui portait à sa foi martiale, toutes les sciences apprises en un autel singulier. Ses pulsions pour toutes déités. Il la but. La savoura. Râpa avec langueur jusqu’à ce que le dégorgement ne s’estompe et que la balafre ne devienne plus qu’une longue empreinte rougie, écartelée et marbrée d’un bleu-mauve. En se redressant, il se pourléchait encore les babines que le goût ferreux avait rendues capiteuses. Sa voix traînante et basse fut délatrice de la jouissance qu’il avait prise.

« Je sais où tu pourrais rauquer et cogner. Je sais où tu pourrais te trouver des reîtres que t’aurais toi-même mis à l’épreuve. » Il feula un sourire qui galopa dans son souffle pour venir se perdre contre le museau de la Skaald. « Je t’y emmène. A condition que tu m’accordes un combat. Toi et moi, sur la lice. » A défaut d’une paillasse. « C’est bien payé », acheva-t-il d’un rire sourd, anticipant la rapacité quasi vitale de Sigrid, puis se détachant nonchalamment, peu troublé par la trique avec laquelle il s’était esquiché contre elle, lui offrant là l’opportunité de se laisser guider. Une fois encore.


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mar 27 Mai - 12:02

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Il n’y aucune bravoure à se laisser crever. Au mieux dans cette étincelle de résignation, il n’y a qu’une la cruelle lucidité, à se dire que cette chienne de vie ne mérite pas d’être vécue plus longtemps. Le sort pour chaque Homme est inéluctable - chacun se voit fauché un jour ou l’autre et la Skaald a promis à son dieu d’en finir en guerroyant. Ils ne sont tous que la vermine gerbée par les Grands, émissaires de leurs dieux divers et variés - car rien n’a de hasard, et même les plus ambitieux des égoïstes servent un dessein plus grand, pions entre les doigts des divins évoluant sur l’échiquier des royaumes. La barbare se demande bien ce en quoi il croit, le cabot à la tignasse ambrée. Peut-être même qu’il pense être une crevure parmi tant d’autres - celle qu’on ne voit pas et qui indiffère. Un bon assassin en somme.
La brune examine le faciès sombre de son interlocuteur, la mâchoire serrée sur l’amertume de ces vagues notions. La mort n’est qu’un adversaire contre lequel on se heurte et de qui on se défend. On ne peut la défaire mais on la provoque et on lui rit au nez. Dans le cas de Dante, combien de fois lui a-t-il craché à la gueule ? Elle la reconnait en lui, la figure tribale. Et si elle déteste ressentir cette estime pour celui qui a exécuté ses pairs, elle se sent l’envie de le traiter d’égal à d’égal. Ils l’auraient tous molesté pour ça, mais qu’importe ? Seul Loktis veille dorénavant sur l’unique meneuse de son troupeau dévoré et il aura tôt fait de lui envoyer signe de son mécontentement si la situation ne sied guère à ses plans. Des visions. Quelque chose.
C’est sans pudeur qu’elle lui demande de l’aide et qu’elle articule sa nécessité. Parce qu’à défaut d’être frappée par une lueur clairvoyante quant à ce qui doit être fait, elle ramasse les miettes de son orgueil brisé pour composer avec ce qu’on lui donne. Le chasseur est un guide qu’elle serait trop stupide d’évincer. Pognes toujours emmêlées dans les frusques de son interlocuteur, Sigrid ne se départit pas de ce regard trouble qu’elle vrille dans les prunelles masculines. Malgré leur proximité et cette excitation lascive avec laquelle elle s’attache à lui, elle se drape toujours de cette féroce dignité - relents d’une confidence acrimonieuse sur ceux qui ont massacré sa tribu. Cela va bien au-delà des trouble-fêtes venus plus au sud, fauchés par le mercenaire. Non, il s’agit là du sang que les traitres ont versé - des loups qu’ils ont tué et de l’offense faite à l’Esprit Primordial. Des choses bien plus graves que des Skaalds tapageurs ayant attiré la lame dextre d’un ennemi, eux qui ont versé le sang futilement et qui en ont payé le prix. Le chasseur aurait bien pu lui rire au nez qu’elle n’en aurait pas été vraiment surprise. C’est qu’elle lui cause de ses croyances, émiette sa ferveur de guerrière primitive et se plie à son conseil. La barbare sait ce qu’il lui faut et tâtonne pour parvenir à un arrangement - des méthodes d’agenouillés qui lui collent la nausée rien qu’à y penser. Mais qui mieux que lui pourrait goûter à sa précarité ? C’est un survivant, comme elle.
A sa remarque teintée de sérieux, la Skaald s’intrigue, piquée par l’ombre de curiosité qui jaspe les prunelles abyssales de l’homme. Échauffée par la carrure qui la contient contre le mur et qui trahit une virilité trop à l’étroit dans ses braies, la brune lie son souffle au sien dans une contemplation mutique et sauvage. Les sillons de sang qui maculent la face de Dante sont comme un baptême de confiance et la Skaald exécrerait de se voir trahie. Aussi imprévisible que brutal, leur petit face-à-face emprunte des tournants lubriques. Transie par leur deux bassins qui se côtoient dans une mouvance imperceptible, la sauvageonne ne le quitte pas des yeux avant qu’il ne fonde sur sa plaie pour la humer. Renversant la tête en arrière, la barbare étouffe un soupir de bête goguenarde, ricanement coincé en gorge tandis qu’elle se tend. Le sang, entêtant fluide vital qui excite les instincts primaires. Dante se gorge de sa puissance et elle lui cède cette partie d’elle-même sans rechigner, luttant simplement contre cette ardeur qui voudrait qu’elle lui grogne après et lui attrape la nuque pour expirer à son oreille. C’est comme un accord de confiance tacite dans les entremêlas nébuleux d’un érotisme affriolant. Paupières closes, la Skaald grimace un rictus sauvage à mesure qu’il déguste son sang et lèche son derme blessé puis c’est avec gravité qu’elle le lorgne quand il a terminé. S’humectant machinalement les lèvres en réponse à la soif qu’il vient d’assouvir, elle détaille l’expression de l’homme rassasié. Ses lèvres suivent les siennes sans pour autant les frôler et la lueur d’excitation lointaine s’éclipse des calots de la sauvageonne lorsque Dante lui dit savoir où elle peut trouver de guerriers pour sa quête. « Être payés pour se battre ? » Demande-t-elle en le dévisageant de circonspection. « Décidément... C’est qu’il pourrait commencer à m’plaire ton monde. » Les orbes sombres de la Skaald s’attarde sur la mâchoire de son interlocuteur contracturée dans un sourire animal. « Un combat. Toi et moi. » Qu’elle lui murmure en avançant son museau près du visage masculin. « C’est d’accord. » Elle lui accorde une risette espiègle et le regarde s’éloigner, non sans remarquer la gaule qu’il se traine. Le brasier qui ourdit leurs entrailles, c’est l’hymne de leur pugnacité.

L’effervescence de la populace s’égrène à mesure qu’ils s’enfoncent dans les méandres obscurs de la cité. Les venelles se font plus étroites et tortueuses, la puanteur fait frémir les naseaux et les rares hères qu’ils viennent à croiser ne les regardent même pas. Comme des fantômes errant dans leur quotidien de crasse et d’oubli. Des marches branlantes taillent le flanc abrupt du promontoire, les éloignant des quartiers habités pour leur donner une vue imprenable sur la mer des glaces. Claquemurée dans son observation mutique, Sigrid ne voit pas la grille dissimulée sous un enchevêtrement de lierre givré, côtoyant un conduit de pierre qui évacue les eaux usées de la ville. La pestilence se fait plus tenace mais l’expression de la sauvageonne ne démord pas d’un stoïcisme contemplatif. Où l’amène-t-il donc ? Dans les entrailles de la terre ? N’ayant jamais eu l’occasion de voir tel système ingénieux, la Skaald reste sur ses gardes, surtout dans cette pénombre plongeant les couloirs de pierres humides qui n’étonnent pourtant pas la troglodyte. Le bruit de leurs bottes pataugeant dans le fond d’eau croupie laisse bientôt place la rumeur d’un foule humaine, grondant par vague enfiévrée. La sauvageonne biaise un regard perplexe vers Dante avant de lui emboiter le pas vers une nouvelle paire de marches qui les enfoncent un peu plus dans les égouts nauséabonds d’Ibenholt. C’est là qu’elle découvre une salle taillée à même la roche du promontoire cernée par des canaux remplis de flotte verdâtre, éclairée par quelques torches dispersées ci et là. Foule d’hommes acclame et gronde tandis que deux autres s’affrontent au centre, torses dénudés et perlés de sueur. Parcourant l’huis clos d’un œil intrigué, la louve ne quitte pas Dante d’une semelle, lui prêtant une oreille attentive lorsqu’il lui explique les règles. Sigrid roule des yeux dans un amusement qui tire vers l’agacement. La discipline et les principes - c’est qu’ils en sont friands en toutes circonstances dans ce coin là. La femelle ne manque pas de saisir les regards moqueurs qui se braquent vers elle mais se garde bien de tendre le bâton pour se faire battre. Sagement, elle se la ferme. Elle prend le temps de détailler les deux combattants qui donnent toutes leurs tripes sur la lice avant de laisser choir les fourrures fauves qui lui donnent cette démarche hirsute. Peau de bête ceignant son buste dans un maintien près du corps, la Skaald ne manque pas de se débarrasser de toute ce qui pourrait lui porter préjudice dans un combat au corps à corps. Nouant son crin de jais pour éviter les empoignades trop faciles, Sigrid finit par récupérer sa bourse de pigments pour y tremper un doigt humide et se peinturer la gueule dans un rituel bien précis.   « Tu dis que les gens misent sur les combattants ? » Lance-t-elle finalement à son guide d’une mine sombre. « Crois-tu seulement qu’ils vont miser sur moi ? » Elle laisse échapper un petit rire sec, bien déterminée à leur prouver à tous qu’une femelle peut être aussi féroce qu’eux.                      



you can run on for a long time
When the Skaalds come after you, they never stop. They can run for hours, ride for days. They barely eat and rarely sleep. Sigrid, like the wolf, has learned to hunt from birth. It’s part sense, part instinct. She can read the terrain, search for signs of passing, run her quarry to ground and close in for the kill. Now, she hunts us. Now, we are the prey. CODE COULEUR : #605289


