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 Burn Me Alive [Dante]

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Prunelle du Val

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Prunelle du Val
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MessageSujet: Burn Me Alive [Dante]   Sam 17 Mai - 7:07

malen & dante

burn me alive


F
actice, le silence qu'elle s'était imposé s'étiolait en fuligineuses flammes qui buvaient le comburant d'un hubris piqué au vif, croissant dans son épigastre pour se vaporiser à l'ombre de l'ergastule de sa poitrine. Qu'avait-elle fait endurer aux dieux pour qu'ils se montrent si cruels avec elle, offrant à son émule tout ce qu'on lui refusait ; l'obole se faisant légion chez la princesse héritière alors que la privation devenait quotidien pour la prunelle des Horseborn. La tectonique de la péronnelle se faisant aussi magmatique dans ses entrailles qu'elle était pétrée dans la Dorsale, elle traversa l'aula en fulminant, quelques phonèmes d'algarades pendus aux lèvres qui n'attendaient plus qu'un creuset humain pour y déverser leur fiel. Mais âme qui vive entre les murs d'Horsengar savait qu'il valait mieux rester terré dans quelque bastide que de croiser les pas de l'impétueuse qui tempêtait, son crin flave embrassant la brise de ses pas furieux pour flotter derrière sa silhouette séraphique comme oriflamme dans l'empyrée du Val. Comment avaient-elles pu se gausser d'elle comme si elle était d'une race différente qu'il convenait d'expulser sans plus de cérémonie de leur hermétique cercle de mijaurées ? Alors qu'elle ressuscitait les réminiscences, elle se remémorait les lazzis dont on avait empanaché une des filles Greydusk parce qu'elle avait ouvert les cuisses trop prématurément, l'affublant de quolibets aussi colorés que cruels quand on ne la traitait pas simplement de traînée. Il semblait de plus en plus difficile à la donzelle de faire la part des choses, ses pensées se heurtant à l'arantèle de son encéphale pour s'y engluer tout à fait alors qu'elle levait des prunelles turquin vers la conflagration de l'astre solaire dans la voûte crépusculaire, son regard glissant sur les pignons topaze qui déchiraient le flanc de la colline et dont l'éclat ocre contrastait avec les cimes enneigées et ivoiriennes de la Dorsale. Comment pourrait-elle un jour quitter le socle de Hvittjell pour connaître les coursives des autres citadelles si elle perdait les faveurs de ses amies de la Forteresse d'Alezan, tombant peu à peu dans l'amnésie pour n'être plus rappelée aux mémoires que par le quolibet de la pouliche prude ?


Q
uand s'envolèrent jusqu'à elle les rires graveleux et les râles satiriques qui provenaient du Solitaire, en contrebas de la Place des pignons, elle sentit poindre sur ses lèvres le bourgeon d'un sourire satisfait alors qu'elle enfilait prestement une palla légère qu'elle noua avec une fibule à l'effigie chevaline, ramenant les lustrines corail sur sa chevelure. Que diraient ses si dévoyées amies en apprenant qu'elle était allée seule dans une cambuse sans escorte et sans suivantes ? Oh certes, son absence alerterait forcément les vigies de la ville avant la fin de la nuit et sans doute se ferait-elle gronder pour avoir semé un tel émoi, mais tout ce chahut en vaudrait bien la peine s'il lui permettait de prouver aux autres qu'elle avait bel et bien fréquenté un établissement aussi mal famé sans même l'ombre d'une crainte. La jouvencelle imaginait déjà les mines consternées de ses comparses et les expressions stupéfaites qui ne tarderaient pas à lui valoir une toute nouvelle réputation, réputation sur laquelle elle comptait bien tabler pour attirer dans ses filets un homme de bonne famille qui pourrait alors lui subtiliser sa vertu, la ramenant sur un pied d'égalité avec ses émules. Sans être complètement inconsciente du danger, elle retira ses bijoux, ne désirant pas trop attirer l'attention des indigents qui ne manqueraient pas d'essaimer autour de sa noble personne en voyant pendre à son cou ou à ses oreilles de si rutilants oripeaux. Désormais seule l'étoffe délicate de ses nippes et la soie de sa crinière trahissaient son statut, mais qu'importe : elle ne désirait pas non plus passer pour une nécessiteuse odalisque, reconnaissant l'importance de souligner à tous les regards belîtres l'étanchéité des frontières de rang. Quittant à pas feutrés ses appartements, elle avait pris soin de camoufler son absence, façonnant l'édredon pour lui donner l'aspect d'une dormeuse. Elle ne rencontra ni domestique ni factionnaire, évitant soigneusement les pièces névralgiques du castel avant de s'engouffrer dans la nuit naissante à travers la poterne.


I
l y avait dans l'air vespéral un fumet métallique, une exhalaison troublante qui sonnait le glas de la procession diurne, le cortège des ombres sélénites se faisant annoncer par les derniers fragments d'un soleil agonisant. Ramenant son capuchon sur sa flavescente chevelure, elle sinuait entre les résidences cossues, l'auster frôlant ses joues adamantines de doigts tièdes et halitueux. Quand elle déboucha sur les venelles des bas quartiers, les fertés devenant chaumières et les chaumières devenant gourbis, elle sentit l'inquiétude apposer sa morsure sur sa médullaire assurance, faisant s'effriter la lithiase de sa hardiesse aussi rapidement qu'elle avait été composée. Mais il n'était pas question qu'elle tourne les talons maintenant qu'elle était si loin de sa demeure. Elle ne risquait rien. Pas vrai ? Se cramponnant à l'unique certitude qui façonnait la charpente de son aplomb, elle vit enfin l'écriteau de l'auberge et s'arrêta, reprenant son souffle et calmant les chamades qui faisaient se fracasser son noyau vital dans le clapier osseux de ses côtes. Exhalant un soupir de crainte, elle se rassura avant de s'avancer vers la devanture, tendant une main vers le bois fuligineux de la porte quand elle fut happée par une lourde paluche qui, s'arrimant à son manubrium, la plaqua sans douceur sur les boiseries la contraignant à embrasser de son échine les aspérités du mur. « Pitié... » parvint-elle à articuler sans même avoir vu son agresseur. Défaillante, elle riva ses prunelles azuréennes à celles de son assaillant alors qu'il approchait sa gueule infecte de sa joue liliale, une barbe grisonnante se faisant abrasive sur le vélin de sa peau alors qu'il glissait une patte crasseuse sur sa hanche, plaçant une jambe entre celles de l'agnelle pour l'immobiliser et l'empêcher de s'enfuir. Le vieillard fit claquer sa langue alors qu'elle ramenait ses bras sur sa poitrine pour opposer à l'hardiesse du vioque une résistance carnée, faisant de ses coudes un levier pour tenter de le repousser. « Lâchez-moi ! » Croulant de tout son poids sur la frêle charpente de la jeune femme, le dissolu quidam entreprit de lui arracher sa palla, les voilages éventrés se disséminant en corole autour de leur tige désormais dénuée de sa protection textile, pendant qu'il revenait à la charge, délaçant avec empressement son corsage alors qu'elle tentait de plus belle de le repousser avec toute sa force, son délicat faciès contorsionné en une grimace d'efforts surhumains. Des imprécations irrévérencieuses se tendaient sur sa langue, jactances qu'elle laissa s'épancher sans gêne aucune, feulant comme une fauve qu'on tentait de mettre en cage. « Ne me touche pas, vieux dégueulasse ou je te ferai décapiter ! » Mais une main sur sa bouche coupa court à ses fleuries algarades, l'agresseur redoublant d'efforts pour faire taire l'oiselle et la soumettre à ses plus triviaux instincts. Et pendant qu'il réussissait enfin à glisser une main sous les jupes, remontant la soie nitide de ses cuisses avec avidité, elle laissa le cristal de ses prunelles exhaler une perle limpide et brûlante qui vint se nicher à la commissure de ses lèvres avant d'être rejointe par d'autres hyalines jumelles. Peut-être imaginait-elle que cette histoire connaîtrait une fin romanesque, qu'un prince finirait par arriver pour la défendre maintenant que sa vie était menacée...

