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 [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)

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Cerbère des Bas-Fonds

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Cerbère des Bas-Fonds
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MessageSujet: [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)   Mar 3 Juin - 5:46

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Love will tear us apart.
zentha & dante
De l’eau. A perte de vue. Une étendue d’huile rendue cobalt par des cieux nuageux, quoique spoliés de temps à autres par un éblouissant soleil. Les flots relataient au silence le murmure de leurs plaintes coulées contre la coque du navire, tandis que, au-dessus de leurs têtes, claquaient les voiles que l’aquilon malmenait. Leur voyage avait été long, pesant de contretemps et cloqué d’une morosité quasi austère qui n’avait pas quitté Firebeard depuis leur départ de la capitale septentrionale. Il ruminait dans des silences mortifères ses plans et conjurations qu’il comptait ourdir à Sade, nonobstant la présence vespérale de son amante et assesseure qui avait eu l'obligeance de financer l’entière pérégrination. Par affection, gain, ou quelque autre arcane de renarde, lui-même ne savait pas. Homme pragmatique, il préférait reléguer à jamais tout questionnement et laisser la bienveillante fortune mercantile lui venir en aide dans cette croisade personnelle. Lorsqu’il l’avait rejointe quelques semaines plus tôt dans la demeure bourgeoise, c’était les ridules froissées d’un mécontentement lourdement macéré ; il avait, des heures durant, martelé l’atmosphère de son phonème grave pour faire entendre raison à la madone. Il lui fallait prendre des gardes. La dernière subversion générale d’Ibenholt avait laissé sur le palais du chasseur un goût âpre d’inquiétude qu’il préférait ne plus jamais devoir subir. Par égoïsme ou réel tourment. Il s’était trouvé incapable d’expliquer les raisons profondes de son ire tant il s’était employé à marteler ses propos d’injonctions impérieuses. Il te faut cuirasser cette foutue baraque d’armes en acier, avait-il rauqué, mais la belle, opiniâtre, était restée insensible devant ses sommations. Elle ne voulait prendre nul esclave, ou même asservir à ses pieds le plus servile des hommes, et, de fait, refusait catégoriquement de s’empêtrer de roquets. Et si le molosse n’était pas locuteur à prestement baisser les bras, il avait bien dû se résoudre à souffrir pareille folie en mettant un terme à son activisme. Zentha Zorael, plus qu’une femme libre, était reine de son propre destin. Et, enfin, l’avait-il compris. Abdiquant pour ce combat, il n’avait toutefois pas cédé la guerre. Il était temps pour lui, pour eux, de réaliser cette promesse que lui avait faite la sylphide, et il ne fallut que quelques jours à la tanagra pour apprêter le nécessaire à leur voyage. Si elle s’entêtait pour des billevesées, il lui reconnaissait volontiers un tempérament de cacique en affaire d’organisation.

Sade était en vue. A la proue de la caravelle marchande se tenait la haute stature du molosse qui guignait l’archipel comme un carnassier sa viande. Vêtu d’une tunique noire à l’étoffe plus fine que de coutume, il s’était dépouillé de son arsenal habituel pour ne s’acquitter que d’une rapière escamotée à l’un de ses innombrables martyres. Il en serrait le pommeau avec méditation, faisant valser sa paume contre les rotondités à la manière d’une lancinante caresse. Les armes étaient, plus que des excroissances à ses sanguines voracités, des maîtresses qu’il choyait comme nulles autres femmes. Au plus le port se rapprochait, au plus sa mâchoire se contracturait. Il sentit l’onguent bienfaiteur de son amante venir prendre ses aises à ses côtés, lâchant dans le zéphyr marin un parfum capiteux qu’il se prit à renifler à pleins poumons. « J’avais oublié cette moiteur. » Si la voûte s’obscurcissait de quelques silhouettes laiteuses, la température n’en restait pas moins… caniculaire. Même à cette époque de l’année. Sans quitter l’horizon des yeux, il cracha un rire amer. « C’est ce qui rend ces insulaires plus apathiques qu’un lombric. Plus cons de quelques grades que les middholtiens. » Ne défendant clairement ni l’un, ni l’autre des peuples, il semblait toutefois qu’il nourrît quelque aversion ciblée pour lesdits îliens. Roulant des épaules pour décoller sa chemise de lin qui s’amalgamait contre son derme en-deçà de son habit – la touffeur faisait éclore une sueur pénible –, il biaisa ses orbes diaphanes contre le profil de la vénus. « Il est au courant de notre venue ? » De qui d’autre pouvait-il parler sinon que de l’illustre époux, Dokan. Devinant aussitôt la réponse, il enchaîna en embrassant de nouveau le décor côtier. « Qu’est-ce que tu comptes lui dire ? Vais-je devoir aller musser ma sale gueule dans quelque auberge ou vas-tu me présenter en tant que cerbère personnel ? » Gîter sous le même toit que son Némésis, voilà qui serait cocasse. Mais sous ses dehors détachés, Dante possédait un réel intérêt. S’il était venu conquérir l’erg de son ancien supplice, ce n’était guère pour flâner dans les venelles et humer la bonhomie débridée de cette empyrée tropicale. Au moment même où il poserait pied à terre, une liste de noms apparaitrait devant ses calots. Six patronymes. Six bourreaux. Six maîtres ou inquisiteurs de son ancienne vie d’esclave. Et puisqu’il était né de la géhenne, par la géhenne, il allait clore ce chapitre. Ironie sournoise ou piètre raillerie des dieux, l’un des six noms n’était autre que le mari de la belle, jadis acquéreur d’un champion ironiquement baptisé Le Berger, dont il n’avait au grand jamais vu le visage écarlate, mais qui lui avait, deux années durant, fait profiter d’avilissants gains remportés sur quelques paris et autres consécrations d’arène. Et sans que Zentha ne le sache, elle guidait par ses propres moyens le futur assassin de son époux dans l’antre même du condamné…


you won't be leaving here unharmed
This life, which had been the tomb of his virtue and of his honour, is but a walking shadow; a poor player, that struts and frets his hour upon the stage, and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing.

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Succube nantie d'Ibenholt

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)   Mer 4 Juin - 0:46

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Love will tear us apart.
zentha & dante
La chaleur Sadéenne commençait doucement à envelopper les abords de la caravelle, douce annonciatrice de la proximité des côtes que l'on tardait encore à apercevoir. L'atmosphère se réchauffant considérablement, j'avais été contrainte d'aller me vêtir d'une soie plus légère et moins couvrante, à l'abri des regards masculins. Cela ne m'avait guère pris plus de quelques minutes, cependant à peine sortie de mon antre, le soleil dorénavant plus haut dans le ciel venait lécher mes traits fins telles de fines lames brûlantes, comme si nous avions soudain franchi la frontière d'un micro-climat. Je fermais alors les yeux, la respiration profonde, pour me délecter -extatique- de cette douce sensation quelques instant durant. J'étais de retour chez moi. Bien sûr, j'aimais ma vie à Ibbenholt, la capitale m'offrant tout ce que j'avais toujours désiré ou presque, mais mon installation était encore trop récente, trop partielle, et ce n'était en rien comparable avec l'île qui m'avait vue grandir même si pourtant, je l'avais autrefois laissée sans aucun remords. C'était étrange, c'était comme s'il m'avait fallut la quitter pour l'aimer davantage.
Une voix grave me tirait de ma rêverie. « Le port est en vue, ma Dame. » Je tournais mes yeux émeraudes vers le timonier, le remerciant pour cette information d'un hochement de tête, et cherchais dès lors l'amant du regard. « A la proue, ma Dame... » ajoutait-il, comme s'il devinait mes pensées, avant de s'incliner d'un air entendu et retourner à son poste.