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mer 28 Mai - 22:04

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Monarchie purpurine, lande fourmillante de faîtes musculeux, erg félidé et piaillard, la lice du bas-monde réservait son vestibule aux parangons du bellicisme. Écumes aux lèvres, les maîtres rauquaient des ovations excitatrices à ces chiens éclopés qui bagarraient, pour, l’instant d’après, sauter à leur tour dans le cirque du carnage et vêtir rondement leur rôle de dogue enragé. Nul n’était à l’abri d’entrer dans l’arène tant les récompenses faisaient chavirer quelconque raisonnement circonspect. Le parieur devenait compétiteur sans une once d’échelon pyramidal, et, inlassablement, les parois du cloaque qu’était la Basse-Ville observaient avec équanimité ces mortels crouler sous les heurts de leurs frères pour quelque aubade à la richesse. Le Cerbère, coutumier des entrailles fétides dont les cités pouvaient receler, avait depuis quelque mois déjà repéré cette bacchanale des plus clandestine où piécettes rimait avec pugilats. Si, plus d’une fois, il s’était pris au jeu du belliciste sur commande, ses pas ne l’avaient guère fait gîter en ce bouge que certains ne quittaient plus que pour dormir, pisser ou forniquer. Ce n’était pas tant la souvenance des arènes de Sade qui l’achalait, mais l’idée même de devoir cogner jusqu’au sang pour gober les maigres primes que ces faquins pensaient bon de débourser devant pareil spectacle. Ses propres traques lui rapportaient bien plus, mais une fois de temps en temps, il souriait au concept : décompenser toute frustration sur la chair et les os de rivaux comme il l’eut fait dans quelque altercation de taverne, mais en être, tel un fervent dévot, dignement gratifié. « Bon. » Ils étaient fins prêts à jouer des coudes et des épaules pour percer le troupeau de marioles, mais Dante se prit à faire halte en instiguant à la sauvageonne de faire de même, d’un signe de paluche. « C’est pas bien compliqué. J’pense que, même toi, t’es capable de saisir cette notion. » Il eut un sourire oblique, phallocrate pour ne pas changer. « Pas d’armes. D’aucune sorte. Tous les coups sont permis mais t’oublies le moindre avantage qu’un quelconque arsenal pourrait t’léguer. Si tu déroges à la règle… » Ses épaules se soulevèrent avec nonchalance. « Bah j’imagine qu’ils te crèvent. » L’illégalité de cet aréopage agréait de fait le moindre abus immoral comme châtiment à l’insubordination. Ils se remirent en marche et le molosse saboula le conglomérat de sueurs et de crachats sans la moindre complaisance, faisant place à leur tandem avec force et prunelles noires lorsque ça regimbait trop dans les rangs. Couronnant son avancée de ta gueule ! va chier ! et autres joyeusetés, Firebeard arriva aux abords de la piste en lorgnant Sigrid.

Dépecée de ses épidermes velus, elle paraissait à la fois plus malingre et plus altière. Sans gêne aucune, il la reluqua de bas en haut et trancha sur sa gueule une risette turpide tandis qu’elle apprêtait sur son minois les sillons guerriers. Lui-même gardait encore l’estampille incarnate qu’elle lui avait grimée, et eut, un bref instant, l’impression d’appartenir à un binôme barbare. « T’as raison, ça va plaire aux parieurs, ça, qu’tu te fardes comme une lady. » Si la connotation suppurait à n’en point douter d’une raillerie mesquine, le belluaire dut bien s’avouer troublé par le sinistre masque que revêtait à présent la Skaald. Sinistre et étonnamment beau. Malgré la grossièreté de l’œuvre et de son apparent minimalisme, la symbolique surpassait avec superbe toute comparaison gironde. Ses lazurites le trahirent. Il détourna brusquement sa broussaille de rouille pour scruter les deux combattants jetés l’un sur l’autre en branlant du chef à la première question, puis lâchant un éclat vite submergé par le vacarme ambiant à la seconde interrogation. Il dut donner de la voix pour se faire entendre tant la foule braillait sec pour stimuler les dernières secondes de la rixe. « Évidemment qu’non ! Tu viens tout juste d’arriver, il va au moins t’falloir un premier combat pour intriguer ces pendards et éventrer leurs aumônières. » L’un des belligérants s’écrasa à leurs pieds, le portrait gibbeux d’hématomes et moite d’une mélasse sombre, imbroglio douteux d’hémoglobine et de poussière terreuse. L’autre restait debout, ahané, poings serrés, rictus patibulaire mais tout aussi bigorné. Il chancelait à moitié. Dante pointa le crâne du vaincu d’une vague mouvance de botte, peu débonnaire face à la carcasse, bras croisés sur son torse qui s’élevait sous un ricanement sourd. Tout autour, les mufles décomptaient à s’en arracher les cordes. « S’il se relève pas avant la fin du délai, il a perdu. » ZÉROOOO ! fit fuser l’assistance, et l’on proclama le vainqueur en embarquant fissa l’autre en dehors de la lice, pour le soigner ou l’y laisser trépasser, seuls les dieux savaient. Le chasseur eut un long regard vers sa comparse, la jaugeant en silence et scellant là la résolution qu’il vit briller dans les calots. « Te fais pas trop laminer. J’aimerais mieux pas avoir une loque comme adversaire. » C’était une manière comme une autre de lui souhaiter bonne chance. Il démembra son sourire en attrapant l’épaule d’un quadragénaire reniflant la poiscaille. « Hey ! Tu m’la fais entrer. » Le mareyeur eut d’abord un grimace en se retournant, puis reconnut la funeste figure à qui il adressa un signe de tête approbateur. Tandis qu’on désignait un autre antagoniste, Dante fit signe à la louve de venir planter ses crocs sur son nouveau territoire. « T’as pas intérêt à m’humilier. J’dois bien être le seul couillon à parier sur toi. » Il découvrit ses canines en une œillade.


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Ven 30 Mai - 17:31

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Malgré toute la méfiance qu’exacerbent chez la Skaald ces lieux étrangers, c’est bien dans l’arène improvisée qu’elle se sent le plus à son aise. Ce cocon de pierres puant est bien ce qui ressemble le plus à ses grottes barbares dans la capitale des civilisés. La sueur fait frissonner le derme des échaudés qui jactent avec vigueur, serrant leur pogne épaisse pour encourager leur bête de combat. ça s’insulte allègrement et ça vitupère quelques provocations sur les confrontations à venir. Même si Sigrid se renfrogne dans une gueule patibulaire pour éviter de devoir aboyer sur le premier à la regarder de travers, elle n’en reste pas moins fascinée par ce qui se dénoue devant ses yeux. La rage aux tripes, les deux adversaires donnent tout de leur combativité pour faire ployer l’autre - ce qui rappelle sans mal les propres affrontements que ne manquaient pas d’instiguer les guerriers de son peuple pour tester leur efficacité martiale. D’un œil sibyllin, la barbare songe à ces froides nuits d’hiver sous le halo des torches, aux banquets de réjouissances suite aux ennemis défaits et aux prières des Corbeaux et à leur vision enivrante. La mélancolie qui s’immisce en son sein à cette pensée a tôt fait de s’embraser en colère sourde. Alors qu’elle lorgne dans le vague les silhouettes masculines qui s’affrontent sur la lice, Sigrid finit par incliner le chef dans la direction de Dante qui leur fraye un passage parmi les badauds enragés. Elle accueille sa bravade misogyne d’un regard empreint d’une neutralité suspicieuse. « Je t’emmerde. » Détachée au point de n’avoir d’yeux que pour la gestuelle technique des deux qui s’en foutent plein le museau, la Skaald finit par s’arrêter aux flancs du chasseur et d’écouter les dernières recommandations. Un frisson lui ébranle l’échine, portée par la cohue enfiévrée qui crache, hurle et tape du pied. Pas de combat à mort, pas d’arme, juste son corps contre celui de son adversaire. La sauvageonne n’a pas besoin d’en entendre plus car son esprit jubile déjà d’entrer sur la piste. Maintenant qu’elle est pleinement elle, la Skaald guidée par un dieu féroce et cruel. ça commence à se bousculer et à s’agiter aux alentours de la piste et Sigrid plante ses coudes dans les côtes de ceux qui lui collent impunément les flancs. Bras dénudés de toute fourrure, la donzelle ajuste ses mitaines de cuir en entremêlant ses doigts, émail serré sur un sourire sauvage à l’égard de son interlocuteur. Un premier combat pour faire ses preuves, voilà de quoi l’entêter dans sa ténacité guerrière. La carcasse de l’un des combattants s’écrase lourdement sur le sol et tandis que la foule hurle quelques encouragements, le type ne se redresse pas. Le décompte se clôture et sonne la défaite de l’hère hébété que l’on évacue de la piste. Dans un simple échange de regard, la Skaald devine que c’est à son tour de faire ses preuves. Le ventre noué dans l’appréhension d’avant combat, elle adresse une simple risette à son interlocuteur aux allures fraternelles avant de dégager d’un coup d’épaule les charpentes qui encombrent le passage. « T’humilier ? L’idée est putain d’séduisante mais mon égo n’y survivrait pas non plus, alors... » Raille-t-elle Dante en guise de réponse. Un sourire carnassier se placarde sur sa gueule tandis qu’elle entre sur la piste tout en toisant son adversaire qui fait bien une tête et demie de plus qu’elle. La Skaald parcourt la terre battue de pas tranquilles tout en détaillant la physionomie du combattant. Il n’est pas bien épais mais musculeux et nerveux. Sa carrure trahit d’ailleurs une faiblesse sur l’un de ses appuis. Sûrement n’est-il pas à son premier coup d’essai au sein de cette arène improvisée ? La mâchoire proéminente masculine révèle dans un rire gras les quelques dents qui lui manquent. Le crin sale et filasse retombe devant ses yeux de fouine profondément enfoncés dans leurs orbites. Le brouhaha de la foule laisse filtrer quelques sifflements et insultes phallocrates que la sauvageonne balaie avec une indifférence de bête en chasse - concentrée sur l’unique chose qui l’intéresse. Sa proie. Elle l’examine d’un œil attentif tout en continuant à lui tourner autour, l’amenant à lui aussi se mouvoir tout contre la palissade. La respiration de la sauvageonne reste régulière dans une perception acérée de son adversaire. Elle le voit et elle le sent, bouillir d’impatience. L’homme frappe sa main de son poing tout en lui sommant de se montrer moins frileuse, ce à quoi elle répond en feignant la nonchalance d’un haussement d’épaules revêche. L’homme saisit la perche, pensant qu’elle se montre détachée pour se faire mousser par la foule. Paluches portées devant son minois, il réduit la distance pour porter une droite à la Skaald qui s’abaisse derechef pour éviter le coup. Il accueille l’esquive par un mouvement de sourcils agacé et tente de feindre un uppercut d’une pogne pour se frayer un passage vers la mâchoire de la sauvageonne. Elle s’abaisse souplement pour s’esbigner de l’autre côté d’un pas chassé avant d’asséner un puissant coup du talon dans le mollet de ce dernier qui se voit balancé contre la clôture. « Arrête de danser diablesse et montre ce qu’t’as dans l’ventre ! » Qu’on lui crache de l’assemblée. ça frappe contre le bois, piétine le sol du pied et hurle au sang. L’adversaire est du genre à fulminer, impatient de ruer sa caboche de coups. Il la torpille d’un regard amer avant de fondre sur elle dans une nouvelle offensive. Cette fois-ci, il l’empoigne sans qu’elle ne puisse rien faire et l’encastre dans le bois, comme un buffle en colère aurait chargé sans crainte des représailles. Dans un râle colérique, la femelle abat l’angle de ses paumes de mains dans les tempes du type pour l’étourdir avant d’envoyer son poing lui dévisser la tête. Il chancelle sur ses appuis et elle l’envoie se traîner dans la poussière d’un coup de pied expéditif dans le plexus. Pensant avoir un peu de répit pour se replacer, Sigrid surprend la vive pugnacité du combattant qui traîne à peine un genou au sol en feintant d’être hébété pour mieux la choper par le bras et lui broyer les os. Elle essaie tant bien que mal de s’arracher à la poigne de son ennemi mais se doit d’essuyer un coup dans l’estomac qui lui coupe le souffle avant qu’il ne l’attrape par la gorge pour mieux lui frapper le crâne du sien. Les phalanges la libèrent et il la lorgne d’un œil narquois tandis qu’elle crache un glaviot de sang, crinière hirsute défaite sur sa gueule mutine. Les lèvres pincées sur sa langue mordue qui embaume ses papilles de cette sapidité ferreuse, elle trahit une rage indicible en bondissant tel un félin, s’agrippant à la charpente de son ennemi pour le faire basculer. Elle manque de lui arracher l’oreille dans son assaut de furie et se contente de faire claquer ses crocs à quelques centimètres de son visage, lui plantant son coude dans le coin du museau pour le faire lâcher prise sur ses hanches tout en gesticulant de ses jambes. Déstabilisé, il l’entraîne avec elle à même le sol et lui fait cracher bile en martelant son abdomen de sa paluche tout en l’étreignant de l’autre. Piste embrumée de nuages de poussière soulevées par leur empoignade vigoureuse, Sigrid parvient à se renverser sur le dos pour mieux coincer l’épaisse nuque adverse entre l’étau de ses cuisses et profiter du chef exhibé à portée de main pour crocheter ses narines dans une grimace douloureuse. L’homme saboule instinctivement et griffe les bras de la sauvageonne qui l’étrangle avant qu’elle ne le libère de sa prise dans un cri rageur. Se rejetant à modeste distance, elle s’accroupit en toisant sa victime cracher ses poumons, joues empourprées et paluches serrées. Mais alors qu’il redresse l’échine pour se remettre sur pieds, trahissant une certaine difficulté à se mouvoir, la Skaald surgit dans le même temps pour le cueillir de son genou dressé. Lui percutant le crâne avec fulgurance, les yeux de l’homme roulent dans ses orbites avant qu’il ne retombe lourdement sur le dos, grognant quelques soupirs de bête essoufflée. La sauvageonne se tient campée sur ses pieds, épaules redressées et muscles frémissant de cette rage qui la consume. Défaire sans tuer, défaire sans tuer. Qu’elle se répète, noires prunelles vissées sur la silhouette masculine qu’elle rêverait de contenir sous sa botte. Maculée de sang et de sueur, crin hirsute encadrant sa mine sombre, elle ne réalise qu’après que le décompte est terminé et qu’elle est victorieuse. Elle exhale un bref soulagement, ses côtes douloureuses lui arrachant un rictus sauvage. ça trépigne dans l’assemblée et ça hurle - mais elle ne les entend pas, car déjà les orbes défient le prochain adversaire qui risque de se montrer plus coriace. D’un revers de main, Sigrid étale la trainée de sang qui macule la commissure de ses lippes, ajoutant à son masque tribal un nouveau motif lugubre. Dédaignant la gourde qu’on lui tend, elle ne quitte pas des yeux Dante qui s’avance sur la scène. Son corps n’a besoin de rien - du moins d’aucun soulagement d’avant-combat, car c’est dans la privation qu’il offre le meilleur de ces capacités. « Allez, ramène tes fesses, beauté. » Qu’elle lâche entre ses dents serrées, détaillant ostensiblement le rouquin de la tête aux pieds comme lui ne s’est guère gêné avec elle.  