Mais la biche semble bien ingénue lorsqu'elle n'a jamais connu les crocs du loup.

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c'est pas ma faute
« Et quand je donne ma langue au chat, je vois les autres, tout prêts à se jeter sur moi, c'est pas ma faute à moi... »

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Cerbère des Bas-Fonds

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Cerbère des Bas-Fonds
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MessageSujet: Re: Burn Me Alive [Dante]   Sam 17 Mai - 21:52

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burn me alive.

malen & dante
– FLASHBACK QUELQUES MOIS AUPARAVANT –
Ce contrat l’avait mené vers les confins méridionaux desquels émanait déjà la touffeur estivale que l’été fécondait. Il y faisait une modeste chaleur que les autochtones décrivaient pourtant comme canicule, lorsque, plus au sud, les austraux riaient sous pareille galéjade. Ce n’était pour eux rien d’autre qu’une frêle moiteur si l’on devait comparer leurs fiévreux éclats de l’astre à ceux qui s’emparaient des artères d’Hvittjell. Mutique, le belliciste s’abreuvait des rumeurs de la taverne qui souffrait autant des causeries et querelles à propos de qui suait le plus en Middholt, que des polémiques mâtinées que l’on abreuvait sans commune mesure de spiritueux aux miroitements ambrés, diaphanes ou vermeils. Lui connaissait le véritable ombilic du magma céleste. Il se déversait en flots acharnés dans l’erg des îles que même le nom portait de brûlé. Il vagissait tonnerres arides et zéphyrs embrasés les rares fois où ce macrocosme éblouissant daignait s’ébrouer, et pour le reste ne faisait qu’agoniser en une perpétuelle acmé volcanique. Avachi sur sa chaise, coude ancré sur la table et tempe chevillée contre sa paume, il cloisonna ses lazurites derrière un masque de paupières et un relent de soupir exaspéré. Sa déréliction tempérait son humeur d’une lassitude noire que rien ni personne ne semblait pouvoir égayer depuis que le massif ostrogoth s’était disjoint de leur binôme pour flâner seul sur le continent. Zorkharr lui épargnait sa vilaine gueule d’Aurochs depuis plusieurs mois déjà, affligeant Firebeard d’une grisaille morose qui le rendait nostalgique jusque dans ses algarades triviales avec le primitif. Que n’eut-il donné pour voir le titan franchir seuil à l’instant même et vagir des quolibets obscènes en faisant trembler bois de son phonème cyclopéen. Las, non. Il devait se contenter du quidam environnant qui ne rendait que d’autant plus abominable le Cerbère mussé dans ce flot de nippes et figures bovines. Accusant ou non la chaleur du début de soirée, sa carne perlait de gouttes acidifiant ses nerfs comme poison venimeux, agitant l’une de ses jambes qui faisait battre sa botte sur le sol en une eurythmie fébrile. Présent par devoir plutôt que par choix, il mirait sous son crin penché la silhouette balourde que sa cible caparaçonnait. Un vieillard soul et pathétique qui avait jadis été la fierté d’une clique dont tout le monde avait déjà oublié le glorieux nom et les sanguines exactions, écrin pourtant redoutable de la pyramidale caste des brigands. Ce qu’il en restait était donc bel et bien ça, et comme la vision avait désarçonné Dante, il s’était repris à rien de moins que six fois pour réclamer autour confirmation. Oui, lui avait-on dit, c’est lui, et un rictus antipathique s’était glissé tout contre ses babines en les rehaussant de mépris.

Et l’attente devenait purement insoutenable. Il allait finir par lever son séant et fendre cohue jusqu’à briser net la nuque du pendard grisonnant si celui-ci même ne se décidait pas à sortir pieds du Solitaire. Et justement. Le faquin se résolut à quitter son énième bock pour hisser sa carcasse et, lentement, égrener un pas après l’autre, dans un espoir fou de s’acheminer comme tout bipède normalement constitué jusqu’à la sortie de la taverne. Le chasseur de primes plaqua bruyamment sa paluche à même la surface en bois, basculant sa broussaille en arrière en mimant la satisfaction quasi orgastique de voir s’achever cette grandiloquente farce. Sans se presser – à cette allure de gastéropode le pendard n’allait guère lui échapper –, il goba d’une traite le reste de son vin, paya, et sortit à sa suite. Mais au lieu de trouver le rachis vulnérable du séculaire dans lequel il pensait déjà planter sa lame, il découvrit le bougre plus en rut qu’aucun autre chien des rues, faisant valser dans ses bras une oiselle au crin de miel qui miaulait des blâmes reconnaissables entre tous comme étant ceux d’une aristocrate. Qui d’autre qu’une jouvencelle dévoyée pour oser flageller son tourmenteur de damnations impérieuses ? Une risette appétissante manqua gondoler son faciès à l’écoute dévouée, mais son corps se plaçait déjà dans l’ombre du malandrin échauffé pour en saisir subito la chevelure jaspée de gris et tirer la gueule affamée de l’individu en arrière, dépouillant la colombe de son détestable gypaète qui n’eut d’autre choix que d’obtempérer dans un râle courroucé. Râle auquel Firebeard mit rapidement fin, signant la gorge de sa proie d’un large sourire gouailleur qu’il trancha en une lenteur cruelle. Mettant force et précision, sa dague s’enfonça jusqu’à l’os en délivrant une gerbe purpurine qui, de crachin, devint déluge, se dilapidant sur le minois apeuré comme semence de stupre. Glapissant dans sa marée écarlate des mots humides, le vieil homme se mit à trépasser non sans un certain atermoiement durant lequel le Cerbère le recula de quelques pas. Pivotant sur lui-même et tenant toujours fermement le gisant par la tignasse, il tendit la main en poussant l’homme sur le rebord du perron et leva une rotule pour venir fracasser les lombes adverses d’un coup sinistre de botte. Un craquement odieux fit écho, le cadavre s’effondra en contre-bas dans l’abreuvoir à chevaux tandis que, dans la poigne du chasseur, demeurait toujours l’effigie du maraud, les traits cristallisés par sa dernière singerie. « Il suffisait de demander, milady. » De gravier, sa voix tonna avec pour touts atours un funeste sarcasme. A peine haleté, il mira l’ingénue par-dessus son épaule et camoufla une risette lorsqu’il jeta à son tour la tête du pauvre homme. Eclaboussant derechef le parterre, le trésor de chair fit clapoter son tombeau et remuer la charogne écimée.

Tournant talons, le molosse guigna la nymphette qui ne lui arrivait pas plus qu’à hauteur d’épaule et rangea son arme dans le fourreau en un long bruissement de succion. Elle portait sur elle une fragrance éthérée à peine corrompue par l’effluve capiteuse de son précédent visiteur et de l’actuel baume ferreux travaillant l’atmosphère. Sa cascade flavescente flamboyait comme étincelles de brasiers et ses gemmes auraient pu apitoyer le plus revêche des bourreaux. Mais il ne se sentit guère apitoyé. Tout au contraire, l’appétit engendré par son bain écarlate avait mué dans ses entrailles une tout autre appétence qu’il camouflait à merveille derrière ses orbes clairs. D’une contrition sans égal, il dévisagea l’œuvre qu’il avait portraituré sur le derme lactescent de la vestale. « Oh mais, je t’ai salie… » Elle portait en effet l’empreinte sanguine de l’assassinat sur son visage, une partie de ses mèches et ce qu’il restait de ses étoffes. Il leva la patte qui avait moissonné la vie d’autrui par son excroissance d’acier et la porta vers une pommette maculée, fit mine de patienter toute opposition, puis paracheva son geste en essuyant délicatement la tapisserie juvénile d’un pouce amène. « Qu’est-ce qu’une frêle petite brebis de ton rang fait à vagabonder seule par ici ? » Si berger il devait redevenir, ce n’aurait certainement pas été pour guider cette ouaille vers quelque chemin salutaire. Il découvrit ses canines en un demi-sourire, le charme personnifié sous les traits d’un guillotineur.


you won't be leaving here unharmed
This life, which had been the tomb of his virtue and of his honour, is but a walking shadow; a poor player, that struts and frets his hour upon the stage, and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing.