La démarche féline, je me rapprochais de la silhouette de l'amant qui se dessinait à l'autre bout du pont, le tissu ma robe à dos nu virevoltant au rythme de mes pas, et une fois à sa hauteur je venais poser une main délicate au creux de ses reins, pour lui signifier ma présence. Je le sentais tendu mais il était là pour vaincre les démons de son passé alors, je comprenais. Même si j'ignorais ce qu'il avait vécu ici, je savais néanmoins à quel point cette île pouvait être le théâtre d'horreurs sans noms, et je me rappelais alors mon propre passé. A sa place aussi je serais tendue, comme je l'étais le jour où j'avais empoisonné l'homme qui m'avait élevée.
M'accoudant au bastingage, le regard perdu à l'horizon et les pensées hantées par de sombres souvenirs, je le laissais déblatérer sur le peuple de Sade sans piper mot. Je n'avais aucun avis à émettre sur ce sujet, il n'avait pas tout à fait tort et il n'avait pourtant pas tout à fait raison non plus, j'en étais la preuve, aussi préférais-je rester neutre de toute opinion. Au bout d'un moment, il s'agitait à mes côtés, tel un chien qui aurait des puces tandis que, d'un calme Olympien, je restais stoïque à fixer le port qui se dessinait nettement à l'horizon. Nous n'étions vraiment plus très loin, et c'était tout ce qui me préoccupait car, si la traversée n'avait pas été de tout repos, j'avais l'intuition que le séjour serait encore pire.  « Il est au courant de notre venue ? »  tournant la tête vers l'amant, je répondais par un léger sourire en coin avant de reporter mon regard au loin vers l'écume. « Qu’est-ce que tu comptes lui dire ? Vais-je devoir aller musser ma sale gueule dans quelque auberge ou vas-tu me présenter en tant que cerbère personnel ? »  Un petit rire m'échappait. « Oh tu pourrais aller à L'Amarante de ma part, je suis sûre que tu y serais très bien reçu. Mais... Cela voudrait dire que je devrais virer d'innombrables putains hors de ton lit lorsque je voudrais rejoindre tes draps en plein milieu de la nuit et... » Et je n'étais pas sûre de pouvoir le supporter. Se douter qu'il en baisait d'autres était une chose, être devant le fait accompli en était une autre. « … Ce serait une perte de temps considérable sur une nuit déjà bien assez courte. » concluais-je, le regard empli de malice.

La vérité était que je ne savais quoi dire à Dokan. Il n'était -à priori- pas assez ignare pour croire aux balivernes du garde du corps, et je ne pouvais pas non plus lui avouer la vérité auquel cas, je devais m'attendre à ce qu'il me jette mes sentiments pour Dante à la figure. Et puis, en plus de cela, je n'aimais pas lui mentir. Levant les yeux au ciel, je laissais échapper un soupir. Avais-je vraiment le choix ?

« Je vais lui dire que tu es mon garde du corps et... J'improviserai sur place. » lâchais-je. Intérieurement, je réfléchissais déjà à la meilleure manière de lui présenter les choses. Lui avouer les menaces des Mercantes, éventuellement en rajouter un tantinet, et insister sur les récents événements qui avaient secoué Ibbenholt ces dernières semaines devraient suffire à le persuader que je craignais pour ma sécurité et que, de fait, j'avais concédé à renier pour un temps mon aversion concernant une garde rapprochée mais je n'étais pas complètement sûre de moi. J'étais une très mauvaise menteuse face à l'époux, et j'allais devoir réaliser une prouesse si je voulais le convaincre.

Le bateau appareillait, et le reste de l'équipage ne tardait pas à rejoindre les auberges du coin pour s'adonner à leur passe-temps favoris à savoir, forniquer avec la première gourgandine prête à écarter les cuisses pour quelques pièces. Pour ma part, il était temps d'entrainer Dante dans le dédale de venelles qui serpentait au travers la capitale de l'île. Au détour d'une rue, nous passions devant une échoppe de chocolat, la meilleure des environs, et j'en profitais pour rompre le silence. « Tu as déjà goûté du chocolat ? » demandais-je, sincèrement curieuse. Si ma question pouvait le surprendre, sa réponse en revanche ne m'étonnait guère quant à elle. « Hm. Je t'en ferais goûter, plus tard... Étalé sur mon corps nu... Tu verras comme c'est délectable. » ajoutais-je, d'une voix qui se voulait volontairement sensuelle. Je n'allais pas tarder à retrouver mon mari, et je n'aurais plus souvent l'occasion d'attiser le désir de l'amant de la sorte, aussi, j'entendais bien pouvoir en profiter un peu.


Le chemin arpenté continuait au travers du marché exotique. Ici, on pouvait trouver tout ce que l'on n'osait désirer dans ses rêves les plus fous... Du venin de serpent, au serpent lui-même, des soies hors de prix, ou des bijoux de mauvaise facture. J'avais l'impression que cela faisait une éternité que je n'y avais pas mis les pieds et pourtant, rien n'avait changé, à part peut-être les vendeurs. Certains avaient sans doute rendu l'âme, égorgés ou éventrés au fond d'une ruelle adjacente par un concurrent qui voulait gagner la course au meilleur emplacement. Ici, il n'y avait aucune règle, tout se réglait par le sang, ou l'argent, et ceux qui se voulaient plus intelligents en tentant diverses manigances ne faisaient guère long feu. Rien en commun avec Ibbenholt en somme.

Enfin, au bout de presque une heure de marche, nous arrivions à destination, à l'orée de la jungle Sadéenne. C'était là, bien en dehors des rues, que s'érigeait la demeure de la famille Darkmean, dont Dokan avait la jouissance en tant qu'unique héritier. La bâtisse était imposante et puait la richesse, bien plus que la résidence secondaire dans laquelle j'avais pris mes aises à Ibbenholt. Je ne l'avais jamais remarqué avant mais aujourd'hui, je trouvais cet étalement de richesses presque indécent. M'arrêtant à quelques mètre de l'entrée, je me tournais vers l'amant. « Nous y sommes. Prêt pour le rôle du chien de garde ?» ironisais-je en m'approchant doucement de lui. Puis, l'attirant tout contre moi, je déposais mes lèvres sur les siennes, pour un baiser passionné digne d'une séance ''d'après sexe''. « Un dernier pour la route ! » soufflais-je, avant de me diriger vers l'entrée d'un pas assuré.

A l'intérieur, il faisait plus frais et je devais avouer que ce n'était pas pour me déplaire. Quelque chose avait changé en moi avec l'éloignement, et je n'étais plus habituée à la chaleur de Sade, entre autres choses. J'invitais Dante à entrer dans le petit salon jouxtant le hall, quand des pas résonnaient dans les escaliers. Dokan et sa démarche aérienne faisaient leur entrée, le sourire aux lèvres. En bonne épouse, je me laissais aller dans ses bras, imaginant le regard de l'amant sur mon dos dénudé. « Chéri, laisse-moi te présenter Dante. C'est mon garde du corps. Dante, je vous présente mon époux, Dokan. »

L'époux en question me lançait un regard interrogateur et soupçonneux mais, en bon bourgeois qui savait soigner ses invités, il s'empressait de saluer celui qu'il ignorait être mon amant, remettant l'heure de l'interrogatoire à plus tard. « Ce long voyage a dû vous épuiser, puis-je vous offrir un rafraîchissement ? » demandait-il le plus naturellement du monde. « Oui, c'est une bonne idée, répondais-je un peu trop rapidement, mais chéri, je tiens à préciser que Dante a assuré ma sécurité jusqu'ici et, je l'ai donc invité à séjourner chez nous mais, je ne risque pas grand chose sur Sade, à priori, alors... Il pourra s'occuper, avoir du temps libre...  Il est notre invité. Essaie donc de ne pas l'accaparer ou l'obliger à te faire la conversation. »

La scène me semblait surréaliste, et j'étais mal à l'aise mais malheureusement pour moi, je n'étais pas au bout de mes peines. La mari souriait, amusé. Sans doute devait-il mettre mon malaise sur le compte de la chaleur, ou de mon aversion pour une garde rapprochée, toujours est-il qu'il promettait d'essayer, et s'éclipsait bien vite pour aller chercher de quoi nous désaltérer. Sitôt avait-il quitté la pièce, que je prenais place dans l'un des fauteuils, jambes croisées et légèrement dénudées, les bras allongés sur chacun des accoudoirs, presque impérieuse. Les pupilles émeraudes contemplaient celles d'acier un moment, en silence. « C'est tellement étrange, de te voir dans ce décor. Je n'aurais jamais cru que ça puisse arriver un jour. » annonçais-je, le ton posé. Puis, un léger rire nerveux me secouait. « Tu sais ce que c'est le pire ? C'est que je suis sûre qu'il t'apprécie ! Il a toujours voulu que j'aie un garde, lui aussi... »