     


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When the Skaalds come after you, they never stop. They can run for hours, ride for days. They barely eat and rarely sleep. Sigrid, like the wolf, has learned to hunt from birth. It’s part sense, part instinct. She can read the terrain, search for signs of passing, run her quarry to ground and close in for the kill. Now, she hunts us. Now, we are the prey. CODE COULEUR : #605289


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Dim 1 Juin - 20:30

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would you kindly.

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Il eut un rire gras. La drôlesse se battait depuis de longues minutes comme aiguille face à montagne et la voici qui chutait bas en entraînant le rival dans sa cataracte poussiéreuse pour lui nouer le gosier en travers de ses cuissots. L’assemblée fit tonner ses cordes vocales de phonèmes graveleux comme la posture prenait ascendant sur la prodigieuse bagarre de la femelle. D’aucuns conseillèrent à la typesse de se défroquer les nippes et d’asphyxier son adversaire de son halitueuse fente arable, tandis que d’autres salivaient à déraison en lorgnant les formes et galbes que la triomphatrice détenait. Ils ne pouvaient raisonnablement pas prendre une mine morose face au tableau qui se dressait : deux gabarits antinomiques dont l’un – et pas le plus rationnel – possédait indubitablement la faveur des dieux. On rauqua dans les rangs pour que le cyclope retrouve force et honneur, mais la majorité des pendards éructaient leurs ovations à l’égard du dogue à mamelles. C’était en cela jouissif qu’elle vêtait l’effroi d’une tarasque et le magnétisme d’une indomptable vénus, fascinant les plus débonnaires, et divertissant les plus misogynes. Et de cette caste phallocratique, un en particulier parut davantage comblé, récoltant son dû pleinement gagné pour avoir misé sur la vouivre de jais. Des piécettes tintinnabulèrent dans sa bourse, soulevant les badigoinces du molosse qui ne se lassait plus d’ouïr cette turlurette cupide. Il n’aurait jamais pris le risque de confier son pécule à une incapable de pie-grièche mais il commençait à saisir par cœur les arcanes martiales dont s’enharnachait Sigrid ; la rage. Encore et toujours. Cet animal qu’il avait perçu japper en son sein et qui faisait, incontestablement, écho à ses propres démons. Et de cette ire, aucune éminence ne pouvait s’interposer. Voilà qui corrodait un peu plus la patience du Cerbère qui ne rêvassait plus qu’à rejoindre l’erg et, sans aucun maître ou auditoire à satisfaire, danser avec la louve sur leur macabre couche.

La rixe couronnée de succès régurgita pour tout patrimoine la stature poisseuse de la Skaald et le ramassis de chair faisandée que l’on retirait déjà de la lice. Elle restait debout, forcée dans un masque félidé, les crocs sortis en un atermoiement belliqueux. Et le chasseur, sans plus attendre, fit rouler son pardessus de la cime de ses épaules, et ballota ses effets et frusques dans les bras replets du mareyeur. « S’il manque ne serait-ce qu’une seule de mes bricoles en revenant, j’te tranche la langue et te l'enfourne dans l’cul. » L’admonestation, d’un ton sarcastiquement quiet, fit naître sur la gueule moite de l’hère une contrition docile que Firebeard ne prit pas même le temps d’interroger. Il avait déjà tourné talons en gonflant son panache d’une assurance rogue ; que oui, l’on ferait attention à son tas. Le buste râblé dépouillé de tout lainage encorda muscles, et articulations des bras et nuque en des torsions chevronnées, faisant éclore dans l’atmosphère terreuse et capiteuse des craquements osseux. En quelques enjambées, il fit front à la sauvageonne, gondolant sur son faciès un rictus oblique comme le populo s’époumonait derechef à galvaniser l’acerbité des jouteurs. « Ça va ? Pas trop fatiguée ? » Son aménité exhalait d’hypocrisie derrière ses lazurites glaciales, mais sa mâchoire hirsute se complaisait à ébaucher son emblématique sourire de squale. Il ne piétinait maintenant plus la balayure que pour la scruter droit dans les mirettes et, sans plus de simagrées, fendit sur la carcasse athlétique en feintant un crochet du droit pour vraisemblablement risquer un uppercut du gauche. Si le molosse combattait avec un acharnement de diabolique chimère, il n’en restait pas moins parangon de tacticité, jaspant ses manœuvres, toutes plus hétéroclites les unes des autres, de savants tours déconsidérés par quelconque honneur. Ne comptait plus que la victoire et l’opiniâtre rengaine du belliciste triomphal, manquant assurément d’humilité, et, de fait, de limites mentales qui auraient pu arguer un jugement défaitiste. L’existence, malgré ses affres, ne l’avait que trop mal éduqué à la défaite, et sur son palais revenait s’enfanter le goût âcre de leur dernière échauffourée dans les steppes du nord. Nulle déculottée pour le chasseur, mais nulle victoire non plus, ce fastidieux jour où leurs chemins s’étaient croisés. S’agissait-il d’une vindicte ? Pour l’un, comme pour l’autre, indiscutablement. Et dans les scories de leur revanche s’amalgamait, à chacune de leurs foulées, le magma de leurs pulsions ignées prématurément suspendues dans la venelle. A ses poings agressifs succéda un coup de rotule qu’il voulut planter dans un fémur de sa rivale pour mieux la déstabiliser. Viendrait à n’en point douter la saillie de son coude qu’il voulait fracasser sur le museau féminin.


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This life, which had been the tomb of his virtue and of his honour, is but a walking shadow; a poor player, that struts and frets his hour upon the stage, and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing.