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MessageSujet: Re: Burn Me Alive [Dante]   Dim 18 Mai - 5:42

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O
h qu'elle était ridicule, l'ingénue, à s'ébattre comme agnelle entre les crocs lupins alors qu'il disséminait en elle une panique égrotante qui avalait ses tripes tout en dévorant son ascendant. Et en cet instant de vésanie pure, elle se croyait déjà abandonnée par les dieux, persuadée que le prédateur finirait par lacérer le suaire de son existence pour le laisser choir, lustrine exsangue, sur les dalles des bas-quartiers. La grossière patte s'attachait déjà à son aine, forçant un passage brutal sous la frontière textile qui protégeait sa virginale fleur. Les nitides gemmes salées avaient déjà passablement entaillé le vélin de ses joues alors que ses lèvres incarnadines esquissaient une dernière supplication avant d'être interrompues par une brutale secousse qui fit s'ébranler la charpente de son échine, la faisant presque défaillir alors que son offenseur était tiré durement vers l'arrière, le cuir de sa peau s'émaillant d'une lame mercuriale qui ne tarda pas à faire pleuvoir sur le faciès délicat de la belle une écume rubiconde au substrat tiède et poisseux. Entre ses lippes stupéfaites s'insinua la ferreuse liqueur, le fumet âcre de l'hémoglobine lui soulevant le cœur alors qu'elle crachait l'infecte lymphe à ses pieds pour éviter de vomir. La suite la révulsa davantage, faisant se comprimer ses tripes et se contorsionner son visage maculé de cruor quand elle entendit le craquement sinistre d'une nuque qui se rompait et de nippes de chair qu'on déchirait avec autant de facilité que le vioque en avait eu à délacer son corsage. Exhalant un hoquet dégoûté, elle amarra une main à sa bouche pour taire un cri affolé, ses prunelles cristallines clouées au chef que l'assassin agitait impunément devant son visage lactescent moucheté d'incarnat, laissant fuser de sa gueule fauve une arrogance plus que malvenue compte tenu des circonstances. Oh en temps normal, elle aurait accueilli cette jactance avec une verve aussi cinglante, désinhibée princesse qu'elle était, rupine de cette impudente effronterie dont elle s'empanachait sans jamais en subir les conséquences, mais l'impertinence du bougre ne fit que lui arracher une expression de perplexe scandale. Quand il envoya valser le chef privé d'attaches, elle s'interdit de suivre des yeux le fragment cadavérique, désireuse de s'éviter un nouveau haut-le-cœur qui ne ferait qu'accentuer son caractère d'oiselle chétive.


T
oujours tremblante, les dextres rongées de frissons fébricitants, elle torcha la poix tiède de ses lippes, ses mains retombant ensuite mollement sur ses flancs creusés de peur pour ramener les passements de sa robe devant la naissance dévoilée d'une gorge au galbe diaphane chamarré d'éphélides cupriques ; guipures qu'elle s'empressa de renouer négligemment alors que son sauveur lui faisait face à nouveau pour fracasser la lithiase de ses lippes d'une contrite réplique mouillée de sarcasme. Les nerfs à vif, la sylphide ne put que briser son mutisme d'une furibonde boutade moirée d'une raillerie aussi cinglante : « Non, vraiment ? Je n'avais pas remarqué ! C'est trop... gentil à vous de l'avoir relevé. » Levant les yeux au ciel, elle ne put prévoir le geste familier qu'esquisserait le quidam avançant une main plus délicate que celle avec laquelle il avait arraché la vie vers sa joue stigmatisée d'un plasma qui se racornait lentement sur la corolle de son visage. La paluche stoppa néanmoins sa progression, se suspendant quelques secondes dans la vacuité qui les séparait, attendant quelque consentement tacite. Mais dans la frigidité qui nimbait son corps jouvenceau depuis l'assaut brutal, se profilait une anémique soif de chaleur ; boulimique appétence à laquelle elle succomba, s'obligeant à rester stoïque alors qu'il attachait un pouce à sa joue pour en purger le cruor visqueux. La question de son bienfaiteur eut le mérite de tirer de son faciès épris de jouvence un sourire embarrassé alors qu'elle se mordait la lippe, en proie aux érubescents tourments d'un orgueil injustement disproportionné. Elle releva néanmoins vers le colosse ses mirettes hyalines, attachant son regard à l'arête effilée de la mâchoire masculine, puis aux lèvres filiformes dévoilant une dentition carnassière pour parachever leur course dans le guède de ses yeux. La vénusté du reître lui parut insolite, comme si son encéphale ne s'était pétrie au cours de ses dix-neuf années que de la caricaturale idée qu'elle se faisait des plébéiens, repoussant toute beauté qui pouvait éclore dans un monde maculé de fange et d'indigence. Sa bouche en fut béate d'étonnement, alors qu'elle étirait de nouveau une canine sur la soi de ses lèvres, cette fois pour contraindre la rubescence d'une appétence adolescente qui galopait sur son visage, heureusement déjà couvert de vermeil. Elle rompit toutefois le contact visuel qui la rendait mal à l'aise, se penchant pour se saisir d'un lambeau de voile qui gisait sur le sol - moins maculé que les autres - pour le porter à son visage et à sa gorge, redonnant un peu à sa carnation l'éclat nitescent qui le caractérisait. « Je... » Dans l'incartade, elle avait perdu la répartie mordante qui l'empanachait d'ordinaire, la voix toujours chancelante et ponctuée d'halitueuses saccades. Lorsqu'elle parvint enfin à recomposer un monolithique souffle, elle replongea le guède de ses yeux dans l'orage des siens. « Je peux me débrouiller toute seule, je vous remercie. » Il lui semblait nécessaire d'éclaircir ce point avant que l'homme ne laisse son insolence émailler une fois de plus leur inopiné conciliabule. Exhalant un soupir, elle croisa ses bras fuselés, désormais en proie aux caresses vespérales d'un froid plus fiévreux que frigide, vrillant vers lui des iris se faisant épigones de l'empyrée. « Et c'est précisément pour ne plus endosser les nippes de la biche fragile que je me suis aventurée dans ce cloaque... »


Q
uel récit pourrait-elle faire désormais de cette tentative avortée et plus que misérable ? Excédée, elle roula des billes dans ses orbites, insatisfaite de la tournure qu'avait pris une idée qui lui semblait de prime abord plus que mirifique. Dans son épigastre une brûlure s'évertuait à couronner son échec d'une consumante empreinte alors qu'elle était en proie à de volcaniques colères qu'elle dirigea soudainement contre l'écimé macchabée, osant le gratifier d'un coup de pied puis d'une simiesque grimace alors que ses poumons clamsaient une strychnine empoisonnée à l'encontre de l'exuvie. « C'est raté, tout ça par la faute de ce vieux pervers ! » Soufflant sa rage, elle le nantit de quelques heurts supplémentaires avant de musser son visage dans ses paumes, une moue boudeuse s'étirant sur son faciès adolescent. Insensible à l'aria que pouvaient provoquer ses soliloquies puériles, elle délaissa le berceau carné de ses mains pour exhiber son expression contrariée que l'éclat ambré d'un astre moribond vint aussitôt incendier d'une spéculaire étoffe couleur de rouille. « Ces impudentes petites sottes ne cesseront jamais de me ridiculiser, rogues d'avoir ouvert les cuisses pour de ridicules gamins impubères comme si c'était-là le nouveau critère d'appartenance à leur petite clique ! » Elle soutint son regard, ulcérée par les affres d'une fatalité qui ne lui était définitivement d'aucune aide. « Et je ne sais plus quoi faire pour rabattre le caquet de ses frivoles pécores... » À peine avait-elle soufflé ses désolées paroles qu'une lubie imprudente germait déjà dans le terreau fertile de son encéphale, labourant son visage d'une expression intéressée qui fit plisser légèrement ses yeux comme la commissure de ses lèvres. Détaillant avec plus d'acuité les traits vénustes et virils, elle se laissa happer par une halitueuse et concupiscente chaleur, soudainement amusée par les perspectives d'une victoire qu'elle sentait de nouveau à portée de mains, loin de la frasque précédente. Un homme aussi séduisant que le belliciste et aussi mûr que sybarite ne réussirait qu'à convaincre les intrigantes péronnelles qu'elle tenait lieu d'amies d'une impudicité qui aurait tôt fait de laver sa si injuste réputation. Oh, elle imaginait déjà le regard envieux des nymphettes glisser vers elle, comme si l'inconnu réussirait à jeter derrière sa carne laiteuse une féminité qui tardait à éclore. Forte de cette nouvelle vanité, elle avança une main vers le bras fuselé de l'assassin, glissant quelques doigts félins sur la peau toujours maculée de sang, parcourant avec douceur les jaspures gonflées qui lui tenaient lieu de veines. Feutrée, sa voix trancha les ombres qui nimbaient de clair-obscur leurs deux silhouettes sibyllines. « Les dieux vous ont sans doute mis sur mon chemin pour une raison après tout... » Plus qu'une façon de parvenir à ses fins, cette vénerie lui prouverait à elle aussi qu'elle savait séduire, se faire divine tentatrice ou amante éperdue. S'approchant du reître, elle se hissa sur la pointe des pieds, frôlant le bassin viril du sien avant de suspendre ses lèvres soyeuses à l'orée d'une oreille pour y susurrer une équivoque invitation. « Peut-être avez-vous été envoyé pour m'aider... » Puis elle quitta son gravitationnel magnétisme, glissant ses prunelles alourdies par une sardanapalesque lascivité dans les siennes, relevant un sourcil dans une expression défiante.