Je saurai te tailler un manteau, de façon barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon, qui, comme une guérite, enfermera tes charmes; non de perles brodé, mais de toutes mes larmes. Ta robe, ce sera mon désir, frémissant, onduleux, mon désir qui monte et qui descend, aux pointes se balance, aux vallons se repose, et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose. #6B854B
kiss me hard before you go

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Cerbère des Bas-Fonds

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)   Ven 6 Juin - 12:16

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Love will tear us apart.
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L'immense demeure devant laquelle ils parvinrent lui fit l'effet d'une nasarde. Jamais, pas même en tout Middholt, il n'avait vu pareil amas d'opulence réuni en un seul biotope. Tout ne semblait qu'être rogue expectorée à la figure du quidam, mais si l'ensemble manquait clairement de goût ‒ même pour l'indigent prince ‒, il se prit, non sans une aise de maraud, à s'imaginer fouler bâtisse en maître et propriétaire aux bras de la vénus, fier, orgueilleux et impérial seigneur marchand de cet archipel du vice. Oui. Cette douce litanie lui effleura l'esprit, puisque de sa cupidité, jamais il ne se défaisait, inlassablement affamé, assidûment envieux. Dokan était en ce sens le Némésis ultime de Dante, qu'il possédait à peu près tout ce dont le chasseur rêvait : du manoir à la richesse, en passant par la plantureuse épouse dont même les dieux se seraient parjurés pour ne serait-ce qu'effleurer sa carne. La belle venait d'ailleurs tout contre lui pour arracher une valse de lippes à laquelle il répondit d'un stupre à l'orée du mécanisme. Il ne pouvait décemment pas l'embrasser aux portes de ce pandémonium, quand bien même fût-il possédé par son entier désir et son plus igné magma, l'endroit ne se portait guère aux jubilés. Il ne craignait pas le regard indiscret ‒ et par conséquent inquisiteur ‒ du cocufié, mais Sade en elle-même mussait et endiguait les pulsions charnelles de Firebeard tant l’entièreté de son encéphale s'embrigadait dans quelque rugissement de cor ; une longue plainte sans cesse retournée dans le crâne du molosse et qui ne vêtait pour tout couplet l’aubade vengeresse. Ici ou ailleurs, dans ce royaume taraudant, il ne serait en paix qu'une fois sa besogne accomplie.

La touffeur fit bientôt place au calice de la fraicheur, et si le derme masculin apprécia la grâce faite, les orbes diaphanes du Cerbère ne trouvèrent aucun répit à inhaler, cherchant du regard une carrure qui se présenta bien assez tôt devant eux. S'il avait cru pouvoir faire montre d'une parfaite maîtrise et indifférence face au mercanti, le belliciste dut se constater polichinelle de nombreux filaments sibyllins. Sa mâchoire se contractura, sa poigne se raffermit contre le manche de son épée, et ses iris, inévitablement, se modulèrent en une roideur de fer. Littéralement. Dagoth, prenant pitié de son fils, lui permit effectivement cet exploit dont il était toutefois coutumier. Son phonème, unique, glaça une atmosphère déjà bien éthérée de la pesanteur extérieure. « Ravi. » Ni hochement de tête, ni quelconque autre aménité, il supputa en son for que pareille austérité́ serait indue à l'acier de sa vocation. Après tout, un homme de garde se devait de garder, et non pas conspuer une kyrielle de propos dignes du plus éloquent des rhapsodes. Aussi devint-il gargouille inerte, lorsque les timbres des époux fusèrent chacun leur tour, mirant la carrure de Dokan s'éloigner, puis celle de Zentha reprendre, telle reine en son palais, possession des lieux. S'il s'avoua séduit par la prestance qu'elle dégageait sur son trône de confort, il n'en restait pas moins muet, figure morose de laquelle lui-même se serait moqué, s'il avait été un badaud de telle farce. Le mari loin, la féline retroussait à nouveau ses babines pour articuler un verbe qu'il n'écouta qu'à moitié. Car toute occupée qu'elle était à discourir, Dante faisait quelques pas dans la pièce en scrutant chaque objet, meuble, ornement ou même issue que possédaient les entrailles de cette gentilhommière. Par quel huis le Darkmean serait-il susceptible de lui échapper, lorsque, enfin, viendrait l'heure où la lame punitive s'abattait contre sa nuque ? Les bottes cliquetèrent des sangles avec un sinistre de fossoyeur, avant de faire halte face à la tangara. « Fascinant. » Qu'il partageât ou non les mêmes aspirations que Dokan importait peu au reître, pis, même, du fond de son mépris, il s'en sentait fort injurié. D'une inspiration narquoise, il paracheva. « M'est avis que ton époux n'apprécie que sa queue. » Des plus odieux, il sourcilla avec emphase en embrassant le décor d'un long examen. « Et tout le foutre d'or qui en gicle. » Il gracia la madone d'une pléthore d'autres obscénités comme il entendait les pas revenir à eux. A retard, il tourna talons pour mieux lorgner le mâle qui faisait indubitablement trop d'ombre à sa virile gloriole. « Trop aimable à vous », gratifia-t-il cependant l'hôte en jetant sur lesdits rafraichissements une attention minime, d'un air remarquablement travaillé depuis son arrivée fielleuse en ce manoir. Il soudoya même sa gueule de squale pour lacérer le tout d'un sourire courtois. « Mais j'ai à faire. Avec la permission de madame, j'aimerais prendre congé. J'ai quelques connaissances chez qui rendre visite et je crains manquer de temps pour tous les saluer. Aussi n'aimerais-je guère perdre une seule seconde de plus, malgré l'idyllique compagnie offerte entre ces murs. » Voici que le faquin devenait roi du volubile. A croire que sous les strates de crasse se cachait une gemme des plus fine, polie et ciselée avec attention au fil des hivers, mais rendue bien vaine dans les bas-fonds sur lesquels il veillait. Il chamarra un peu plus ses commissures d'une risette obséquieuse, puis gauchit l'échine vers Zorael afin de recueillir la fameuse permission que tous deux savaient fallacieuse. Après un court instant à se jauger tous deux, elle descella sa pulpe pour annoncer le verdict : il pouvait bel et bien aller vaquer. On lui indiqua dans quels appartements ils pourrait par la suite venir gîter, puis il salua l'un et l'autre, et sortit.

Il ne revint qu'une fois l'astre de braises étouffé dans son lit, sa jumelle la Nacrée nichait alors haut dans les cieux et la moiteur, plus humide qu'en journée, allait jusqu'à perler les murs en chaux d'une sueur minérale. Il ne traversa guère l'huisserie principale pour éviter tout témoin de son retour, se contentant d'entrer par l'une des portes du personnel qui le mena tout droit dans les cuisines. Il ne croisa ni domestique, ni esclave, incertain du fait que la maisonnée abritait bel et bien des serviteurs, ou s'ils étaient déjà tous partis sommeiller à poings fermés dans leurs chaumières et couches. D'un pas pesant, il traversa les divers corridors, se perdit un moment, puis recouvra un semblant d'orientation jusqu'à parvenir à débusquer l'huis de ses appartements. Plus par déduction que réelle intuition ; il y avait devant la porte quelque monticule de serviettes, soieries ou même mets que l'on ne déposait en aumône que dans l'attente d'un convive. Il ne se serait, de toute manière, jamais vu dîner en compagnie de Zentha et de son séide, quand bien même la tablée eût-elle foisonné de plats succulents et inégalables dans tout le continent. Quelque part, il s'était rassasié à sa manière, en tranchant deux jugulaires qui avaient nourries sa lame. Deux noms sur la liste, mais deux spectres de piètre valeur dont il avait, dès son premier jour, voulu se débarrasser comme de déchets sur la voie publique. Un bâtard d'Oligarque du nom de Théos, qui, six mois durant, l'avait sorti des arènes pour en faire un divertissement de banquet, rendant le molosse pour ce qu'il était, et l'obligeant à mettre à mort, par quelque pathétique spectacle, d'autres esclaves tirés au sort. Le second n'était que le geôlier du ludus duquel on l'avait extirpé, grossiste de gladiateurs à ses heures perdues qui, contre de coquettes sommes, revendait les combattants à de riches effigies telles que Théos. Il les avait lentement saignés, ils les avait longuement observés agoniser dans les borborygmes purpurins, mais le second, plus farouche et diablement revêche, lui avait entaillé l'abdomen d'une blessure qui suppurait encore de sa liqueur chaude. Quand bien même il avait fait attention à ne guère encrasser le parterre rutilant de la résidence, quelques gouttes éparses s'étaient évadées de sous sa paume pour venir choir avec morgue. Il ne récolta donc que les serviettes mises à disposition, pressa la poignée et s'engouffra dans l'antre si généreusement allégué. Le reflet dans le long miroir tout de dorures sculpté lui renvoya la stature d'un pauvre hère poisseux et couvert de sang, mais l'éclat qui vacillait dans ses calots n'avait rien de miséreux. Plus régalien que le plus impérial des suzerains, il transperçait la pénombre d'une arrogance de faucheur. Néanmoins loin d'être l'égal d'un démiurge, il ne récoltait que les affres de la mortalité, la douleur de sa lacération lui arrachant un rictus qui lui fit découvrir la plaie. Profonde et insolente, elle le narguait contre son épigastre. D'une torsion de bouche, il recula jusqu'à rejoindre l'immense lit à baldaquin et se dévêtit des étoffes ceignant son buste pour ne laisser finalement qu'un torse dénudé duquel il tâta avec précaution, et du bout des doigts, la balafre vermeil. Si cette chienne de meurtrissure restait lancinante, elle ne l'inquiétait toutefois pas plus que ses habituelles esquintes, aussi enfourna-t-il sa patte dans une poche de pardessus pour en retirer une aiguille de couture et du fil de jute qu'il gardait toujours enroulés dans une petite doublure. Maintes fois, ces maigres bricoles lui avaient sauvé la vie. Et aux quatre enfers l'asepsie, fallait-il croire.