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Ven 6 Juin - 15:46

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A croire qu’ils apprécient tous les deux leur jeu mortifère, les canidés qui se jaugent d’un air vorace. Appâtés par l’espoir de dominer et vaincre, même si tuer est bien la chose dans laquelle ils excellent. Dante est redoutable - ça, la sauvageonne le sait bien. Plus expérimenté qu’elle et taillé dans la survie et la pugnacité, il a vécu soumis et s’est forgé réputation de par ses compétences martiales. Il a régné sur les agenouillés en se fondant parmi eux, renâclant toute son amertume pour mieux les atteindre. Visage de la ruse et intentions pernicieuses. Elle se méfie de lui, bien plus que la moitié des siens qu’elle a du affronter et qui sont restés prévisibles à cause de leur barbarisme primitif. Les orbes sombres de la Skaald roulent sur la carrure musculeuse du chasseur qui s’avance en irradiant de cette arrogance provocatrice qui parvient à lui arracher un rictus sauvage. Lui, aime le spectacle et est habitué aux râles incessants de la foule qui l’acclame ou le hue. Avoir des partisans n’est pas franchement ce à quoi la farouche s’attend mais l’effervescence ne la rend que plus joueuse et curieuse d’affronter celui qui lui a ouvert les portes de l’arène. Les pieds martèlent le sol et les poings tambourinent violemment contre la palissade pour rythmer le face à face carnassier qui se prépare. Minois penché vers le bas, Sigrid garde ses billes plantées sur le pourfendeur de Skaalds. Le défi est de taille - savoir si oui ou non l’homme mérite ce titre qu’elle lui donne en pensées, si oui ou non elle faillira comme les autres. C’est ce genre de gloire là que recherche sa tribu de guerriers et la sauvageonne aborde leur combat avec précaution. Et pourtant, la rage gronde car ce n’est que comme ça qu’elle peut vaincre. Il a tué ses pairs et elle va le faire souffrir pour ça, malgré l’accord tacite qui s’est instauré entre eux. Parce que la vie est ainsi faite - on malmène sa carne, histoire de se rappeler pourquoi on est là. Ils restent suspendus durant une poignée de secondes dans cette observation mutuelle, cette autopsie de leur âme chamarrée de fureur et de défiance. Puis il fond sur elle avec vivacité, témoignant d’une rapidité qui a cruellement manqué à son prédécesseur. Sigrid ondule instinctivement l’échine pour esquiver l’offensive du poing droit mais il parvient à l’atteindre derechef du gauche. Déportée sur le côté, la face vrillée de biais, elle rugit son mécontentement avant de porter son avant-bras pour parer le coude que son adversaire veut abattre sur sa gueule. Panards emmêlés entre les siens tandis qu’il a essayé de la bousculer d’un douloureux coup dans ses appuis, la donzelle ne se laisse pas dépasser. Se rangeant souplement de côté, elle se saisit en même temps du bras armé de son ennemi pour venir fracasser le rachis masculin face contre la palissade et lui maintenir la tête en lui empoignant le crin. Elle l’attire brièvement avant de le contrebalancer à nouveau pour amener son crâne à percuter le bois et le lâche finalement pour l’accueillir d’une droite lorsqu’il s’incline dans sa direction. Email serré dans une grimace haineuse, elle lui laboure le derme de sillons écarlates quand il tente une nouvelle offensive en la bousculant de plein fouet. Elle se trouve rejetée vers l’arrière, respiration coupée par l’assaut virulent et fait crisser la semelle de ses bottes dans la terre battue avant de se redresser, gueule ouverte et haletante. Sa jambe lui lance et son appui incertain la trahit dans sa toute puissance. Il va saisir la brèche, à n’en pas douter. La matoise le surveille avec amertume en le contournant dans une accalmie feinte visant à le surprendre par sa propre offensive ponctuée de cris enragés. La brune se jette à portée de lui tout en essayant de porter ses phalanges à sa mâchoire et tente de planter son talon dans son pied pour lui faire plier l’échine. Tout en le bousculant de ses hanches, elle se voit une fois de plus déséquilibrée et tombe au sol avant d’arrimer ses pattes au mollet du rouquin et y planter les crocs avec ténacité. Qu’importe les bottes ou le tissu, car elle flaire bien assez tôt l’endroit de peau vulnérable à laquelle elle compte arracher des gouttes de carmin. Mâchoire refermée dans un étau douloureux pour la victime, la barbare se voit brinquebalée d’un bout à l’autre avant de lâcher prise et planter ses jambes contre la charpente du rouquin pour le repousser au loin.    



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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mar 10 Juin - 2:55

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En une belligérance féline et vindicative, les deux carcasses se mouvaient par quelque violent canevas de gestes et poussière, s’entraînant l’un et l’autre dans une valse mortelle où la Camarade ne s’invitait pourtant guère. Tout n’était que heurts, bagarre des sens comme des pulsions, arrachant tantôt à l’un des feulements, tantôt à l’autre des grognements, tandis qu’autour, la fosse plébéienne ahanait de trop encourager ou décourager. Quant au chasseur de primes… voici que son crâne, frénétiquement, heurtait une surface contre laquelle cette chienne de guerrière s’amusait à le lancer, avant de lui asséner une massue de poing qui, entre son émail, fit vagir un éclat purpurin. Le sol s’entacha encore un peu sous un nouveau crachat de sang et Dante balaya ses babines d’un revers de main. Autour, quelques faquins battirent des talons pour approuver l’exploit, n’acérant que mieux encore le fiel destructeur et sanguin du molosse qui se rua tout de go contre l’effigie de la Skaald, l’envoyant à quelque distance de là pouvant lui laisser un maigre répit. Claudiquant, il la vit, et sur ses lippes, une risette naquit. Il ne fallait pas être mestre pour déceler là l’unique, et pourtant argileuse, fêlure par laquelle il lui faudrait s’engouffrer comme queue en chatte, et il s’imaginait déjà lui fracasser le tibia pour mieux lui faire mordre la terre tandis qu’elle cerclait autour un périmètre d’observation. Comme un prédateur guigne sa proie. « Diablesse ! Même sans tes monticules de peaux tu restes aussi sauvage qu’une lionne. » A mi-chemin entre l’injure et l’admiration, il reçut ladite tigresse de plein fouet qui, entre hurlements et saccades, tenta de faire choir le Cerbère. Se saboulant mutuellement en des coups et torsions, il parvint finalement à l’envoyer dans l’amas de poussière en un roulement de gorge semblable au tonnerre. C’est qu’en plus d’être téméraire, la félonne était dotée d’une opiniâtreté luciférienne, capable, même acculée, de claquer des crocs et gronder d’agressivité. Pis ! Voilà qu’elle le mordait à pleines dents comme l’aurait fait un canidé des venelles putrides, affamé de chair fraîche et dépourvu de quelconque raison ! Étouffant un cri, il eut le réflexe – piètre et médiocre – de secouer son membre comme un géant l’aurait fait d’un lilliputien, ne faisant que d’autant plus gouailler la peuplade, hilare au possible devant pareil spectacle. C’est qu’elle s’accrochait, la vilaine !

Il leva alors son autre rotule et, vivement, moulut sa botte sur la mâchoire féminine pour lui faire perdre saisie, avant de plier râble et d’empoigner à pleines paluches les quelques frusques de Sigrid pour la lever à hauteur d’yeux. « Et comme une lionne, tu mords », articula-il derrière un masque souffreteux, sans attendre un instant de plus pour basculer son échine en avant et fracasser son front contre celui de la sauvageonne. Sinistre écho que celui-ci, arrachant des Ohhh !, éhontés à l’assistance tandis que le corps de sa rivale s’étalait à nouveau dans sa défaitiste couche. « Dans ce cas, je vais peut-être me faire une pelisse de ta fourrure, histoire que ton joli cadavre me tienne chaud les froides nuits d'hiver ! » Et ce disant, puisque boitillant, il était arrivé jusqu’à elle, il la chevaucha pesamment pour mieux l’immobiliser et, coup sur coup, sans répit, lui abattit ses poings sur le minois. Ses phalanges devinrent cramoisies, à l’image de son propre faciès qui rutilait de vermeil et de son mollet qui souffrait de profondes écorchures. En son for, la Carence revenait au galop, endiguant toute modération et l’obligeant, par quelque tour de sorcellerie ou esprit fou, à parachever l’œuvre comme il le faisait si bien : dans la mort. Il n’y avait plus ni respect, ni camaraderie, ni Sigrid, ni même adversaire. Ne résultait plus que cette quintessence ultime et absolue ressentie à chaque fois que l’hémoglobine, liqueur de sa besogne, coulait à foison. Celui d’un Berger lâché en arène, qui, de ses ouailles, faisait une moisson sanguinolente que nul ne semblait pouvoir arrêter…