Pour peu elle aurait presque tendu son ivoirienne gorge sous la gueule bée du carnassier...

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Cerbère des Bas-Fonds

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MessageSujet: Re: Burn Me Alive [Dante]   Mar 20 Mai - 0:02

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– FLASHBACK QUELQUES MOIS AUPARAVANT –
Quel indocile et pétulant oiselet. Même acculée, la jeune vénus semblait faire fi de la moindre salve d’humilité qui aurait idéalement pu être recouverte d’une éventuelle gratitude. Elle n’était qu’amas de superbe, le minois perpétuellement fardé d’une morgue suzeraine que ses orbes dédaigneux ne rehaussaient que mieux. Le miel de sa peau, égal aux éclats de ses cheveux, semblait sous quelques reflets sibyllins faire miroiter en échos scripturaires les dorures dont il la devinait être extraite. Une aristocrate dans toute son imbuvable splendeur, qui, même submergée par la fange de l’indigence, continuait de piailler haut et fort cette rogue litanie du beau peuple. Si d’aucuns auraient pu trouver là prétexte à lever main et asséner gifle – plus encore en ces bas-quartiers où l’on désinhibait toute tolérance à grands coups de vinasse –, la haute silhouette du molosse semblait avoir trouvé divertissement en la matière de l’agnelle. Frêle mais séditieuse, vulnérable mais torrentielle, elle était à elle seule un paradoxe qui lui faisait lécher babines sous son heaume de barbe fauve. Les dieux devaient être en sa faveur pour lui avoir glissé entre les pattes pareille ingénue qui, s’il ne se fourvoyait, démembrait lentement son irascibilité au plus elle le mirait. Se pouvait-il que la brebis tombât aussi facilement dans le corral nocif ouvert par le berger ? Les lazurites s’éprirent des calots juvéniles pour décrypter les flots grisés qu’il percevait transcender. Trop facile, songea-t-il enfin, interceptant sur la carne maculée le rosissement d’une vestale troublée. Thaumaturge de la gente féminine, sylphe de leurs chimères, il savait ausculter leurs moindres émois lorsque celles-ci abdiquaient à lever la herse de l’insurrection. Et toute altière qu’elle fût, la donzelle qu’il avait délivrée n’était plus qu’à deux doigts d’abattre sa dernière cuirasse. Il le savait. Le devinait. Et d’une risette oblique, il verrouilla les chaînes que la libellule n’avait pas même conscience d’avoir acquis sur ses beaux élytres diaphanes alors même qu’elle prônait son indépendance. Il arqua sourcil sous quelque scepticisme tu lorsqu’elle enchaîna sur ses curieuses justifications. Traîner son pelage dans la bauge pour mieux se grimer d’hardiesse ? Il n’y avait qu’une lady pour aspirer à pareille ambition, là où les sirènes de la gueuserie trimaient une vie entière pour sortir pieds de pareil carcan. Il eut un éclat. « Vraiment ? » Elle se mit à persiffler contre feu son tyran et il allongea un peu plus ses commissures comme elle s’y prenait avec une maladroite cruauté. Mais une délicieuse cruauté quand même. Ne comprenant guère en quoi l’olibrius écimé était en faute – si ce n’était pour avoir aventuré ses lourdes paluches sur le galbe de la nymphette –, il interrogea du regard son interlocutrice en émettant clairement ses doutes.

Et la lumière se fit. Il peina laborieusement à trouver une quelconque logique dans les débuts du soliloque, mais, sans grands efforts, il parvint enfin à comprendre. C’était bien plus sot qu’il ne l’avait pensé. Il ne s’agissait ni d’une péripétie clandestine à la recherche de quelque anecdote à relater plus tard ou de quelque frisson à supporter à travers les flots de l’adrénaline, ni d’un besoin impérieux de s’affranchir d’une cage mordorée pour aller fureter aux périphéries des deux mondes. C’était, bêtement, une histoire de fesses. Alors, avec toute la maîtrise chevronnée qu’il put dégainer, Firebeard se retint de précipiter dans son gosier un déluge d’hilarité. Par Dagoth, ce ne pouvait être vrai ! Et au plus elle le dévisageait, au plus il tordait ses tripes pour retenir le grondement gouailleur qui souhaiter fuser. La colombe était venue déchoir de ses opulents cieux pour trouver membre à saillir. Comble de l’ironie, elle avait trouvé en l’égorgeur l’encre censée poisser sa virginale toile, car, déjà, elle posait patte sur sa trouvaille. Il suivit le mouvement d’une torsion de nuque, le faciès tiré par une griserie obscène qui ne devenait à lueur de pénombre qu’une simple mine vigilante. Attentif, il l’était. A ne pas sauter à la gorge de son festin qui venait lentement se prélasser dans sa ligne de mire pour susurrer tout contre son ouïe de bête. Une succube des enfers, ce ne pouvait être autrement, car pareil miracle ne pouvait relever du divin tant ses aspérités criaient au piège. « T’aider à ouvrir les cuisses ? », reprit-il en écho, une risette narquoise venant flâner sur ses lippes. Haussant les sourcils, il réprima pourtant. « Mais je ne suis pas l’un de vos godelureaux impubères. Je suis même loin d’être le respectable cessionnaire, travesti d’étoffes et noyé d’arômes, censé… » Il s’était approché et avant d’achever son récital, avait niché l’agnelle derechef contre la cloison du précédent forfait, une main venant, sans se presser, côtoyer l’entrecuisse. Il trouva comme barrage le textile de ses nippes, mais rien ne l’empêcha de pétrir avec douceur le sacrosaint butin. « …récolter cette fleur. » Il avala le souffle igné de l’inconnue venu traverser la pulpe charnue sans toutefois poser ses lèvres. Leurs haleines joutèrent bien plus que leurs regards, et les effluves de sang embaumèrent le huis clos restreint comme une aberrante sueur partagée. « Alors ? Cette crânerie, l’entends-tu encore bourdonner dans tes muscles ou a-t-elle brusquement décanillé ? » Il n’attendit guère la réponse, puisque la réponse importait peu. Le choix, elle ne l’avait résolument plus, et si son phonème grave lui faisait miroiter les miettes d’un libre arbitre, c’était pour mieux encore la cueillir. Conquérant, il happa les ourlets charnus pour l’embrasser comme toute rosière rêve d’être embrassée, tempérant la malaria de ses égrillardes pulsions pour ne condenser l’ensemble qu’en passion jugée impie par tout dévot. Arrosant ladite chaste plante de caresses amorales, il se détacha enfin, laissant la nymphette dépouillée de sa patte comme de ses lippes. « Où est-ce que t’habites ? », furent ses seules mots, soldats parmi légions de sous-entendus.