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Succube nantie d'Ibenholt

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)   Lun 9 Juin - 1:18

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Love will tear us apart.
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La pose toujours impérieuse j'entendais, plus que je n'écoutais, l'amant déblatérer des obscénités au sujet de l'époux. Je ne pouvais guère le défendre car les propos avaient beau être impudents, ils étaient tout de même empreints d'une véracité éloquente. Aussi préférais-je me taire, me complaisant dans une indifférence feinte.
Les pas de Dokan résonnaient une fois encore dans le hall et il ne tardait pas à réapparaître, plateau entre les mains, avec des verres et une carafe d'infusion glacée aux plantes du coin, rafraîchissement de premier choix sur Sade. Toutefois, Dante déclinait la proposition, prétextant dans un langage des plus raffinés, avoir quelques connaissances à qui rendre visite. Son élocution soudain si polie et élégante m'arrachait un sourire en coin, c'est qu'il était décidément plein de surprises ! D'ailleurs, c'était l'une des choses que j'affectionnais particulièrement chez lui, personnage aux milles facettes, entouré de mystères, il ne cessait jamais de me surprendre. Aucune routine ni habitudes n'étaient permises, entretenant la flamme sacrée qui brûlait entre mes reins comme personne d'autre n'en était capable. Puis, courbant l'échine, il captait mon regard pénétrant et, en bon chien de garde, faisait mine d'attendre ma permission. Je laissais planer le doute quelques instants, pure action théâtrale, et entrouvrais alors les lippes pour lui concéder la captieuse approbation.

Une fois l'amant parti vaquer à ses occupations personnelles, le mari nous servait à chacun un verre d'infusion et prenait place sur le fauteuil face au mien, le visage fendu d'un sourire narquois. Il avait une question, je le savais, il prenait toujours cet air niais quand il en avait une à laquelle il se doutait que je ne voulais pas répondre. Refusant de l'aider à entamer la discussion, je me contentais de l'ignorer en sirotant lentement ma décoction, le menton fier, et l'attitude presque hautaine, quand le couperet tranchant tombait enfin. « Il est ton amant n'est-ce pas ? » demandait-il, sur un ton qui n'avait absolument rien d'interrogatif. Essayant de garder mon visage vierge de toute expression pouvant me trahir, je venais planter mes émeraudes dans ses yeux clairs avant d'entrouvrir les lèvres avec flegme. « Crois-tu vraiment que s'il était mon amant, je l'amènerais sous notre toit ? » le questionnais-je à mon tour, les sourcils relevés. Le paradoxe voulait que notre mariage libre subisse pléthore de règles, l'une d'elles étant que nous ne devions inviter ni amant ni maîtresse dans la demeure conjugale, en dehors de nos soirées dépravées bien entendu. Il accusait le coup et, la moue sceptique, il semblait réfléchir quelques instants mais en réalité, il savait exactement où il désirait en venir, il le savait même depuis le début, sa première remarque n'étant que simple diversion pour une entrée en matière qui se voulait en apparence délicate. « Oui. Je le crois. Si tu étais amoureuse... » lâchait-il finalement. Voilà, nous y étions. Ceci-dit, je n'avais pas imaginé l'interrogatoire si vite arrivé. Je prenais mon temps pour répondre, il fallait que je réfléchisse à la meilleure défense possible. En bon manipulateur qui avait les tripes rongées par la peur de me voir m'enticher d'un autre, il ne faisait que prêcher le faux, dans le vain espoir que je laisserai échapper une réaction pouvant le mener au chemin de la vérité. Malheureusement pour lui, il m'avait bien appris les leçons du jeu de dupes et l'on savait tous qu'un jour, l'élève finissait par  dépasser le Maître. L'inspiration se faisait profonde et les lèvres s'élargissaient en un fin sourire carnassier. « Ai-je l'air amoureuse... De qui que ce soit ? » interrogeais-je d'une voix sirupeuse et aussitôt, un rire lui échappait. Bien, la réponse semblait le satisfaire et je me félicitais intérieurement de mon audace. Fin de l'interlude. Le mari se levait finalement pour venir se poser, genoux à terre, au pied de mon trône. Ses mains remontaient lentement le long de mes mollets, tandis que sa bouche venait goûter à mes cuisses dénudées. Je profitais de ce moment tout à fait délectable en soupirant et, tendrement je caressais sa crinière sombre, soulagée d'avoir réussi à dissiper ses doutes -pour l'instant.

Le soir venu, allongée sous les draps dans les bras de l'époux, je ne trouvais pas le sommeil, repensant à notre conversation durant le dîner. Je lui avais confié les menaces directes des Mercantes, et mon sentiment d'insécurité face aux récents événements qui avaient secoué Middholt, justifiant alors la présence de Dante à mes côtés en attendant une garde plus fournie. Si lors de mon discours j'avais quelque peu surjoué mon inquiétude, je commençais toutefois à me dire qu'une part de moi avait -il était vrai- réellement peur, même si je n'avais osé l'avouer jusque là. Aussi, n'étais-je pas mécontente d'avoir réussi à obtenir de Sylarne Clanfell le prêt de quelques manteaux d'écarlate dès mon retour de Sade. Ma sûreté étant prétexte à discorde je ne l'avais pas encore annoncé à l'amant, j'aimais bien trop le voir se tourmenter à mon sujet, même si pour l'heure, c'était moi qui m'en faisait pour lui. Quand enfin, j'entendais la porte de sa chambre se refermer, je n'hésitais pas longtemps avant de me soustraire à l'étreinte de l'époux profondément endormi pour le rejoindre.
Sitôt le panneau de bois poussé, je balayais la pièce du regard jusqu'à ce que mes yeux rencontrent le corps dénudé de Dante, visiblement en pleine séance de couture. Je l'observais quelques instants avant de secouer la tête en soupirant. « Je me demande si un jour tu me reviendras sans arborer une nouvelle balafre ! » glissais-je sans préambule, en refermant derrière moi. M'avançant un peu, j'attrapais au passage une serviette que je déposais dans le petit bassin de cuivre, destiné à la toilette, qui reposait sur la commode près de l'entrée. Lentement, je versais la moitié du contenu de la cruche par dessus,  et j'essorais légèrement le linge avant de me retourner vers l'amant. « Viens là et laisses-moi faire. » lui ordonnais-je, en m'approchant doucement jusqu'à ce que nos silhouettes se rejoignent et, d'un geste délicat, je déposais du plat de la main le tissu humide sur la plaie béante. Mon autre main venait s'accrocher à sa hanche tandis que mon front s'abaissait contre le torse nu. Il était là, il était revenu, presque entier et je sentais la tension qui m'avait accaparée toute la soirée enfin s'en aller. Sade était une ville dangereuse, surtout pour quelqu'un qui avait des démons à combattre et pour la première fois depuis notre rencontre, j'avais envisagé ne pas le voir me revenir. Cela m'avait bouffé le sommeil et les boyaux voire pire, le cœur. Je restais silencieuse un moment, savourant sa proximité, et relevais la tête pour planter mes billes dans les siennes. Je ne voulais pas lui avouer ce que j'avais ressenti ce soir mais de toutes manières, était-ce bien utile de parler quand les silences étaient aussi éloquents ? Reprenant contenance, je reculais légèrement en retirant la serviette. « Allez, allonges-toi sur le lit, je vais te recoudre avant que tu ne fasses un massacre. »