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mer 11 Juin - 11:46

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Les adversaires se montrent aussi féroces que des bêtes affamées capables de se bouffer entre elles, nonobstant la légèreté des ovations de leur public. Ils ne s’épargnent pas car ils sont faits du même sel et l’un comme l’autre n’ont jamais appris à céder. Du moins, jamais sur la lice - là où l’ancien esclave au crin de cuivre s’est probablement senti plus entier et maître de lui-même que jamais. Il est le type le plus méritant qu’elle estime avoir rencontré dans la cité des civilisés même si il a tué ses compagnons et allumé un brasier furieux dans ses entrailles. Elle le déteste mais ne peut s’empêcher de s’intriguer au sujet du chasseur de primes - de le considérer dans une circonspection mutique et curieuse. Ne devrait-elle pas le désosser et profiter du combat pour lui faire payer le prix du sang pour tous les Skaalds morts ? Distillant pudiquement son admiration dans quelques œillades adressées à celui qui la traite de lionne, Sigrid a vite fait de se débarrasser de ses raisonnements vengeurs pour se concentrer sur la charpente de son adversaire. Il est vif et ses coups sont mesquins, flairant la moindre faiblesse qu’il pourrait exploiter. L’ennemi est rusé et la barbare considère pouvoir apprendre de lui. Se perfectionner, même.
Lorsque la brune croque à pleines dents le mollet de Dante, se faisant traîner en travers de la piste, les encouragements de l’assemblée se transforment en rires incontrôlables. La situation a beau être cocasse, Sigrid ne lâche pas le bout de viande, muscle malmené et sang de son assaillant lui imprégnant les papilles. Dante abat sa semelle sur le coin du museau féminin pour lui faire lâcher prise et il l’empoigne pour la redresser à son niveau, confrontant l’acier de ses prunelles aux ténèbres de son amertume. Elle essaie tant bien que mal de porter un coup dans l’abdomen de son interlocuteur mais il lui coupe l’herbe sous le pied en lui fracassant le crâne du sien. Sonnée par l’offensive, Sigrid s’étale sur le sol, paupières engourdies par la kyrielle d’étoiles qui peuplent son champ de vision. La menace que le rouquin articule se fait lointaine et ce n’est que lorsqu’elle sent le poids de la carcasse masculine l’écraser au le sol qu’elle gesticule comme une forcenée, ruant du bassin pour essayer de le désarçonner. Mais voilà qu’il abat son poing, ballotant sa tête de droite à gauche sous chaque assaut intempestif. Sigrid encaisse, pour ne pas dire qu’elle subit - incapable de parer la moindre attaque. Chef déporté de biais, faciès ankylosé par la douleur et tuméfié par les coups, elle parvient à expectorer un râle furieux en agrippant la mâchoire de Dante pour lui rejeter la tête en arrière. Ses poings continuent de la marteler dans un élan mortifère qui fait jaser le public. La sauvageonne accueille la fureur du chasseur de primes avec quelques sursauts sporadiques, tronche dévastée par l’assaut des phalanges. Bouillie sanguinolente, souffle suspendu aux lèvres, Sigrid a le temps d’entrevoir les prunelles sibyllines du pourfendeur. Il est déjà à des lieues des égouts d’Ibenholt, perdu dans ses réminiscences de survivants. Se battre pour gagner, tuer pour survivre. Il va la crever si elle ne parvient pas à se ressaisir - il n’y a aucun doute là-dessus.
L’engourdissement lacunaire qui embrasse les membres féminins sous l’offensive de l’adversaire vient à briser les barrières éthérées de la prudence pour l’extirper de sa torpeur. La barbare dresse une paume de main pour recueillir le poing qui s’apprête à s’abattre à nouveau, le bloquant avec un regain de férocité venimeuse. Sa main libre fond dans un même temps vers les parties intimes du belliciste pour les lui vriller et le déloger de son rachis. Dans un cri téméraire, la donzelle se redresse et lui décoche un coup de pied dans l’abdomen pour le forcer à se rouler dans la poussière. Elle réitère l’attaque histoire de s’assurer de lui ôter toute pugnacité avant de le saisir par les épaules pour lui meurtrir la mâchoire d’un vigoureux coup de poing. La douleur appelle à la douleur et ce n’est qu’en lui labourant la gueule qu’elle parvient à oublier sa propre chair tuméfiée. Elle rabat violemment sa carcasse contre la palissade, suant sang et eau et s’apprête à lui faire goûter de son coude en pleins naseaux quant un péquenaud se dresse derrière la barrière, brandissant une jarre à la main. « ‘foiré ! » Entre lucidité et stupeur, la barbare s’effare quand la cruche se brise sur la tête du rouquin, le plongeant dans l’inconscience totale. Tandis qu’il s’écroule au sol, Sigrid fixe l’homme à la peau burinée qui lui conte déjà ô combien elle est jouissive même avec du sang plein la tronche. Certains badauds grondent tandis que d’autres s’esclaffent et applaudissent - une légèreté à laquelle la Skaald ne goute pas puisqu’elle se dresse sur la palissade pour foutre une tarte virulente à celui qui a mis fin au combat. Ils sont obligés de se mettre à plusieurs pour l’arracher au pauvre homme qui gesticule et on l’évacue de la piste sous les cris enthousiastes de la foule. « Tire pas c’tte tronche. T’as gagné ! » Qu’on lui lance en la libérant un peu plus loin avec son pécule, traînant Dante à ses côtés. Mine renfrognée dans l’agressivité, Sigrid reprend son souffle en les fixant tous d’un œil torve, les dissuadant de l’approcher de trop prés. On lui balance finalement une gourde d’eau à laquelle elle n’hésite pas à s’abreuver, lorgnant d’un œil morne les prochains combattants qui se mettent en place. Elle n’a pas gagné mais aurait pu, si ce type était resté à sa place. Renversant sa tête en arrière pour l’appuyer contre les pierres crasseuses, la sauvageonne se laisse glisser pour s’asseoir au sol et reposer son corps contus. Ce n’est qu’après quelques minutes qu’elle daigne jeter un œil à la carrure alanguie de Dante, serrant les dents à la perspective qu’il puisse cavaler au pays des rêves à cet instant même. Une risette moqueuse étire ses lèvres fendues et elle se penche sur lui avant de lui retourner une gifle pour lui faire ouvrir les yeux. « Hé ! Pas moyen que tu t’mettes à pioncer et que tu m’laisses là. » Qu’elle lui susurre avec acidité. Littéralement blasée par le dénouement de leur combat, elle reste assise à son flanc, renversant un peu d’eau sur son visage pour le soulager de ses blessures. « Au final, l’a même pas fallu que je te démonte la gueule pour m’faire des partisans. J’espère qu’tu peux marcher parce que j’ai pas l’intention de te porter. » Elle redresse l’échine, tâtant la bourse dans laquelle tintent les piécettes. « J’te paie à becquer. C’est qu’elle peut être civilisée, la lionne. »





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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Mer 11 Juin - 19:00

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sigrid & dante
Rance et exaltante, la sapidité ferreuse revint conquérir l’antre de son palais en un flot capiteux, lorsque, venue de nul part, une invraisemblable massue se fracassa tel un éclair contre son crâne. La douleur, fulgurante, n’eut guère le temps de léser ses synapses, puisque, à l’identique des brisures en terre cuite de l’objet contondant, le Dogue s’effondrait au sol dans un lourd et pénible râle d’agonie. Ecroulé comme poupée de chiffon, le néant le happa en obviant cette chrysalide d’ire monstrueuse qui aurait été prête à grimper pour vagir injures et éructer poings contre le fautif. Que les diables…! Mais avant d’achever sa songeuse diatribe, le fier et orgueilleux belliciste sombra dans la plus piteuse des hébétudes. Inconscient.

De cette torpeur, au moins, n’eut-il pas à subir maints cauchemars ou maints songes car, de vide, se bardèrent les parois de sa martyre de caboche. Oh, il eut bien la sensation qu’une armée entière de sabots se mettait à trépigner dans la volière de ses pensées lorsque, rachitique, un premier élan de réhabilitation se mit à gronder en son for, mais c’était bien là le prix à payer lorsqu’on se faisait assommer par quelque foutue jarre. Bourdonnant comme des abeilles, ses tympans abîmèrent un instant les bruits extérieurs pour ne se concentrer que sur les martèlements puissants et revêches de son palpitant. Il semblât qu’on lui causait, mais rien n’était moins sûre que pareille conviction tant l’ensemble ressemblait à s’y méprendre à une cacophonie de sonorités et tonalités entendues par-dessous l’océan. Etant encore complétement ankylosé par son état, il tenta de pallier à la tyrannique migraine pour rassembler les monceaux et se souvenir, a minima, de la situation dans laquelle il se trouvait. Aviné dans quelque bordel ? En danger de mort dans quelque hostile sylve ? Un phonème, cette fois plus appréciable, le ramena peu à peu dans le panorama du tangible. Il ne reconnaissait que trop bien cet entrelacs de syllabes et cet accent de givre. La Skaald. Sigrid. Le combat. La duperie ! Chienne ! Ses lippes se torsadèrent en un grognement acerbe, aussitôt achoppé par une nasarde qui ne lui fit que d’autant plus pester en des borborygmes de moribond animal. « Pu… t… nghr…!! » Inapte à articuler le moindre verbe intelligible, il décida d’endiguer l’aquilon de fiel qui s’en venait bramer dans ses tripes pour trouver la force suffisante de reprendre maîtrise de son corps. Au moment où la herse de ses paupières parvenait enfin à lever chair, une cascade d’eau s’émancipa contre ses orbes diaphanes en obligeant Firebeard à gauchir de la nuque. Bien que pénible, la nuée fraîche raviva l’esprit du Cerbère et eut le mérite de nettoyer son masque terreux et purpurin. « Ta… gueule. » Adorablement sympathique, le reître fit tonner pour la première fois depuis son admirable opprobre l’aménité de son éducation. Le prétendre froissé eut été une douce et tendre litote. Levant une patte jusqu’à son faciès, il essuya d’une mimique lente la moiteur suant de l’épiderme avant de reposer le coude à terre comme s’il eut pesé le poids d’un buffle. Ses lazurites contemplaient, en une fente harassée, la voûte de pierre qui s’étendait au-dessus d’eux dans la pénombre des égouts. « J'crois qu’j’ai égaré ma cervelle quelque part par là », marmonna-t-il comme chacune de ses lettres fustigeaient de surins ses tempes endolories. Dilapidant une nouvelle décrépitude de râles, il ajouta avec une foi qui manquait clairement à la bravade. « J’vais te crever… par les couilles de Dagoth, j’vais te saigner. » Ce disant, il tenta lamentablement de se redresser en des mouvements gauches et retomba fissa dans la poussière de sa couche. « 'chier ! » Chaque écho quadruplait sa céphalée, et comme s’il voguait en plein brouillard, il cilla à plusieurs reprises en contemplant la guerrière. « Me payer à grailler ? C’est bon à savoir. J’vais ruiner ton pécule pour la peine. » Clabaudant dans sa barbe, séant cloué sans aucun moyen pour se relever avec rogue, il hissa une paluche et la pointa d’un index accusateur. « Je t’aurais battue, foutue diablesse ! Et j’devrais finir ma besogne, d’ailleurs…! » Il fit mine de venir vers elle, mais ne s’étala que plus pitoyablement encore dans le nœud de ses jambes, retrouvant sa plane position comme maudit à ramper ad vitam aeternam. Un sifflement rampa dans sa gorge, la cavalerie dans sa tête ne fit que s’intensifier et, de longues secondes durant, il resta inerte à souffler une rage vaine sur le sol même.

Puis comme un barbon l’aurait fait, il se décida enfin ne concentrer ses nerfs que sur l’unique dessein de revenir en station verticale, sur ses deux putain de jambes, en mettant le temps qu’il fallût et en souffrant, tant bien que mal, du lourd manteau de déshonneur coulant sur ses épaules carrées. Il ébroua ses omoplates, enfin debout, et, sans un regard pour la triomphatrice, tança. « J’ferai ça après m’être correctement sustenté. » Mâle piqué à vif ou belligérant ruiné dans ses efforts, qu’importe, il était, incontestablement, renfrogné par le dénouement. D’un pas lent et lourd, il revint jusqu’au mareyeur qui, un peu plus loin, s’était déjà vu empocher les bricoles du vaincu. « Donne ça », aboya Dante en reprenant d’un geste vif – et qui manqua lui faire perdre équilibre – ses frusques, avant de lui admonester un regard sanguin et de tourner talons en repassant devant l’allogène et poursuivant sans s’arrêter pour sortir du bouge. Une fois dehors, il s’empêtra les mains dans ses affaires, laissa tomber la moitié, d’une humeur d’ursidé, et s’entêta à passer ses nippes comme un môme grincheux, arrachant presque de rage les coutures de sa chemise. Si les déités s’étaient vraisemblablement distraites à le faire faillir dans sa plus glorieuse tâche, il était à craindre que, railleuses, elles se récréeraient encore un moment de l’irascibilité délivrée chez le chasseur de primes. Car, à peu de choses près, c’en était grandement cocasse pour qui connaissait l'arrogance phallocrate de cet homme.