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MessageSujet: Re: Burn Me Alive [Dante]   Ven 23 Mai - 21:52

malen & dante

burn me alive


E
lle n'avait jamais su façonner apyres de ses brasiers intestins, se soumettant comme hérétique aux flammes d'un bûcher sur lequel elle s'attachait aussi impunément qu'avec empressement. Ne voulait-elle à la fin que se vouer à d'ineffables gémonies, coulant dans les charniers pour n'être que morceau de carne de plus à la portée de la moindre gueule famélique ? Mais Malen aimait les torrides géhennes tout autant qu'elle affectionnait de parementer sa lactescente carnation d'une céruse plus toxique que l'arsenic d’un ophidien. Comme si de calquer sur son faciès jouvenceau de sempiternelles moues suppliantes ne ferait qu'atténuer les dantesques calvaires dont elle était l'originelle et unique cause. Mais sur l'orbiculaire de son encéphale l'initiation aux apophtegmes du bon sens semblait ne pas avoir été retenue par une arantèle trop fantasque et visiblement déchirée d'appétences incendiaires qui n'avaient pour conséquence que de laisser son jugement exsangue, voire inexistant. Quand l'insolente biche apprendrait-elle à ne plus appâter les mâchoires prédatrices en glissant sur le vélin de sa peau savoureuse des perles de cruor sucré et alléchant ? La conscience laxiste de la donzelle se refusa à griffonner le parchemin de sa jugeote des signaux alarmants que le chasseur lui envoyait ; et même si une frange d'elle criait au péril, elle ignorait superbement les invectives de son intellect. L'hubris se faisait suzerain du moindre battement des miradors carnés qui mussaient derrière une carnation liliale les prunelles céruléennes, la commissure de ses lèvres incarnadines se sculptant d'une fierté qui faisait rosir les joues adolescentes, comme si tout ne se déclinait en ce monde qu'en badineries séductrices et en tentations courtoises. Courtois, l'était-il vraiment ? Dans toute son ingénuité précaire la diaphane sylphide se gavait des romanesques courtisaneries comme des plus grandiloquents amours fictifs, abreuvant son utopie de plus éhontées chimères encore, voyant dans le bellâtre une nouvelle lubie qui, elle l'espérait, se solderait par une fin heureuse. Or, elle n'avait pas porté attention aux fins détails, pas plus qu'aux crocs carnassiers de son libérateur ou aux pupilles affamées du belliciste. Tout ce qu’elle repérait dans ses conglomérats d’azur était son propre reflet, le sybarite se faisant psyché de ses propres vanités ; sa silhouette moirée par les pupilles chasseresses lui renvoyant l’éclat d’un sourire qui s’évanouit bien rapidement lorsque le cerbère déchira leur lascif mutisme pour lui recracher avec ironie ce qu’elle s’était évertuer à dissimuler sous un miel allusif. Ce n’est que lorsqu’il profana l’immaculé vélum de son intimité qu’elle sentit naître en elle les fébricitants frissons d’un regret qui se transmua sur son faciès en érubescence embarrassée, sa lippe se tordant en une inquiète moue qui ne faisait qu’accentuer sa fragilité déjà apparente. « Je... » Fut l'unique son qui traversa la frontière pulpeuse de ses lèvres, tous ses doutes étant irrémédiablement claquemurés derrière l'ergastule de ses dents scellées, dernier mirador qui l'empêchait de déverser sur l'inconnu un flot de logorrhées ineptes impossible à juguler dès lors qu'elles se seraient nourries du comburant d'un oxygène qui se raréfiait en plus de se faire ferreux et halitueux dans le creuset de leur intimité. La cambrure prononcée de ses reins embrassait déjà les anfractuosités humides du mur et ses mains se détachèrent de la colossale charpente du sybarite pour se venir s'amarrer au quai de pierres tièdes dans un effort pour recomposer l'assurance qu'elle s'était construite avant qu'elle ne s'effrite sous le diamantin éclat des prunelles carnassières. Et malgré l'instinct irrépressible qui lui intimait de se récuser, un nouveau surin portant une méphitique empreinte vint se loger à l'orée de son hubris, ayant raison de ses dernières résistances. Pour qui la prenait-elle ? La péronnelle qu'elle était se montrait certes inexpérimentée, n'étant qu'une néophyte dans une vénerie qu'elle prenait plaisir à découvrir au fil de cet hasardeux conciliabule, mais il y avait tout à parier qu'elle ferait de ce noviciat une virtuosité si l'occasion lui était donnée de le faire.


A
lors que l'astre solaire parachevait son agonie, jetant linceul d'ambre et de purpurin sur le sépulcre guède d'une nuit naissante, elle sut que mourraient avec le jour ses velléités couardes et qu'elle fossoierait avec l'hélianthe le parangon de sa virginité. Quand les lèvres prédatrices vinrent labourer le sillon des siennes, pourfendant une soie toujours en friche, elle ne put incarcérer un gémissement qui, amplifié par le trouble que les deux haleines amalgamées suscitait en elle, vint s’écraser contre les lippes fusionnées pour n’être plus que l’épitaphe d’une innocence moribonde. Tout ne lui semblait alors que cacophoniques sensations, que chaotiques lascivités qui creusaient son épigastre tantôt de rigoles magmatiques tantôt d’affluents nivaux agrégeant à la surface de sa peau les sédiments de frissons capricants. Lorsqu’il rompit leur étreinte, se soustrayant au magnétisme du ballet de leurs deux corps, elle ne put réprimer un soupir courroucé, frustrée de l’inanition qu’il jetait désormais dans son ventre après l’avoir alléchée du banquet de leurs langues concupiscentes. La question du bellâtre eut le mérite de la tirer des mânes de ses chimères, la ramenant brusquement à la réalité, cette tellurique tangibilité dont elle avait oublié jusqu’à l’existence. Aller chez elle ? L’idée était si sordide qu’elle façonna son visage séraphique d’une expression perplexe, le portail de ses lippes s’ouvrant pour accentuer sa stupéfaction. Sentant poindre sur les adamantines joues des feux d’écarlate, elle inclina du chef, clouant ses prunelles limpides à celles du reître. « Vous voulez rire ? » Devant l'interdit, elle plissa l'azur de ses mirettes. « C'est hors de question. » Baissant les yeux, elle se mordit la lippe, regrettant déjà les phonèmes incertains qui franchissaient la frontière de sa bouche pour être avalés aussitôt par les ombres de leur conclave. « Ne pourrions-nous pas aller autre part ? » Qu’était-elle en train de faire ? Aussitôt prononcées, aussitôt regrettées, les paroles étaient plus que périlleuses et d’autant l’auraient traitée d’idiote à la voir ainsi marchander sa vertu avec un inconnu rencontré au détour d’une sordide coursive. Et au creux de sa conscience tout n’était que schismes, qu’hésitations et qu’incertitudes. Qu’aurait-elle à perdre qu’elle n’avait déjà perdu ? Si c’était là l’unique façon de clouer le bec de ces piaillantes oiselles superficielles, pourquoi hésiter et se refréner ? Jusqu'à maintenant tout n'avait été que badinerie, mais voilà que le jeu se réifiait sous ses prunelles indécises. Elle choisit délibérément d’ignorer ses appréhensions, toujours aussi haranguée par un orgueil qui ne demandait qu’à voir les affronts lavés. Une dent lactescente s’étira sur sa lippe martyrisée, unique témoin d’une appétence mouchetée par quelques caligineux scrupules. « Mais nous devrions faire vite avant que l’on nous voit. »

Oh et quel charmant spectacle cela aurait été, de voir la fille Horseborn tringlée dans une venelle…

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c'est pas ma faute
« Et quand je donne ma langue au chat, je vois les autres, tout prêts à se jeter sur moi, c'est pas ma faute à moi... »

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MessageSujet: Re: Burn Me Alive [Dante]   Dim 1 Juin - 0:37

Fiche © Quantum Mechanics


burn me alive.