Je remettais le linge dans la bassine et extirpais du premier tiroir de la commode un petit pot rempli d'une sorte de mixture verdâtre en revenant d'un pas assuré vers l'amant. Soulevant les pans de ma chemise de nuit, je venais le chevaucher avec grâce et une fois installée confortablement, je m'emparais du fil et de l'aiguille. « Essaies de ne pas hurler, sinon c'est Dokan qui viendra te recoudre... » plaisantais-je pour détendre l'atmosphère juste avant de planter la pointe fine dans la chair. Je m'appliquais à la tâche avec une intense concentration mais je ne cherchais pas à lui éviter la souffrance, c'était bien impossible et puis, je n'étais pas du genre compatissante pour ce genre de choses, je m'employais juste à ce que ce soit propre et le plus régulier possible, c'était tout ce qui m'importait. Une fois la torture terminée, je soupirais d'aise, et un petit sourire se dessinait sur mes lèvres charnues. Pour quelqu'un qui n'avait jamais cousu autre matière que du tissu, je trouvais le résultat plutôt satisfaisant. J'attrapais alors le petit pot et trempais les doigts dans l'espèce de pâte verdâtre. « C'est de l'argile verte » expliquais-je en commençant à l'appliquer délicatement sur la suture. « D'habitude ce sont les dames invitées qui s'en servent, c'est formidable pour les cheveux et ça laisse la peau douce... Mais dans ton cas, ça va surtout t'aider à éviter une sale infection et à guérir plus vite. » Le cataplasme soigneusement appliqué, je frottais mes mains l'une contre l'autre pour en chasser l'argile et contemplais l'amant sous moi quelques instants. Je voulais qu'il me raconte qui lui avait fait ça, mais je savais qu'il n'en dirait rien. Déjà lorsqu'il s'agissait de son travail il n'était guère loquace, alors là que c'était personnel… « Exorciser ses démons laisse des traces n'est-ce pas ? … Tu te sens mieux ? » demandais-je doucement.
Je ne parlais pas de sa plaie, il s'en doutait bien. J'étais on ne pouvait mieux placée pour savoir ce qu'était qu'avoir un passé dérangeant, et je connaissais la sensation que procurait le fait de se débarrasser de ces monstres qui nous hantait. Cela faisait du bien et pourtant, c'était comme si ce n'était pas suffisant. Comme s'il manquait quelque chose d'autre, que la souffrance ou la mort du bourreau n'était pas une  expiation convenable.




Je saurai te tailler un manteau, de façon barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon, qui, comme une guérite, enfermera tes charmes; non de perles brodé, mais de toutes mes larmes. Ta robe, ce sera mon désir, frémissant, onduleux, mon désir qui monte et qui descend, aux pointes se balance, aux vallons se repose, et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose. #6B854B
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)   Jeu 12 Juin - 2:58

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Love will tear us apart.
zentha & dante
La venue fit percer une bise de fraîcheur et de fragrance qui alerta subito le belliciste, redressant son faciès crasseux pour chercher de ses orbes une quelconque trace d’effigie. Car si l’harassement lestait bel et bien ses muscles, ses sens, alertes, le restaient toutefois. Mais en contemplant le portrait de la madone, les épaules de Firebeard semblèrent se tasser avec pesanteur, endiguant sur ses ridules toute trombe d’émotivité qui aurait pu témoigner de la moindre salve affective. Il avait simplement l’air épuisé. Distant malgré le réel soulagement de voir la félidée pénétrer en son antre. Sourcillant, il répliqua malgré tout. « Je me le demande aussi. » Nulle chair de son corps n’était épargnée de stigmates, tapissant sa carne comme l’encre de lettrines l’aurait fait sur quelque manuscrit, épaississant à chaque nouvelle lunaison la lande dermique du reître, qui, pourtant, ne voyait en cette sinistre manifestation que le produit d’une besogne rondement menée. Un tribut pour ses actes, aussi hideux que galvanisant. Et l’aiguille, piteusement, tentait de sceller le dernier témoignage en date. La belle s’approcha néanmoins, interrompant l’acte chirurgical de l’homme qui, tirant une ultime fois sur le fil pour refermer le deuxième point, leva sa mâchoire hirsute pour scruter Zentha et sa prodigieuse douceur capable d’apaiser la plus retorse de bêtes ; autrement dit lui. Il s’alanguissait parfois de la quintessence féminine dégagée par la vénusté, autant dans les valons de sa courbure que sur les reliefs de son cœur, une tendresse qu’il ne laissait que trop peu germer chez ses autres compagnes, et qu’il déifiait pourtant chez elle. La façon qu’elle avait de le regarder. La façon qu’elle avait de lui parler. La façon dont elle posait à cet instant le tissu imbibé sur ses flétrissures, comme une matrice panse son enfançon, ou comme une louve lèche les plaies de son mâle. Il aimait ses manières. Et il l’aimait plus encore elle. Aussi cajola-t-il son crin d’onyx lorsqu’elle vint à poser sa tête contre son torse, d’une patte qui, infiniment docile, sembla fortifier l’émoi du dogue. « Pardonne-moi. » Ses lèvres se murent en un susurrement inaudible tandis que son émail se contracturait férocement. Il ne savait lui-même plus s’il demandait grâce pour son effronterie nocturne, ou pour les prochains forfaits qu’il allait commettre. Il savait n’avoir plus que quatre noms à rayer, à abolir de la gueule même de sa lame, et le dernier serait le mari qu’elle venait tout juste de quitter. Un époux dont il la savait éprise, et, malgré l’inégalable jouissance qu’il allait incontestablement prendre à trancher la gorge de ce rat, son assassinat ne manquerait certainement pas d’ébranler sa maîtresse. S’il était prêt à tourmenter la terre entière, la tanagra ci-présente restait, et resterait à jamais, l’emblème immaculé de son exclusive mansuétude. Il ne pouvait décemment pas la faire souffrir autrement que par de quelconques traces charnelles. Atteindre son essence, par quelque sombre torture, lui était impensable…