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Ven 13 Juin - 0:53

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would you kindly.

dante & sigrid

Ensuqué au fin fond de ses songes obscurs, Dante met quelques secondes avant de reprendre ses esprits et retrouver une locution compréhensible. D’ailleurs, il ne perd pas de temps pour lui jeter son agacement en pleine tronche et la Skaald le raille en arquant un sourcil, moqueuse. Au-delà de la faiblesse avec laquelle il essaie de se redresser sur ses coudes, Sigrid se doute qu’il ne désire qu’une chose - finir ce qu’il a commencé sans avoir droit à l’intervention de la foule de spectateurs. Elle dévoile ses canines dans une grimace réprobatrice, promenant son regard avec hostilité sur quelques badauds qui la couvent encore de leur attention. « De quelle cervelle t’me parles ? » Rétorque-t-elle distraitement au chasseur de primes en recueillant un peu d’eau dans ses mains pour rincer son propre visage poisseux de sang. Dante est perclus contre la pierre humide, créant un contraste cocasse entre ses paroles et ses gestes décousus. C’est qu’il la menace, encore, d’une voix trainante qui met l’accent sur son incapacité à lui faire quoi que ce soit. Elle laisse échapper un petit rire sec, franchement amusée par l’amertume de son interlocuteur puis esquisse à peine un pas pour se dégager de la proximité du rouquin. « Tiens toi tranquille si tu veux pas que je profite de l’occasion pour te noyer dans l’canal. » Cul par terre, encore sonné par la blessure qui estampille son crâne, il est bien loin du type redoutable qu’elle a rencontré sur la lice.  Elle s’amuse à pencher son rachis dans sa direction avant de se dérober à nouveau, ricanant de plus belle en essuyant l’hémoglobine qui entache son museau d’un revers de main agacé. Elle rabat sa chevelure poussiéreuse vers l’arrière de son crâne avant de lorgner le doigt menaçant dressé dans sa direction. « Tsss... Dis ça à ce putain de samaritain qui t’as éclaté la tête pour ajourner le combat. Je lui en ai foutu une, j’espère que ça lui fera passer l’envie d’recommencer. » Grommelle-t-elle en désignant l’individu d’un geste du chef. Elle n’a que quelques pas à faire pour éviter l’offensive hasardeuse pour laquelle Dante semble se démener. Sans la moindre pudeur, Sigrid jubile de le voir chanceler et s’étaler ventre à terre, aussi inoffensif qu’un avorton. « Cause toujours. Tu l’auras ta revanche, mais pas maintenant. A moins que tu ne tiennes vraiment à t’faire humilier. » Mains plantées sur les hanches, la sauvageonne le détaille d’un air inquisiteur telle une louve autoritaire veillant à ce que son petit puisse se tenir sur ses pattes. Quand il concède à l’accompagner manger un bout, prétextant pouvoir attendre que son estomac soit plein pour lui faire passer l’envie de se moquer, Sigrid se contente de sourciller avec un semblant de risette. Elle s’empare de ses effets et jette les fourrures sur ses épaules tout en suivant du coin de l’œil son adversaire de mauvais poil qui se traine péniblement pour récupérer ses affaires. Le voir ainsi courroucé alors qu’elle mérite la palme des indociles la rend circonspecte - pour ne pas dire que ça la détend, curieusement. Sans un mot et en embrassant d’une œillade sombre l’assemblée qui s’exalte, la Skaald prend le chemin en sens inverse pour gagner l’extérieur, se préoccupant peu du chasseur qui lui emboîte le pas. N’est-il pas de toute manière trop occupé à maugréer sa défaite ? Elle l’entend traîner des pieds et se débattre avec ses nippes, flairant sa mauvaise humeur comme la puanteur fétide des entrailles d’Ibenholt.

Paume plantée sur la garde de son arme, par prudence, la guerrière s’incline vers lui avant de rouler des yeux. « Bon, tu veux que j’t’aide à ramasser les quelques miettes de ton égo ou bien ? Ah, pour sûr que t’es un Invaincu. Incapable d’se remettre d’une bévue. » Lui lance-t-elle avec désinvolture avant de remonter le sentier menant vers le cœur d’Ibenholt. Par quelques coups d’œil avisés, la nordique repère les devantures et jette son dévolu sur la taverne du Chasseur Ivre, un établissement coincé entre deux échoppes branlantes. La Skaald ouvre l’huis d’un coup d’épaule et détaille les visages empourprés par l’alcool avant de repérer une table libre dans une encoignure de la salle. Elle renifle ostensiblement l’odeur du ragout et sent son appétit lui revenir comme une horde de chevaux au galop. Coinçant son arc entre le mur et sa chaise, Sigrid se débarrasse du plus chaud de ses frusques et interpelle le tavernier pour lui demander deux écuelles et de quoi se rincer le gosier. Guettant la moindre échauffourée de la part des clients attablés qui parlent fort et s’esclaffent, la sauvageonne met quelques temps avant d’en revenir au faciès meurtri de son guide. « Pas de doute que tu m’aurais vraiment crevé. » Lui lance-t-elle en s’appuyant sur ses coudes, se penchant vers lui pour mieux l’harponner de ses prunelles. « Quand on se battait, à la fin, t’tétais plus dans ces foutus égouts. » Elle s’humecte les lèvres, pensive, avant de le questionner derechef. « T’as jamais cessé d’être cet esclave tuant pour survivre hein ? » Elle gratte machinalement de son ongle les aspérités du bois avant de reprendre sur un ton détaché. « Ça fait quoi d’être asservi ? » Parce qu’elle, elle l’ignore.          




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When the Skaalds come after you, they never stop. They can run for hours, ride for days. They barely eat and rarely sleep. Sigrid, like the wolf, has learned to hunt from birth. It’s part sense, part instinct. She can read the terrain, search for signs of passing, run her quarry to ground and close in for the kill. Now, she hunts us. Now, we are the prey. CODE COULEUR : #605289


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Ven 13 Juin - 4:50

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Would you kindly.
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L’échec, naufrage impérieux qui ingurgitait en son for le panache des âmes conquérantes et submergeait de son opprobre les éclats de dignité. L’Invaincu, comme se plaisait à le baptiser la Skaald, n’avait plus pour médaille que le satisfecit de l’infamie, et, sous l’ombre du quolibet nominatif, ne devenait plus qu’une risée de choix. Comme une bête acculée, le gosier pris dans un collet, il ne songeait plus qu’à se retirer dans la pénombre d’une venelle pour y gîter, jusqu’à ce que sa carne ne soit plus dissociable de la crasse rurale ; rendu rat, puisque rat, il se reniflait dorénavant. Perdre n’était pas la question. Une poignée d’irréductibles s’était maintes fois frotté à lui sans qu’il ne puisse ni les faucher de sa lame, ni les capturer de ses liens. Mais l’erg sur lequel il venait de se battre n’était ni une arène de Sade, ni un terrain périlleux sur lequel mener un duel acharné au regard de la lune et du soleil des heures durant. Cette empoignade n’avait pas même duré l’espace d’un prompt coït de suidés, et, comble de l’ineptie, l’avait mené dans les bras d’une louve plantigrade aussi ténue que courte sur pattes. Une guerrière, indiscutablement farouche, mais tout aussi femelle que le restant de son genre, annihilant par ce simple fait tout tégument lénifiant qui aurait pu apaiser la bile fielleuse du belliciste viril. Si elle n’avait pas été à proprement parler la massue de sa défaite, elle restait l’astre victorieux ayant spolié son illustre firmament. Et puisque l’avanie ne suffisait décidemment pas, la céphalée de son crâne parut doubler de fêlures cinglantes lorsque sa carrure pénétra dans la taverne qui, grouillante et grondante, faisait honneur à l’image même que l’on se faisait d’un établissement culinaire de la capitale middholtienne. Jouant des épaules avec humeur, il saboula quidam en décrochant çà et là des regards et sourcillements bravés qu’aucun ne se plut à fluctuer en palabres, gardant modérément dans leurs gorges toute bonne raison qui aurait pu laisser à l’intrus le soin de les étriller. C’est qu’en plus d’orbes atrabilaires, il portait sur son faciès un masque pourpré capable de dissuader le plus mastodonte des trublions. Avec pesanteur, il cimenta son séant au banc et purgea ses paluches de tous ses frusques et vaines bricoles à l’instar de Sigrid, sur qui, d’une opiniâtreté puérile, il s’était vraisemblablement accordé à ne plus poser son attention. Courbant de l’échine vers l’arrière, il alla tendre sa patte vers une tablée adjacente et s’empara d’une cruche d’eau dont aucun des deux poivrots assoupis n’aurait probablement besoin. Laissant à l’allogène le soin de commander, il s’embesogna à faire couler des filets diaphanes dans sa paume droite pour venir les étaler à même museau dans l’espoir, non pas de recouvrer quelconque allure, mais de soulager la douleur bondissant allégrement contre les parois de son crâne. Il aurait dû tuer ce fot-en-cul de prétentieux qui s’était octroyé le droit d’arroger la victoire à la fille, mais au vu de ses mains flageolantes, de sa vision troublée et de son incompétence réelle à tenir debout plus de quelques secondes sans vaciller vers un bord puis vers l’autre comme un diable de morveux, il aurait très certainement essuyé une nouvelle facétie qui n’aurait que plus abîmé sa digne cuirasse. Il préférait attendre, un peu, assez, peut-être quelques jours, puis il reviendrait, calmement, doucement, l’air de rien, telle une ombre, et déchirerait à mains nues ce visage qu’il avait mémorisé au trait près. La Skaald n’avait eu que trop raison de lui indiquer ladite vermine, au moins une chose pour laquelle il lui était débiteur. Du reste…