malen & dante
– FLASHBACK QUELQUES MOIS AUPARAVANT –
Voulait-il rire ? Badiner de quelconque façon en ce symposium de ribauds errants ? Quelque part, oui. Car, tout en ce sein vaudevillesque ne devenait plus, aux yeux du Faucheur, qu’une valse ubuesque. Il aurait pourtant aimé se faire alluvion du ruisselet d’opulence dans lequel elle l’aurait mené – quelque castel ou manoir, résidence ou palais – fouler l’immaculé et en pétrir sous ses pas chaque lopin de faste comme bête en son corral. Peu soûlé par l’offrande qu’elle lui léguait, il voulait en plus de saccager son hymen appesantir à jamais les voûtes aristocratiques qui avaient clavetée la nymphette de son turpide remugle. Qu’elle se souvienne ainsi, peut-être et à jamais, du pâtre qui l’avait conduite au ravin de l’opprobre, car c’était là tout ce qui resterait en ce monde pour un berger de son acabit ; à défaut de laisser la moindre trace derrière son passage, au moins imbiber les âmes de stigmates emblématiques. Pour un temps, court ou immuable, que les échos de leur impair résonnent dans les pénates de la lady. Mais elle s’y refusa. Opiniâtrement. Le faciès de Dante se congloméra d’un mécontentement tenu, froissant ses sourcils et éméchant l’horizon de sa bouche en une torsion ombrageuse. Suggérant tout autre lieu plutôt que sa gentilhommière comme gîte du blasphème, elle s’affairait déjà à s’émouvoir de témoins probables. Il arqua un scepticisme certain sur les ridules de son visage puis gauchit sa nuque à l’est et l’ouest dans l’expectative d’un quelconque tiers. Pas âme qui vive. Tous les faquins besognaient à leur déluge éthylique dans l’enceinte même de la taverne, laissant les parages évidés du moindre badaud. Il pourrait donc la crevasser ici-même, minois laminé contre cloison et croupe défroquée, qu’aucun hère ne viendrait les déranger. Reniflant pesamment, les talons du Cerbère s’éloignèrent jusqu’à l’huis de l’établissement avant de faire une halte pensive. Il n’avait aucune envie de débourser la moindre pièce pour s’arroger le droit de forniquer une pucelle à l’abri des regards. Il s’en foutait bien, lui, qu’on le surprenne à tringler la fille d’un qui-lord sur un trottoir de la cité. « Il y a là-dedans des soldats de la Garde. J’imagine qu’ils pourraient reconnaître ton museau et aller colporter tes petites aventures aux mauvaises oreilles », racla son phonème avec une équanimité manifeste tant il manquait de réelle philanthropie. Le Solitaire était, de toute manière, épicentre de castes hétéroclites, ainsi sa glose ne manquait-elle pas de bien-fondé malgré le peu de foi portée à l’homélie. Il exila ses lazurites contre l’effigie flavescente, puis, sans attendre une quelconque objection, redescendit le ponton de l’auberge pour moudre la cour principale en passant près de l’abreuvoir poissé. « Il semble que, où que nous allions, tout ne devienne qu’un guêpier pour ton anonymat. » Héla-t-il en s’éloignant, prenant vraisemblablement congé de son appât sans plus de cérémonie. Elle était un mets de choix, mais les névroses de l’agnelle n’étaient pas sans ternir l’appétit du molosse qui peinait déjà à garder haut le mât de ses pulsions face à l’arantèle paranoïaque de la vénus. Quel était son nom ? D’où venait-elle ? De quelle dynastie nobiliaire était-elle issue ? Il balaya ces simagrées en signant à la négative, branlant son crin auburn que la Nacrée se plut à faire flamboyer. Aucun être d’aucune sorte ne pouvait excaver la sollicitude de Firebeard, et toutes filiations confondues n’étaient que crachins pour le dogue affranchi. Trayons ou titres, aucune oriflamme ne se valait sur ce champ de bataille qu’étaient ses affects. La noirceur l’engloutit vite, matrice de cette aberration qu’elle recueillait éperdument dans son giron dès que l’enfant terrible revenait hanter son ventre nocturne.

Sa déambulation isolée dura pourtant peu. Après avoir sillonné quelques corridors de bourgs et autres artères dallées, il bifurqua tout au nord de la ville pour s’en aller rejoindre le haras qui lui permettrait, une fois encore, de négocier l’acquisition d’un destrier. L’hure – désormais écimée – pour laquelle il s’était rendu à Hvittjell n’avait plus à le retenir en ce royaume équin. Et tandis qu’il dévalait à sangles cliquetantes le galbe de la citadelle, sa silhouette parut brusquement tirebouchonner vers une étroite venelle adjointe à une haute bâtisse ; le Temple de la Quadrigénie. Il avait, depuis de longues minutes déjà, perçu dans l’atmosphère la fragrance d’un bouquet mendiant pour être fleuri, le tout cerné d’enjambées fébriles que l’adrénaline et l’ambition circonspecte rendaient égales au clapotis assourdi de gouttes diluviennes sur un faîtage de chaume. Elle aurait pu être discrète. Pour un va-nu-pieds aviné traînant sa carcasse comme le roulis fait voguer les épaves. Mais pour le chasseur de primes, chaque petite foulée attisait à la fois son irascibilité et l’étrange satisfaction de savoir le divertissement repoussé de quelques nouveaux actes. Soit. Il la vendangerait. Concassant son rachis dans une alcôve du prieuré, il patienta que la nymphette présente sa frimousse pour la happer tout de go dans la geôle de ses bras noueux, prenant de surprise la brebis comme un loup sur gorge frêle. Elle couina, il grogna, puis leurs charpentes bringuebalées par le duel aphasique finirent par traverser une porte dérobée, les faisant tous deux choir dans les entrailles du fanum en un court mais haut fracas. Quelle manie était-ce là que de joncher les murs d’issues sournoises ? Ces coquins de moines n’étaient-ils que de petits lérots apeurés dans leur gros terrier ? Craignaient-ils que le Démiurge même ne quittât leurs amulettes pour prendre forme en un dragon cracheur de feu ? Qu’espéraient-ils fuir en forant leur temple de tels dégorgeoirs secrets ? Ah ! Il aurait parié sur quelques fuites nocturnes concédant à ces fot-en-culs d’aller tremper leurs savarins dans les bordels des bas-fonds. Et voici que le stupre ne sourdait plus en dehors de la panse cléricale, mais pénétrait bel et bien dans le jardin spirituel des Quatre. Le binôme n’alerta pas même le plus ingambe des prêtres, se mouvant encore quelques instants sur le carrelage obsidienne qui recouvrait le sol en se saboulant mutuellement de dominance et d’insurrection, avant de finalement s’épuiser en une roideur de marbre.

Il la tenait toujours dans sa cage de muscles, sa large dextre rivée sur le grenat des lèvres féminines, pressant et forçant sans aucune douceur à ce qu’aucun verbe ne s’échappe, tandis que l’autre paluche crochait l’étoffe pour mieux immobiliser la tanagra opaline. Pleinement étendus par terre, son corps avait servi à amortir leur vertigineuse cataracte en encaissant sur épine la dureté du pavement et, contre abdomen, la gravitation de sa proie – somme toute légère. Le silence ecclésiastique les embauma, froissé par instants de leurs ahanements tantôt lourd pour le molosse, et tantôt macéré pour la jouvencelle, que la patte inquisitrice asphyxiait plus qu’autre chose. « Shhh », lui intima-t-il au creux de l’oreille. « Ne réveille pas les dieux. » Et ce faisant, il décrocha la pogne de saisie pour aller durement redresser un pan de soierie sous lequel il immisça d’obscènes phalanges prêtes à griffer la drupe virginale. Ce qu’il fit. Longtemps, il se mit à sévir en lacérant la carne de son propre sceau, labourant le pubis qui se mit à rougir d’incarnat en laissant quelques reliquats de chair sous les ongles du molosse. Et à chaque geignement éclos de sous son bâillon d’infortune, Dante redressait babines. Elle était si belle qu’elle en devenait létale. Létale pour elle-même. Monceau céleste de panache qui, sous les coupoles du sanctuaire, n’était plus qu’offrande aux déités. Rendu plus primitif que le plus barbare des ostrogoths, il insufflait à son athéisme l’idolâtrie d’un dévot. Celui d’un suppôt de Dagoth pétrissant à ses pieds de tarasque la pitance sacrifiée. Et tandis que le magma turpide montait en lui, il la bascula ventre à terre en ne lui libérant que trop peu sa muselière. Un écho de botte les dénonça, mais toujours aucun prélat. Ils étaient si bien camouflés par la pénombre – que les rares flammes mangeotait – et les quelques boiseries de meubles et bancs, que le forfait passait, aux yeux des mortels, pour inobservable et inaudible. Pesant de tout son poids sur elle, il écarta de ses rotules les cuisses de la triste colombe et pressa bassin contre la croupe dénudée. « Est-ce que tu sens ça ? » Son murmure valait le cornement d’un serpent. Il ondoya des reins, prit son temps, inhala la fragrance du crin de blé et fit clore ses paupières. Dans ses braies enflait sa turgescence. « J'vais te la mettre profond. Et sous le regard des Quatre, jouir dans ta pagode. » Il rouvrit ses orbes gâtés d’un acier funeste, ouït les derniers bêlements gutturaux de la douce, et dévêtit son giron. Il y eut une déchirure, un flot térébrant qui pervibra sur le derme lactescent, mais le soudard, conquérant, n’eut aucune salve de miséricorde. Aussi pilonna-t-il comme l’on achève du bétail au coutelas. Et les dieux, muets, scrutèrent l’obole.