Ils se désunirent enfin lorsque, discipliné, il agréa rejoindre la couche pour laisser œuvrer les fines mains de Zentha en lui léguant l’aiguille pour toute obole. Une fois alité, il lacéra une risette sur ses lèvres comme la tigresse venait à le chevaucher de la plus licencieuse des manières, exhortant chez le blessé plus de stupre que de réel désarroi, l’ensemble retombant néanmoins comme cataracte d’eau à l’énoncé du patronyme honni. L’idée que Dokan puisse prendre la place de la libertine à ce moment même fit liquéfier le moindre sourire chez  Firebeard. Aussi persista-t-il à rester taciturne tout au long de la couture, ne pipant ni syllabe, ni n’exprimant grimace, fixant de ses calots placides les voutes du baldaquin nichant au-dessus d’eux. La besogne terminée, il contempla le résultat et se risqua à soulever ses babines. « Pas mal. » Force était de constater que, outre les étoffes qu’elle achalandait depuis les dieux seuls savaient combien de lunes, elle était apte à suturer la plus invraisemblable des cotonnades ; à savoir son derme. Observant alors la sibylline panacée aux tons olivâtres, il ne put s’empêcher une sempiternelle galéjade. « C’est à peu près comme ça que j’imaginais les fèces de dragons… » Le nez plissé sur les phalanges verdâtres de Zorael, il entendit l'exégèse à laquelle il répondit tout de go, levant sur elle des billes ignées. « Eh bien… tu en sais, des choses, pour une marchande. » Si d’aucuns auraient pu discerner là quelque basse morgue, chez lui, et par la spontanéité de ses lazurites, rien ne put mieux consolider son adoration réelle. Elle était véritablement pleine de surprises, toutes plus plurales les unes des autres. Une fois fait, et sous l’interrogation, il répliqua simplement. « Mieux. » Branlant du chef avec frugalité, avant d’élever ses paumes avec douceur le long des cuisses qu’il dénuda par son simple geste. « Enfin… » Il constatait cette insatisfaction qui grondait encore en son sein malgré le cruor fauché en cette funeste nuit. Cette ivresse qu’il pensait pouvoir moissonner durant ses vindictes n’avait été qu’ersatz de consolation, et ne restait finalement qu’un étrange goût amer et insipide à rouler contre son palais. La vengeance n’était pas si suave, plus qu’un plat froid, elle était un mets faisandé que l’on s’efforçait d’avaler en se persuadant de sa succulence. « Je crois que je serai pleinement rassasié une fois que j’aurai achevé ce pensum. » L’une de ses pattes s’égara plus loin sur le fessier, s’alanguissant à travers la courbe sur laquelle il griffa un seul et doux sillon. « Viens t’allonger auprès de moi. » Il escorta sa requête d’une faible pression de l’index contre l’autre cuisse, la conduisant sciemment à opter pour son flanc gauche contre lequel il la voulait. Un bruissement de draps suivit et il la recueillit dans la geôle captative de son bras noueux, tandis que l’autre, aérien, faisait aller et venir ses griffes sur la carnation opaline de sa compagne. « Demain. Demain, tout sera terminé. On pourra lever l’ancre et retourner à Ibenholt, retourner à notre vie… la tienne n’est pas ici, tu t’en rends compte n’est-ce pas ? » Il gauchit de la nuque pour baisser son regard sur l’albâtre du minois. « Tu n’es, dans cette demeure, qu’un colifichet de plus. Une parure qui comble sa collection. Si j’avais ses richesses, je ferais de toi ma reine et non pas ma couronne sertie de gemmes. Je ferais des erreurs comme tout homme en cette terre, je n’en doute pas… » Il lui caressa la sculpture de sa gorge et ses doigts s’évadèrent dans la chute du décolleté. « Mais je te chérirais à l’égal des cieux chérissant les astres. T’aime-t-il de cette manière, lui ? Penses-tu qu’il soit capable de te voir comme je le fais…? » Dépourvu d’arrogance, il détachait son verbe par une noble probité jusqu’alors enfouie derrière ses strates sanguinaires. Après une longue contemplation, il bascula des épaules pour mieux s’appesantir contre la madone, entachant de fait le déshabillé de la belle auquel il ne porta aucune attention. Le creux de sa main s’attarda dans la toison d’ébène et ses orbes cherchèrent leurs jumeaux avec fièvre. « Épouse-moi. » S’il savait délibérément cette quête comme fourvoyée, il ne put s’empêcher de l’édicter, tel l’insecte attiré par les flammes, incapable – indocile – de se laisser raisonner par quelque argutie.


you won't be leaving here unharmed
This life, which had been the tomb of his virtue and of his honour, is but a walking shadow; a poor player, that struts and frets his hour upon the stage, and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing.

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)   Lun 16 Juin - 1:48

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Love will tear us apart.
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Ses mains se faisaient douces, s'alanguissant avec érotisme sur mes cuisses tandis que ses lèvres licencieuses confiaient une certaine amélioration qui me laissait toutefois perplexe. J'accueillais avec volupté ses caresses mais au fond, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'elles n'étaient peut-être que prétexte à me distraire pour ainsi attirer mon attention ailleurs que sur la conversation qui était trop personnelle, trop intime pour lui.  Si tel était le cas, je ne lui en tenais pas rigueur car sans doute aurais-je utilisé le même stratagème à sa place.
Il m'invitait à rejoindre tendrement ses bras et je n'avais pas à hésiter longtemps avant d'obtempérer, me laissant guider par la pression de son index me montrant le chemin à suivre. Mon corps ainsi collé tout contre le sien, je calais doucement ma tête dans le creux de son épaule et poussais un soupir d'extase. Ces instants d'affection pure étaient si rares que je les chérissais autant que je le pouvais, comme s'il ne devait jamais y en avoir d'autres.  « Demain. Demain, tout sera terminé. On pourra lever l’ancre et retourner à Ibenholt, retourner à notre vie… la tienne n’est pas ici, tu t’en rends compte n’est-ce pas ? » je gardais le silence un moment, incapable de répliquer tant ma bouche se faisait sèche. Inconsciemment, ou consciemment peut-être, Dante venait de mettre le doigt sur la question qui m'avait hantée depuis mon arrivée. Etais-je toujours chez moi, ici, en ces terres qui m'avaient vue grandir ? Et pire, l'avais-je été un jour ?
A mon arrivée à Ibenholt, je m'étais sentie comme une étrangère, je n'avais rien en commun avec les gens du continent et ils me le faisaient bien remarquer, d'ailleurs. Encore aujourd'hui, j'étais celle qui venait de l'île pécheresse et l'on jugeait ma beauté exotique et mes mœurs scandaleuses. Cela ne m'avait jamais dérangée jusqu'ici, me répétant sans cesse que ma véritable maison se trouvait bien loin de là, aux abords d'une forêt enchanteresse faite de mille couleurs et que bientôt, je retrouverais. Mais plus le temps avait passé, et moins je me sentais à ma place en cette demeure indécente de richesses qui finalement, n'étaient pas vraiment miennes. Ici, je n'étais que la femme de Dokan Darkmean, petite fille pauvre et malmenée par un père offensant, qui ne devait sa réussite matérielle qu'à un mariage bien pensé. Alors que pendant ce temps, à Ibenholt, j'étais finalement devenue quelqu'un. Une commerçante. Libertine et dérangeante certes, mais une femme de pouvoir avant tout. Peut-être Dante avait-il raison de dire que ma vie n'était plus ici, mais je ne savais dire si elle était réellement sur le continent. En réalité, je ne me sentais nulle part chez moi, sauf éventuellement là, maintenant, entre ses bras noueux. « Hm. » grognais-je en guise de réponse, ainsi n'affirmais-je, ni n'infirmais-je ses dires et pouvait-il en faire sa propre interprétation. Mais sans doute voulait-il obtenir un mot correctement articulé car il renchérissait presque immédiatement, ses billes d'acier plantées dans mes émeraudes, m'assurant que je n'étais rien de plus qu'une babiole sans intérêt pour l'époux. Une sorte de d'ornement joli, qui embellissait les lieux mais qui ne faisait que prendre la poussière dans un coin  oublié, m'assurant également qu'avec lui rien ne serait pareil, ce qu'il était inutile de préciser vu que je le savais déjà depuis longtemps.
« T’aime-t-il de cette manière, lui ? Penses-tu qu’il soit capable de te voir comme je le fais…? » « Non. Jamais. » rétorquais-je, le timbre teinté d'une froide réalité. Mais je ne lui demandais pas de m'aimer comme cela non plus. Avec Dokan, c'était une relation de confiance, d'habitudes aussi, la fascination des débuts ayant laissé place à un sentiment d'amour tout à fait raisonnable. Nous étions sur un pied d'égalité, il s'aimait bien trop pour aimer quelqu'un plus que lui même. Tandis qu'avec Dante, c'était tout le contraire. Quand il posait son regard sur moi, c'était comme si j'étais la seule femme au monde, qu'il n'en voulait aucune autre, c'était bien plus que de la fascination, c'était de l'admiration. Ou bien, de l'amour, du vrai, complètement déraisonnable, peut-être. En tout cas, il y avait cette passion mutuelle qui faisait que je ne me sentais jamais plus vivante qu'entre ses bras. Portant la main à sa joue, je laissais doucement mes doigts courir le long de ses ridules dans une infinie suavité. « Et je ne voudrais pas qu'il en soit capable. Je préfère que ce soit un privilège qui te soit entièrement réservé. A toi. Et à aucun autre en ce monde. »