L’entièreté de son portrait dorénavant trempé paraissait comme exsuder des sillons de teinture, s’embourbant dans sa barbe et coulant sur sa mâchoire à l’égal de perles tourbes et sombres. Mais la périphérie de ses orbites, et celle de son front, étaient dorénavant exemptes de traces, plus encore maintenant qu’il y plaquait sa poigne en camouflant une grande partie de ses lazurites, les coudes arrimés à la boiserie et le menton légèrement penché. A l’inverse d’un penseur, il paraissait crouler sous une ondée de blase ou bien d’épuisement, et, mis à part les démiurges, nul n’aurait pu clairement percevoir l’état général du chasseur de primes. Seul son phonème répondit au verbe de la guerrière, mussé derrière sa sibylline statue marmoréenne. « Bien sûr que je t’aurais crevée. » Le roulement rocailleux présageait un état stationnaire toutefois faisandé d’une douce géhenne tout aussi nerveuse que physique. Son interlocutrice n’avait que trop raison, et il n’aurait pour rien au monde désavoué ses paroles, puisque, de cela, il n’avait guère honte. L’Humanité l’avait éduqué à la plus basse des initiations, et ce fut avec un aplomb de rogue qu’il ponctua son allégation d’un ricanement sec qui fit tordre ses lippes en un rictus mauvais. S’il n’avait au grand jamais pensé occire la sauvageonne durant leur combat aux prémices de leur joute, force était de constater qu’il n’était qu’un pantin de ses pulsions. Pulsions incontestablement quadruplées par les capacités martiales de Sigrid ; dans le doute et la menace, Firebeard ne devenait plus qu’un animal dompté par la Camarade. Amie ou ennemie, il aurait fait de sa carcasse l’écrin de son ire. « Hey, tu voudrais pas t’la fermer un peu ? » Basculant sa paluche contre le rebord de table, il découvrit enfin les cimes de son visage où morigénait une épaisse ride du lion. Piqué à vif par les insinuations de la Skaald, il parut subito faire grand drame du vertigineux débit d’interrogations dont elle se plaisait à l’assommer. Comme s’il n’avait pas eu assez d’un coup sur la caboche ! « Ne me fais pas regretter mes confessions. T’utilises ça comme d’une guenille avec laquelle tu te torcherais. Va te faire foutre, femme libre. » Réel désarroi qu’il escamotait derrière un fortin désobligeant, Dante se trouvait incapable de pousser un peu plus loin le conciliabule en autre chose qu’une silencieuse agape. Déracinant ses orbes noircis de haine, il vit d’ailleurs arriver leur ripaille sur laquelle il se mit à mangeoter sans l’ombre d’un mot. Ironiquement, tous deux dégustèrent du porc à l’orange.

Ce ne fut qu’un long moment après s’être correctement nourri et après avoir avalé six lampées de bière brune, qu’il daigna faire une halte à sa sustentation en levant ses gemmes sur le minois d’en face. En une profonde expiration, il se redressa et délaissa ses couverts à même l’écuellée, sourcillant. « Tu as raison. Pour tout. Je déteste juste te l’entendre dire. Vous n’êtes que deux en tout Middholt à connaître ce passé et le second n’est autre que l’acolyte avec lequel j’me suis esbigné loin de ces chaînes. Je suis fatigué de t’entendre me traiter d’agenouillé, d’asservi ou de foutu esclave. J’n’ai pas parcouru les cinq royaumes dans l’espoir de m’acheter une liberté pour te laisser m’expectorer tes jolies théories à la gueule. Si tu trouves encore quelque chose à redire sur ça, tourne-le dix fois sur ta langue et ravale-le. » Sans faire montre d’une quelconque animosité, il avait néanmoins articulé sa diatribe avec l’éloquence d’un couperet. Récupérant son bock d’une poignée souple, il s’imbiba d’un nouveau gorgeon d’alcool pour arroser sa sècheresse d’âme et reposa le tout en essuyant ses lèvres entres elles. Ses ridules, méticuleusement, semblaient se dévêtir de leur roideur de fer. « Tu sais que c’est pas franchement équilibré ? Je sais rien de toi. Je n’sais même pas si t’as un époux et des chiards. » Il la dévisagea, faisant tourner sa chope du bout des doigts contre la table. Sans toutefois s’éclipser, sa migraine tombait peu à peu dans la torpeur éthylique qu’il s’infligeait sciemment. S’il devait caner en plein sommeil des séquelles du choc, il préférait encore que ce soit ivre et la panse pleine. Même si, rétrospectivement parlant, pareille mort sonnerait décidément le glas d’une journée auréolée de pathétisme. « Tu m’as dit vouloir des guerriers pour te venger d’un ennemi d’envergure. Tu m’as dit avoir perdu tes terres. » Et il n’avait émis aucune question. Mais maintenant que l’occasion se présentait… « J’aimerais savoir. J’aimerais comprendre. » Et, quelque part, il souhaitait la comprendre elle.


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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Lun 16 Juin - 16:57

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Est-ce qu’il songe à la manière dont il va en finir avec leur confrontation, le rouquin à la mine morne qui s’enlise dans ses réflexions ? Sigrid le guette, l’abordant avec curiosité, transpirant un détachement quasi-juvénile. Est-ce que c’est cette fausse défaite qui le rend si âcre, ou tout simplement le fait qu’il ait perdu contre une femme ? A cette pensée, la sauvageonne ne peut s’empêcher d’étirer une risette goguenarde, pensant ô combien les civilisés ont construit un monde qui n’est pas fait pour elle. Il énonce l’évidence et elle ne tique même pas. Bien sûr qu’il l’aurait crevé. Plus virulent encore est l’homme à qui on a arraché la liberté et en ça, elle se dit qu’il sera toujours plus redoutable qu’elle. Elle se targue d’être une femme libre, elle est fière et orgueilleuse car elle a vaincu, évidemment, mais jamais elle n’a été captive, soumise ou mutilée. Jamais elle ne s’est trouvée face au dernier recours. Et en ça, une étincelle d’admiration habite ses calots pour l’homme qui a probablement connu le pire et qui est encore là aujourd’hui. Ses questions ont vite fait de faire gronder l’animal qui se claquemure derrière sa carapace de mépris - refusant de lui confier quoique ce soit sur la vie qu’il a mentionné et qui suscite tant d’intrigue. La brune déplie son rachis contre le dossier de sa chaise, n’insistant pas davantage sans pour autant libérer son interlocuteur de ses prunelles inquisitrices. Qu’il se drape de silence ! Elle parviendra à lui délier la langue bien assez tôt - que ce soit grâce à sa personnalité convaincante ou à l’alcool qu’il va probablement s’envoyer à grandes gorgées.  
C’est d’abord avec perplexité que Sigrid hume son écuelle fumante, touillant la bidoche baignant parmi morceaux colorés qui lui rappellent sans mal l’évocation livrée par Dante un peu plus tôt. Des oranges. Elle pince entre deux doigts un bout de pulpe d’agrume avant de le goûter du bout des lèvres. La méfiance laisse alors place à une expression satisfaite et toute retenue se dissipe pour satisfaire son estomac vide. Penchée sur sa becquetance, Sigrid ne se préoccupe guère du chasseur de primes qui mange avec distance. Nonobstant les couverts, elle porte la nourriture à sa bouche comme si elle n’avait pas mangé depuis des jours et va jusqu’à lécher le moindre recoin de son écuelle pour ne pas laisser une seule goutte de sauce. Après ce spectacle peu ragoutant, il ne reste finalement que les quelques os qu’elle récure avant de se rincer le gosier, vidant la moitié de sa pinte d’un seul coup. La brune se laisse aller à un soupir repu puis lève les yeux vers son vis-à-vis, lèvres pincées dans une expression faussement soucieuse. En plus de picorer comme un oisillon, l’homme semble la détailler ostensiblement. Quand il dévisse ses lippes pour finalement lui répondre avec franchise, reconnaissant qu’elle dit vrai et que ça le froisse, la sauvageonne plante ses coudes sur la table pour poser son menton sur ses doigts entremêlés. Œillade malicieuse rivée sur la carrure rigide de son interlocuteur, elle l’écoute sans l’interrompre, ponctuant ses mots de quelques expressions énigmatiques. C’est qu’il ne manque pas d’orgueil, le mâle dominant qui en a chié avant d’en arriver là. Le plus cocasse là-dedans, c’est qu’elle ne peut que le comprendre - elle, qui ne supporte pas qu’on la considère comme vulnérable et diminuée. Elle est une femme et pourtant, elle vaut autant que lui. C’est du moins ce qu’elle s’évertue à lui faire comprendre. Sigrid ne crache pas sur le privilège qu’il semble lui avoir accordé en lui ayant confié son parcours chaotique. Elle écoute tout ça dans un silence religieux et ne trouve pas même le courage de lui lâcher une raillerie sur le sujet - sur une pseudo confiance et connivence qui pourraient les lier. Non, il pourrait la crever sans le moindre état d’âme et elle en ferait probablement autant. Il n’est pas l’un de ses frères, il n’est pas sa meute et pourtant...
Elle reste les lèvres closes et Dante semble s’apaiser de lui-même, lui offrant même une question qui a le mérite de lui arracher un ricanement amusé. « T’es le deuxième que ça chiffonne. Qu’est ce que ça peut bien t’foutre que j’ai des mômes ou pas ? Tu comptes p’têtre m’en faire ? » Le raille-t-elle en s’adossant avec nonchalance, ses yeux rivés dans les siens. « J’ai pas d’mari et j’ai pas d’gosses. » C’est pas tant qu’elle n’en a jamais désiré, juste que la barbare qu’elle est a bien d’autres préoccupations. Puis, Sigrid décèle dans les orbes d’acier du reître l’étincelle de curiosité qui force son museau au sérieux. Elle accueille ses remarques dans un silence songeur et prend le temps de former des boules de mie de pain dans un geste machinal. « Il n’y a pas grand chose à comprendre sur mon cas. » Ses yeux se dérobent un instant tandis qu’elle songe à l’avertissement du colosse à la peau cuivrée. Doit-elle parler ? Tout révéler de ce qui la mène ici ? Elle est seule dorénavant, et pas franchement habituée à devoir cavaler seule dans les méandres d’une quête qui concerne son peuple. La Skaald se gratte le crâne, laissant soin au silence de faire son office puis elle s’appuie contre le bord de la table pour mieux saisir les nuances que miroitent les calots du rouquin. « Mon peuple vénérait Loktis, le Loup Primordial, l’Esprit Ancestral qui nous a toujours guidé. Puis un jour, l’un des guerriers est revenu en contant la mort des loups dans les plaines gelées. Il a clamé que Loktis faiblissait et que tout ça était le signe irrévocable de sa fin. Il a prononcé le nom de Jormungar, le dragon des glaces prétendument apparu pour nous diriger. Un usurpateur. » La sauvageonne serre les dents, épaules voutées dans le souvenir du massacre. « Les félons paieront, car les mots sont devenus complots et ils ont fait coulé le sang de leur propre peuple sans la moindre crainte des représailles. Les tyrans ont pris Utgard, nos terres. Je me suis enfuie avec mes frères car l’un de nos oracles nous a confié qu’une terre du Sud pourrait nous accueillir et nous donner des élus - des étrangers capables de se battre pour Loktis, pour notre peuple. » Bouter les ennemis hors d’Utgard, trouer la carne du dragon des glaces - voilà ce en quoi consiste la mission de la sauvageonne qui manque cruellement d’effectif. Les prunelles de la belles s’étrécissent dans un instinct animal alors qu’elle penche son minois vers Dante, mâchoire serrée dans une grimace réprobatrice. « Tu dois bien t’marrer. Moi, dorénavant seule, qui dois chercher des types assez suicidaires pour me suivre dans une quête qui ne les concerne en rien. »Les traits de la Skaald se renfrognent d’exaspération, la laissant seule face à son devoir. « Loktis est censé me guider. J’ai bien vu le promontoire de Fer et un homme m’a donné son nom. Mais maintenant, je suis là et je ne vois plus rien. Je suis piégée. » L’alcool l’embrume dans des pensées moroses mais elle tente de les réfréner par une nouvelle gorgée de faro. Une mimique désabusée étire ses lèvres dans un sourire étrange et elle lève sa chope en direction de celle du reître. « Au final, j’suis enchainée à mon devoir de Skaald comme toi t'as été obligé de plier l'échine. A croire qu’on a bien plus en commun qu’il n’y parait. Trinquons. »  