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Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Burn Me Alive [Dante]   Sam 7 Juin - 3:34

malen & dante

burn me alive


S
ous la boulimique prunelle des déités qui s'étiraient en cortège vespéral, elle s'étiolait, blanche et diaphane, comme nuée claire dans l'opacité d'une empyrée d'encre. Tout en ce monde semblait essaimer en nuances contrastées autour de l'hélianthe de sa pureté, concentriques volucres au pennage sépulcral qui gravitaient comme astres éperdus. Mais de tous les méphitiques satellites qui coudoyaient son ellipse, il était le plus occulte et le plus sinistre, ombrageant les constellations d'éphélides qui mouchetaient la voûte de son séraphique faciès d'un suaire enténébré. Elle cueillit dans les lazurites quelque certitude factice, quelque aplomb pastiche, marivaudant d'une lippe tentatrice une mansuétude ou une clémence qu'elle ne lisait ni dans ses orbes ni à la commissure des lèvres lupines. Niellée de sa sempiternelle ingénuité, elle croyait pouvoir faire du belliciste un sigisbée, amarrant à la rive de son bras râblé une dextre qui se voulait, par osmose, lénifiante, grisant les lascives pulsions pour mieux les juguler. Or de ses pupilles juvéniles, elle ne décelait pas l'incoercible flux d'une paillardise qui se faisait torrent, se distillant sous les nitides gemmes de ses prunelles comme cataracte bondissante. La néréide occulta si bien l'affluent de ses appréhensions, que l'esseulée angoisse qui subsistait comme lest au creux de son épigastre fut celle qu'il lui insuffla de son phonème caverneux. Le préjudice qu'il faisait sourdre à la cime de son pensum serait incommensurable et si un vigile venait à reconnaître le minois séditieux de la frondeuse, elle pourrait fossoyer les quelques grammes d'une audace conquérante qu'elle avait moissonnés à même les bréhaignes sillons de ce cloaque, abdiquant pour retourner dans son couffin sans même réclamer l'usufruit de ses prouesses. Et il n'était, dans l'escient de la jouvencelle, pas question de nieller son faciès d'une moue bredouille pour aller verser perles de désarroi sous les voûtes busquées de son castel. Les considérations lucides du bellâtre réussirent à arracher au versant juvénile de son visage une quelconque contrariété qui vint sculpter sa pulpe d'une anxiété renouvelée, tavelant ses hyalines prunelles d'une opacité qui se faisait reflet de son mécontentement. Un halitueux soupir vint fuser de l'adret de sa bouche rétive, sa main d'albâtre se détachant tout de go de l'épaule masculine alors qu'il embrassait les goulues mânes de la croissante pénombre, en quête d'un asile pouvant couver leurs deux corps et la magmatique génitalité qui ne tarderait pas à en émerger comme progéniture ardente tout juste cabretée par les entrailles de leur casuelle agrégation. Révulsée d'être ainsi cédée à sa solitude par le fruste belliciste, proie à nouveau offerte à toutes les saumâtres gueules bées, elle ne put retenir une geignarde lamentation, son gosier ne claustrant ni juron ni jactance puérile : « Merde, qu'est-ce qu'il fout ? »


P
uis elle se fit ombre de ses pas, comme la docile pouliche qu'elle était, quémandant à la vacuité de la brunante quelque miséricorde qui ne la placerait pas de nouveau entre les griffes pédérastes de répulsifs dépravés empestant muscat et fange, oscillant des prunelles vers chaque boyau turpide sinuant dans le jabot de la citadelle, noyé de ténèbres et exhalant haleine humide et miasmatique. Le museau assailli de relents infectieux et de parfums tout droit sortis d'occultes bauges, elle bifurqua à l'angle d'une venelle, suivant de son minois désarmé le cavaleur qui, ironiquement, représentait l'unique phare dans cette épaisse brouillasse, s'empêtrant dans les dalles accidentées qui hérissaient les montueuses ruelles de la cité équine pour se rattraper d'une main incertaine sur les parois bosselées des murets et des blets. Les remugles soufflant comme auster sur son faciès furent progressivement happés par les effluences encensées et florales du fanum alors qu'elle plissait ses mirettes, à la fois perplexe et médusée par le sordide parachèvement de leur course ; trop révulsée par la burlesque idée du reître pour ahaner hoquet de stupeur pendant qu'il refermait l'ergastule de sa paume sur ses lèvres incarnadines, elle ne put s'épancher en de diluviennes imprécations et en rebuffades plus torrentielles encore, opposant au silence imposé une fureur oculaire qui dardait surins et poignards des azuréennes cannelures vers le sybarite. Le fil mortifère de ses prunelles courroucées ne fut rompu que par la chute des corps sur les sacrales voliges alors qu'elle venait s'écraser comme houle de nacre sur les récifs du musculeux abdomen, son souffle étouffé une nouvelle fois par la cloison carnée qu'il apposait toujours comme cachet sur le parchemin de son mutisme obligé. Affolée d'ainsi profaner si auguste quiétude, elle balaya de ses orbes cristallins les alcôves dépeuplées pour n'y contempler âme qui vive, frugalement soulagée de ne croiser nul regard clérical dans ce temple qu'elle fréquentait trop souvent pour ne pas être reconnue des vicaires. Toujours claustrée par l'impudent ribaud, elle cloua son regard craintif à celui de son assaillant, revendiquant tacitement quelque clémence, le cœur déjà saccadé par un fatum qu'elle savait inéluctable. Et si le sirupeux murmure se voulait lénifiant, il n'apaisa en rien les géhennes de la pauvrette qui s'agita dans sa prison carnée comme oiselet entre les crochets de l'ophidien, ne trouvant sur le chemin de son émancipation que les bornes infranchissables de ses bras robustes. Force fut de constater qu'elle ne faisait que s'épuiser à s'ébattre ainsi comme biche effarouchée, ses muscles fluets devenant gourds, abdiquant avec facilité après une belligérance qui ne dura, somme toute, que quelques misérables minutes.