Nous restions un moment à nous contempler l'un et l'autre, dans un silence religieux qui ne faisait que renforcer le poids des mots échangés. Finalement, il basculait vers moi, laissant ses mains conquérir mon corps sans vergogne aucune, et sans non plus détacher son regard fiévreux du mien. « Épouse-moi. » lâchait-il soudain. Mon cœur s'accélérait alors et mon corps frémissait de surprise. Mais bien vite, l'étonnement passé laissait place à un léger rire avant de me rendre compte que j'étais la seule que cela amusait. « Tu n'es quand même pas sérieux ? » questionnais-je, sourcils froncés, en sondant les orbes masculines qui ne laissaient aucunement apparaître l'ombre d'un doute. « Par les Quatre tu l'es ! » soufflais-je. Il était devenu complètement fou. Le climat Sadéen avait eu raison de sa santé mentale, cela ne pouvait en être autrement. Je secouais légèrement la tête et d'un geste rapide, attrapais ses mains que je venais plaquer sur les draps à la hauteur de son visage, en revenant le chevaucher gracieusement. Les doigts entrelacés aux siens et le buste légèrement incliné au dessus de lui, je contemplais chaque trait de son visage rongé par la fatigue. Sa blessure devait le faire souffrir, et sans doute la position n'était pas des plus confortable pour lui avec le tissu de ma chemise qui venait lécher sa plaie mais pour l'instant, je n'en avais cure. « Je suis déjà mariée. » Et soit-dit en passant, celui à qui j'avais dit « oui » avait dû me poser la question une bonne dizaine de fois avant d'obtenir une réponse positive. « Je ne crois pas aux mariages d'amour, ou heureux... » reprenais-je, d'une sincérité froide. « Pour les plus chanceux, ce n'est rien d'autre qu'un partenariat financier. Et pour les autres, c'est une geôle, sombre, pour deux êtres qui pensent tromper leur solitude en s'unissant dans un affreux mensonge dont seule la mort est la délivrance. Et puis... » ma main quittait alors un instant la sienne pour parcourir dans une lenteur infinie sa peau nue, de son bras au relief de sa clavicule, puis le long de son torse, pour enfin glisser jusqu'à  la protubérance de son intimité liée à la mienne. « Nous sommes déjà l'un à l'autre, de la plus plaisante des  façons. Nous méritons mieux que cela, tu ne crois pas ?» concluais-je avant de venir titiller ses lèvres du bout de la langue. Il était temps de revenir à des choses plus légères, le dominer de la sorte réveillait la chaleur brûlant entre mes cuisses et j'avais envie de lui. J'avais aussi envie de lui faire oublier son combat contre les démons de son passé, et la plaie qui lui rognait douloureusement le derme.

D'un geste leste, j'ôtais la chemise me couvrant la peau et en retirais la ceinture de soie pour la faire glisser le long du corps de l'amant, doucement, en remontant vers ses bras. « Laisses-toi faire. » ordonnais-je d'une voix chargée d'érotisme. Enroulant d'abord le lien autour d'un de ses poignets, puis de l'autre, je tirais d'un coup sec sur le tissu et le forçais joindre les mains au niveau de sa tignasse. Le mari dormait non loin de là, et je savais comment ça allait se finir si je laissais Dante me toucher : je finirais par japper comme une chienne au moindre de ses coups de reins, l'exhortant à me faire jouir comme lui seul savait si bien le faire. Aussi, décidais-je de prendre les précautions nécessaires en menant moi-même le rythme. Invitant ma poitrine dénudée à surplomber son visage, je me hissais sur lui afin de passer le reste du cordon autour du rebord boisé de la couche et terminais par un nœud que j'espérais solide. « Ce soir, tu es à moi. » murmurais-je en me laissant lentement glisser sur lui, et couvrant chaque recoins de sa peau de baisers charnels. La bouche luxurieuse arrivée à son bas ventre, je le défaisais de ses dernières nippes, savourant la nudité masculine ainsi offerte. Et c'est avec un sourire coquin que mes lèvres venaient goûter à sa tumescence, dans une indécente appétence. Je ne le laissais toutefois pas jouir de la sorte. La pratique avait beau être fort plaisante de part son effet sur l'amant, elle n'était cependant que les prémices d'une union plus duale. C'est pourquoi je ne tardais pas plus longtemps à venir m'empaler le long de sa virilité érigée, pour une danse onduleuse dont j'étais seule souveraine. Le souffle court et les mains vissés sur sa poitrine, je ralentissais le rythme lorsque l'envie de geindre se faisait trop forte, et reprenais la cadence à mesure que mon corps suppliait de le sentir davantage en moi. Je savourais cette domination, me plaisant à croire que cela me rendait encore plus sensuelle que de coutume, et lâchais complètement prise quand finalement, l'orgasme s'emparait de tout mon être. Et c'est les lèvres pincées entre les dents que je m'en délectais, avant de me laisser choir contre le buste en sueurs de l'amant toujours lové au creux de mes reins.
« Laisses-moi rester. » soufflais-je telle une supplique, le nez chatouillé par ses poils de torse. « Dokan doit partir tôt demain, et il ne rentrera que tard, il ne remarquera même pas mon absence... Alors laisses-moi rester là, tout contre toi, toute la nuit... »




Je saurai te tailler un manteau, de façon barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon, qui, comme une guérite, enfermera tes charmes; non de perles brodé, mais de toutes mes larmes. Ta robe, ce sera mon désir, frémissant, onduleux, mon désir qui monte et qui descend, aux pointes se balance, aux vallons se repose, et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose. #6B854B
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)   Mer 18 Juin - 1:57

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Love will tear us apart.
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Quel misérable sot aurait-il fait, si de cette quête maritale, il en avait été tout à fait sérieux. Bien que la foi portée en restait immaculée de quelque ombreuse facétie, il savait en son for, et sans trop chercher bien loin, que la demande ne pouvait être amplement consentie. Puisqu’elle l’était déjà, mariée, promise à jamais à un autre que lui. Peut-être n’avait-il voulu qu’observer l’ondulation du ricochet sur les ridules de la succube pour y déceler, pernicieusement, toute trace dénonciatrice. Las, y lire la moindre réponse tacite fut un labeur des plus ardu pour l’éphèbe qui ne dut faire front qu’à quelque légère galéjade de la part de sa maîtresse et une prise d’otage pour le moins impérieuse. Loin de s’en froisser, il laissa à la féline le soin de l'encelluler au travers de ses fines pattes tout en la toisant d’une mince risette. « Je vois… » Ne guère croire en ces liens consacrés était une forme de renoncement qui le laissa circonspect. Lui qui ne croyait qu’en peu de choses, singulièrement et par un bien cocasse paradoxe, rivait sur l’union de deux êtres une réelle conviction – voire même un credo. Forniquer de-ci de-là n’était pour lui que fioritures, même à travers épousailles, il aurait consenti à léguer le corps de sa femme pour quelque autre étreinte que la sienne puisque, lui-même, n’aurait guère pu embrasser l’anneau de la fidélité charnelle. Mais le loyalisme spirituel était tout autre chose. C’était s’allier à une âme comme le jour et la nuit le font lorsque se hisse l’aube. Et il ne perçut dans le phonème de la gracieuse qu’une platitude exsangue de toute passion, égale à un horizon morne duquel aucun chatoiement ne pouvait s’en distiller. Il en fut dépité, désorienté… amputé de tout essor. Et pourtant si compréhensif. Il ne pouvait lui en vouloir, tant il y avait, dans ses mots, la sinistre caresse d’une cruelle légitimité. « Et puis ? » Souffla-t-il en un écho magmatique, trempant sa gorge dans une fièvre lascive tandis que la démone s’en venait à saisir sa masculinité. Il soupira. « J’imagine. » Mériter mieux que cela, il ne savait s’il s’agissait là d’un ingénieux artifice de la part de Zentha pour lui faire miroiter un ersatz de complaisance, ou si elle pensait sincèrement ce qu’elle disait. Lui, aurait souhaité plus. Elle, s’en contentait. Et il n’avait, à bien y réfléchir, guère d’autres choix que d’escorter la décision acquise, s’embourbant toujours un peu plus dans ce carcan de séide prêt à plier l’échine devant la vénus au crin d’onyx. S’il abhorrait toute condition de soumission, force était de constater qu’il restait esclave de ses propres sentiments, envers une félidée, qui, par ironie, exécrait s’imaginer asservisseuse d’hommes.