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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)   Lun 16 Juin - 21:23

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Would you kindly.
sigrid & dante
Oh, il en aurait eu des choses, à stipuler, sur le sibyllin statut de la guerrière. Une femme dépourvue de mari ou de rejetons à cet âge était, pour un béotien de sa trempe, fort étrange. Pour peu, il s’était attendu à l’entendre avouer avoir dévoré l’un et noyé l’autre dans un ruisseau… N’était-ce pas ainsi que ça se passait, chez les barbares ? Zorkharr l’avait si bien habitué aux prodigalités sanguinaires des tribus que l’idée n’aurait pas même échauffée la morale – déjà bien piètre – du chasseur de primes. Sourcillant aux hâbleries de la diablesse, il laissa couler tout en notant scrupuleusement dans l’encaustique de sa mémoire devoir revenir sur le sujet pour mieux lui picorer sa miche de patience comme elle aimait tant à s’y employer elle-même. Un duel gentillet dont il ne se lassait visiblement pas. Ainsi débuta le récit de la Skaald, faisant fluer les minutes qui s’écoulèrent dans leurs gosiers par quelques gorgeons, et diaprant leurs effigies sous les ondoyantes ombres des flammes de l’âtre niché dans la grande-salle de la gargote. Dante, loin d’être un parangon d’ostracisme, se laissait volontiers bercer par le phonème de la Farouche sans émettre, à aucun moment, la moindre réfute en tel borborygme ou tel verbe articulé. Il était de ceux qui s’employaient, sciemment ou inconsciemment, à ne s’imposer aucune barrière idéologique, et si le prodige avait pour résultante – la plupart du temps – un comportement dit inconvenant, immoral ou imprévisible, en ces rares occasions, il permettait au reître d’être un auditoire attentif. Lui qui ne croyait que trop peu, ou trop mal, au panthéon de ses ancêtres, n’avait aucune peine à imaginer, dans la voûte les surplombant, d’autres déités se disputant les glorioles célestes. Un dieu loup et son Némésis le dragon des glaces ? Pourquoi pas. Il y avait bien assez d’arcanes non solutionnés en ce monde pour laisser place à des Lotkis et autres Jormungar. Son propre manque de foi ne venait guère d’une arrogance chevronnée, mais de l’indubitable esprit subversif qui gîtait en son for et se refusait à suivre les sillons tracés par des millénaires d’obédience amblyope. Ce n’était pas qu’il ne voulait pas croire, mais plutôt qu’il souhaitait croire en tout, plutôt qu’en une poignée de fables martelée par d’obscurs doctes dans le crâne du quidam middholtien. Reniflant simplement en une profonde inspiration, il but une dernière lampée de la liqueur d’orge  et rabattit le cul de son bock subito contre la table. « Ouais, j’me fends la poire. » Rétorqua le Cerbère dont un sourcil se surélevait à-demi. Elle semblait s’être fait une croisade de le prétendre plus mufle qu’il ne l’était réellement, aussi lui servit-il une équanimité digne de la plus lourde des lassitudes, le tout cerclé d’une auréole sarcastique. Signant à la négative pour toute supputation, il décida d’évider ce qu’il restait dans son écuelle en auscultant les dernières syllabes de la sauvageonne comme elles vinrent. Peu de temps après, ses couverts délivrés, ils trinquaient à leur triste fortune. « Aye. » Ils burent, puis il resservit leurs chopes.

« Ma foi, tu m’as pas l’air si piégée qu’ça, Sigrid. J’veux dire… » Il reposa le broc et haussa les épaules. « T’as bien vu l’effet bœuf que t’as provoqué là-bas. Des mains armées, t’en trouveras, m’est avis que tu peux déjà revenir dès demain dans ce trou à rats et te dégoter trois ou quatre larbins capables de se battre correctement avec du fer. Ils ont vu ce dont t’étais capable, et ça m’fait mal de le dire, mais ta victoire n’a dû que mieux renforcer ton embryon d’notoriété. Pour sûr. » Ses lippes se tordirent sous sa broussaille de rouille, mais il confessait là une bien solide véracité qu’elle-même avait pu constater dans les globes spectateurs. Dépliant son rachis pour faire craquer sa colonne meurtrie, il sentit à brûle-pourpoint une goutte tiédasse glisser le long de sa tempe auparavant lésée, avant de porter des phalanges circonspectes sur le cruor qui entacha ses empreintes d’un camaïeu purpurin. « Diables, il m’a pas raté l’bélître. » Sa patte s’en alla plus haut, explorer dans son crin ce qu’il avait sottement obvié de par son humeur fielleuse. Il sentit sous son toucher la crevasse d’une chair fendue qui cristallisait d’un sang encore chaud, de quoi renifler la mort avant la prochaine lune s’il ne bandait pas correctement cette chienne de plaie. Reprenant là où il s’était arrêté, il essuya ses doigts sur un pan de sa chemise déjà bien maculée et planta ses coudes sur la boiserie. « Fais-toi connaître dans le milieu. Oublie tes conneries de louve sauvage qui s’fait remarquer pour des filouteries de drôlesse. J’t’ai montré ton premier port d’ancrage, ce bouge de combattants n’est qu’un parmi des centaines d’autres, et je n’parle que de la capitale. Reviens là-bas dès que tu l’peux, monte à nouveau en lice, cogne, récolte ton oseille et glane des informations sur d’autres arènes de lutteurs. Joue sur ta renommée, fais-toi craindre, ils aiment ça, une femme qui sait se servir d’autre chose que d’ses cuisses, ils seront bien plus amènes à te suivre, quitte à c’que tu leurs fasses miroiter ta croupe pour toute récompense. Qu’est-ce que ça peut te foutre, de toute manière, ils crèveront la gueule ouverte pour ta cause. » Son pragmatisme pouvait en rebuter plus d’un, mais c’est avec pareille oriflamme de vérisme qu’il avait su, jusqu’à présent, survivre dans la sylve existentielle. « Tu te bats, tu fais grossir ton pécule, t’achètes des mercenaires et, en parallèle, tu t’fais suivre par les séides qui auront le culot d’croire en toi. » Martelant l’air de ses phalanges qui s’érigèrent au fil de sa liste, il conclut en frappant son poing d’un bruit mat. « Et tu l’as, ton armée. Ils seront toujours plus disciplinés que les faquins qui te servaient de meute, sans vouloir t’offenser. » Ou si peu. Il eut une risette matoise non moins dépourvue de sincérité. Quelque part, la quête insensée de la fille lui rappelait que la foi pouvait être en chacun d’eux, et loin, très loin de n’être qu’exclusivité de la Quadrigénie.

Il avala une gorgée et fit mine de rassembler ses effets. « Tu sais quoi ? J’doute que tu te sois un jour faite tringler. » Tombant comme un couperet, sa remarque fusa derrière un rire de nez. « Tu dois être aussi vierge que n’l’est la glace de ton Jormungar, ouais, j’en donnerais ma main à trancher. » Il accentua son sourire oblique et la mirant cette fois droit dans les yeux. « J’te vois mal t’agenouiller devant quelconque mâle, encore moins devant ceux de ta tribu. Ce serait rappeler qu’tu restes une femelle, au fond, comme toutes les autres. Ce serait avouer ta plus grosse faiblesse. » Il se redressa, gauchement, et manqua perdre l’équilibre en s’empêtrant les bottes dans le banc de son assise. « Par Dagoth, j’me fais vieux. » Sourcilla-t-il d’une voix de rogomme. Mais il savait au fond que l’alcool n’était pas le seul blâmable à telle instabilité, sentant la céphalée heurter son crâne en une sempiternelle cavalcade. Se redressant derechef, il contourna leur tablée en maugréant dans sa barbe. « J’vais aller m’écrouler dans l’une de leurs piaules. Et attendre que les Quatre viennent me la sucer en rêve pour reprendre du poil de la bête. » Mécréant dans toute sa splendeur, il s’arrêta aux côtés de sa compagne de route et déposa une franche poigne sur son épaule, vrillant de la nuque pour l’observer de toute sa hauteur. « Bonne chance, guerrière Skaald. Que ton dieu veille sur ta couenne aussi longtemps qu’il le peut. » Il y eut une légère pression de paume, de celles qu’on administre non pas à une étrangère, mais à une amie. Il semblait s’être fait une raison ; aujourd’hui ne serait pas le jour où il vaincrait la championne de Loktis. Il pouvait bien lui laisser ça, si c’était administrer au calice de ses convictions un semblant de foi retrouvée.


you won't be leaving here unharmed
This life, which had been the tomb of his virtue and of his honour, is but a walking shadow; a poor player, that struts and frets his hour upon the stage, and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing.

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[TERMINÉ] Would you kindly. (sigrid)

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