D
éjà une paluche venait s'arrimer à sa cuisse, annihilant chaque frontière textile sans même s'en offusquer, séditieuse apatride qui vint labourer le virginal sillon comme faux bêchait champs et glèbes. L'immaculée jachère ne tarda pas à se faire creuset d'un limon halitueux, honteux ruissellement de cyprine qui vint souiller l'aire intacte de la vestale alors qu'elle voyait ses prunelles dilatées par l'horreur d'un si éhonté défrichage. Incapable de la moindre résistance, elle étouffa dans le creuset de ses lèvres scellées une souffreteuse plainte de douleur et d'effroi amalgamés, son souffle s'écrasant sur les parois hermétiques de la dextre geôlière alors qu'elle vrillait vers lui des prunelles suppliantes, ourlées d'un cristal liquide qui vitrifiait le cobalt de son regard d'agnelle. Les Quatre seuls savaient, dans leur omniscience infinitésimale, qu'elle se criblait de regrets sous leurs yeux contrits, déplorant chaque audacieuse syntagme et chaque téméraire œillade alors que s'étiolaient en elle les dantesques capharnaüms de ses affects malmenés. Puis, subito elle vint embrasser de son ventre déchiré le socle boisé du temple alors qu'il pressait le turgescent olisbos contre son antre dénudé, suppurant méphitique discours qui la glaça d'effroi, apposant sa morsure nivale sur l'étique râble qui se pliait pour mieux se cambrer. La force du belliciste était telle qu'elle ployait sous le fardeau de sa sadique appétence, son bassin se clouant au bois rigide pour lui arracher affres plus immodérées encore. Et sur le seuil se pressait le conquérant bélier qui ne tarda guère à ébrécher son enceinte, écartelant les fines chairs d'une salve brutale qui fit naître au fond de sa gorge asphyxiée un hurlement qui vint mourir sur les phalanges repliées, eschatologique finalité assénée à une virginité qu'il venait cueillir sans merci aucune. Alors qu'il glissait en elle, forant l'anfractuosité féminine avec brutalité, elle en vint à planter ses dents lactescentes dans la carne prétorienne, stigmatisant la paume qui enfermait toujours son phonème comme soupape ignée confinant magmatique anathème pour l'obliger à libérer son souffle séquestré. La dextre s'écarta brutalement, émancipant une voix impétueuse niellée de douleur : « Tu me fais mal, sale porc ! » L'invective avait quitté une poitrine toujours rivée aux voliges alors qu'elle tentait de se débattre à nouveau, sans plus de succès. Les lèvres ombragées d'insultes, elle ne claquemura aucune menace, faisant poindre son impérial phonème, le tournant vers le sybarite comme elle l'aurait tourné vers un indocile subalterne : « Lâche-moi tout de suite ou je te jure que je hurlerai si fort que je ferai choir les Quatre de leur piédestal ! » Ponctuant l'insolente admonestation, elle calqua sur son minois écorché les saillies du fauve, feulant à nouveau quelques bribes d'insultes destinées à tarir en son épigastre perforé les flammes d'un bûcher qui l'immolait toute entière.


FICHE © QUANTUM MECHANICS


c'est pas ma faute
« Et quand je donne ma langue au chat, je vois les autres, tout prêts à se jeter sur moi, c'est pas ma faute à moi... »

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Cerbère des Bas-Fonds

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MessageSujet: Re: Burn Me Alive [Dante]   Dim 15 Juin - 22:21

Fiche © Quantum Mechanics & Moriarty


Burn me alive.
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☩ QUELQUES MOIS AUPARAVANT ☩

Le sang invoque le sang. Quel meilleur apophtegme que celui-ci, damasquiné en travers de leurs carnes, lorsqu’en réponse à son impiété, elle fit damer le cruor sur l’épaisse paluche qui lui servait de mors. Ronflant un gravier de rogomme pour toute injure, le Cerbère la délivra de son bâillon de chair alors même que, en-deçà, il parjurait la niche halitueuse de son abjecte massue génésique. Mais à défaut de provoquer quelconque courroux chez le scélérat, l’apostrophe ne fit que mieux distendre sa majestueuse grimace emplie de morgue. « Je n’aurais guère pu mieux faire, milady. » L’ironie souhaitant, par quelque mauvaise foi des plus assumée, qu’elle aurait fatalement geint à l’étreinte si le subversif mâle s’était attelé à mieux la défleurir. Mais que pouvait-elle bien y comprendre, elle, l’agnelle immaculée, qui ne prenait pour acquis que le mal commis ? Une fois mais pas deux, ainsi était-ce là toute la divine comédie que le sacrement des femmes, et si jamais personne ne s’était abaissé à lui instruire telle chose, son encéphale ne pouvait qu’amalgamer le brigandage du reître à la géhenne encourue. Douce enfant, si tu savais. Qu’il n’y avait nulle douceur et volupté en la nature du corps désacralisé. Fût-ce par son bourreau-même ou quelque complaisant mirliflore. Le procès de la pauvrette lui arracha un éclat qui ricocha subito entre la nuque de la nymphette devenue félidée de bile, et les boiseries hiératiques du temple. C’était un comble qu’aucun prieur n’en vienne à rompre l’infamie, mais fallait-il croire que leur étau devait être plaisant à la vue des dieux, ceux mauvais raillant dans l’ombre des bons. « Mais fais ! Je t’en prie. » Et ce disant il la saboula mieux encore du bassin, allant et venant de la même roideur perverse qu’il l’avait fait en la conquérant. Puis sans crier gare, il accota son avant-bras contre l’échine de la prunelle, l’obligeant de fait à embrasser le sol bar quelque brusque manière de force endiablée. Joue plaquée, elle ne lui offrait plus qu’une hémisphère de sa vénusté devant laquelle il planta sa propre effigie, la maintenant toujours et sans halte aucune.

Complétement allongé sur elle, ineffable poids de la pénitence, il mua ses pénétrations en un ressac concupiscent qui, au plus il excavait son phonème, au plus devint lascif, complété par un souffle igné qui brima le minois rougi. « Hurle-donc, ça me fera grand plaisir, mais sache tout de même que de cet élan hardi, ton si précieux anonymat ne s’en remettra jamais plus. » Il lui concassa un peu plus l’épine tandis que ses lèvres s’en venaient jouxter le profil aristocrate. « Que diront papa et maman, lorsque les clercs viendront leur relater les tristes faits ? Souhaiterais-tu t’accoutrer d’apitoiements et d’opprobre ? » Les fesses de la juvénile étaient friandises d’onctuosité contre lesquelles il se délectait pressurer son bas-ventre. « Les impudentes petites sottes, que diront-elles ? Souhaiterais-tu devenir la reine de leur satire ? » Comptant sur son argutie, il défit lentement mais sûrement l’étreinte de la nuque pour lui offrir un ersatz de liberté par lequel il comptait trouver un semblant de docilité. Un semblant seulement, car la voir cahoter comme du gibier n’excitait que plus encore le chasseur de primes. Son membre gorgé et panaché par la liqueur pourpre ne s’en dénoua que trop peu, embesogné à l’agonir elle, et le satisfaire lui. Car de ce labeur, il prenait réel plaisir, sybarite sordide dont la jouissance se lisait jusqu’en travers de ses globes diaphanes. « Ou bien souhaites-tu plutôt, entre toutes ces choses réunies, te délasser sous moi comme le ferait une catin disciplinée, et attendre que l’aube du sacrilège passe pour retrouver le confort de ton existence ? » Il se retira. « Lavée de tous soupçons. » Puis il revint en profondeur. Dans le fanum, l’on héla brusquement. « Il y a quelqu’un ? » Le timbre présageait un caractère nerveux mais veule, et le simple fait de n’entendre aucun pas venir à leur encontre indiquait là une bien piètre envie d’éclairer ces sibyllins bruitages. Quelque tourterelle qui se serait glissée dans les poutrelles, ou quelque bruissement d’aquilon. Peut-être un rat, ou tel vacarme extérieur venu culbuter la quiétude liturgique. L’ecclésiastique, au fond, ne voulait le savoir, rendu chétif par sa prière dans laquelle, et par laquelle, il se sentait bien assez vivre pour ne point adjoindre à sa journée une trouble péripétie. Rogue et d’une étrange magnanimité, le Firebeard ne s’en abasourdit guère, laissant même à l’oiselle le soin de répondre, ou non, pour sceller à jamais son amer destin. Tout au plus poursuivit-il son forfait d’une langueur quasi douceâtre, insensible aux turbulences auxquelles tout noble était assujetti pour peu qu’il craigne l’humiliation d’un nom antique bafoué à jamais. Tout ce qu’il pouvait bafouer, lui, était son épicurienne pulsion.  


you won't be leaving here unharmed
This life, which had been the tomb of his virtue and of his honour, is but a walking shadow; a poor player, that struts and frets his hour upon the stage, and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing.

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Burn Me Alive [Dante]

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