Il se décida à noyer une première fois ses funestes songes lorsqu’elle découvrit sa nudité, puis une seconde fois lorsqu’elle ligota ses poignets et fit valser au-dessus de son faciès ses seins ronds et fermes comme deux astres occupant une voûte de chair. Il ravala ses lippes, les mordit à défaut de pouvoir pétrir toutes canines sorties ces aréoles rosées, et la suivit du menton lorsqu’elle fit de son membre un mets des plus gourmands. Son masque grave et taciturne se cliva alors en un ressac égrillard qui couvrit l’entièreté de ses traits et fit naître entre ses lèvres entrebâillées des râles bestiaux. Engeance masculine dans la plus pure des formes, il se laissait aller à l’asthénie morale qui volait chez les mâles toute probité lorsque dans la bouche de ces dames se dressait leur pilastre de marbre. Il fit basculer son crin et se laissa bercer par la houle lénifiante qui, peu à peu, balaya ses arias, avant d’accueillir sur son giron les cuissots de Zorael. D’exaltation, il empoigna dans ses paluches la boiserie le tenant lié et fit saillir veines et muscles de ses bras noueux comme elle se mettait à le chevaucher, digne amazone de cette jungle qui cerclait la demeure Darkmean. « Attends. Doucement… » Grogna-t-il d’une concupiscence avouée, le fléau du régal débordant de chacun de ses pores et exhortant à son quant-à-soi lubrique une pléthore orgastique. Il allait venir bien trop tôt en elle, si elle poursuivait ce déhanchement lascif, épuisé qu’il était par cette impitoyable journée qui avait abaissé ses barrières d’acier, mais camarade de leur frisson, elle abdiqua à se faire plus lente. Contracturant son émail, il voulut louer la sujétion dont elle pouvait faire preuve – au lit – mais ne trouva qu’un souffle tari à déverser. Peu lui importait les postures qu’ils niellaient à leur fusion, tant qu’il lui faisait l’amour et la sentait sienne pour quelques heures durant. C’était là sa seule victoire.  
Lorsque, ankylosés de satisfaction, ils churent tous deux de leur promontoire voluptueux, ce furent leurs haleines démentes d’avoir trop exploré les frontières de la suffoque qui se déversèrent l’un sur l’autre. Ses phalanges, blanches d’avoir trop serrées le bois, se délassèrent lentement. « Tu es ici chez toi, fais comme bon te semble. » Sourcillant, il nota toutefois le renseignement qu’elle lui léguait inconsciemment : Dokan rentrerait tard. Parfait. Elle serait très certainement somnolente dans son océan de draps en les attendant tous deux, mais demain, seul lui, reviendrait la cueillir dans ses bras. « Mais il va falloir que tu me libères… » Il tira sur ses attaches, les épaules endolories mais les lèvres torsadées d’un sourire. « Toi qui n’aime guère les geôles, ce serait cruel de me laisser emprisonné de la sorte. »

♆ ♆ ♆ ♆

« Me reconnais-tu ? » La sonorité de ses cordes vocales était un parangon cryptique. Sous sa pogne subsistait à présent la chevelure brunâtre du quidam élancé qu’il venait de prendre en traitre, dans la chambre même du bordel dans lequel il s’était engouffré. Rien n’avait été plus aisé que de soudoyer la putain pour qu’elle le laisse seul avec son client, rudoyant la carcasse dévêtue du quadragénaire face au miroir devant lequel il l’avait trouvé. Narcissique enflure nantie et libidineuse, la queue déjà bien dure sous une panse adipeuse. « Par les dieux, lâche-moi gredin !! » Le Faucheur ne resserra que mieux sa prise ; une patte tirant sur les racines capillaires et l’autre embrassant le manche de son épée dont la lame jouxtait la gorge exhibée. Ils s’observaient tous deux dans le reflet du vitrage. « Lâche-moi !! Ou je jure que— Que tu m’enverras me faire foutre dans les arènes ? … Exactement ! » L’Ombre eut un rire jaune, et acrimonieux. « Mais j’en viens tout juste. Et j’aime bien trop mon raid à landes ouvertes pour laisser un chien de ton espèce m’y renvoyer de sitôt. » A la fois mielleux et fielleux, il faisait toner son verbe comme on coule un serpent dans la nuque de son ennemi. Rajhed en resta coi, puis se mit à scruter un peu mieux le portrait enténébré par la pénombre de la chambre qui se dévoilait dans le miroir, scellé au sien. « … Mais qui… Suis-je ? » Le Sibyllin étira un peu plus ses babines en un sourire de squale, tandis que ses calots miroitaient, subito, d’une kyrielle de pigments tous plus variés les uns des autres. De ce prodige, l’hère sembla en perdre son souffle. « Oui. Tu te souviens, n’est-ce pas ? Tu l’aimais tant, ce tour de passe-passe. » Les lippes tremblantes, l’autre bredouilla, rivant sur l’enfant de Dagoth des orbites de bête effrayée. « Le Berger… » Il déglutit, puis reprit, comme le tortionnaire acquiesçait en silence. « Mais tu es… tu es mort ! » Il y eut un silence. « Ce n’est pas tout à fait vrai. » Ni tout à fait faux. L’erg de Sade avait indéniablement capturé en son sein une partie de son âme. A jamais. « Car sinon, comment pourrais-tu sentir ma lame courir sur ta chair ? » Et ce disant, il fit glisser en arrière le manche de son épée, tranchant la carne d’une lenteur pernicieuse. Jusqu’à l'os. « Six ans, Rajhed. Six ans à avoir été ton champion. » L’homme, dans des borborygmes infâmes, se crispait dans ses bras et flanchait des rotules. « Et en six années, jamais tu ne m’as demandé mon véritable nom… » Sa proie s’écroula au sol, agonisante, articulant dans sa cavité purpurine aux franches éclaboussures un : « L… Brh…ergh… LE BERGER N’EST PAS MON NOM. » D’une ire absolue, il abattit le talon de sa botte sur la plaie béante, broyant la trachée meurtrie qui s’effondra sous sa semelle comme une fourmilière en terre cuite. Un sifflement s’en rechapa, et puis plus rien. Maculé de pourpre, il redressa son visage vers son reflet, ses billes reprenant leurs teintes d’un acier lazurite et contemplant la créature dressée là, ahané, dont reposait à ses pieds la carcasse de sa vindicte. Dante Firebeard, murent ses lèvres, mais il ne trouva aucun son à dilapider.
Plus tard, dans la soirée, les catins retrouvèrent une peau humaine, toute entière dépecée, accrochée membres écartés sur l’huis du lupanar. Le Berger avait, une ultime fois, accroché pour son public le butin de sa victoire.

♆ ♆ ♆ ♆

La nuit tombée le retrouva dans l’enceinte de la résidence Darkmean, tapi sur le parterre verdoyant et luxuriant du jardin privatif. Mussé dans un angle stratégique où il pouvait voir chaque allée et chaque venue sans que quiconque ne le remarque pour autant, il mirait la coupole d’un étrange bourgeon parme aux pigments jaunâtres qui siégeait tout en face de lui. Assis en tailleur, depuis maintenant près d’une heure, son arme posée sur les cuisses et le souffle serein, il gîtait là comme l’aurait fait toute gargouille ou statue ornementale. Les locustes sifflaient en continu, et la sylve exotique couvrant les flancs et le dos du manoir laissait éclore chaque seconde qui passait un nouveau bruissement ou éclat d’animal. Nuageux, le ciel nocturne ne laissait que peu d’espace à la Nacrée pour qu’elle inonde de ses bras ivoirins le monde des mortels. Aussi dut-il ne se fier qu’à son ouïe, lorsqu’il entendit des pas crisser à quelques mètres de là. Dokan ? Quelqu’un d’autre ? Il tendit l’échine puis déplia ses jambes en attrapant son épée pour fouler, accroupi, les hautes herbes du jardin jusqu’à rejoindre la périphérie de l’entrée principale. Dokan. A la démarche, aux sons qu’il fit, à la taille et à la silhouette, il le reconnut, prêt à rejoindre son logis comme tout maître en sa demeure. Patientant de ne voir plus que le rachis adverse en ligne de mire, l’assassin sortit des fourrés, et, diligemment, se précipita tel un rapace sur son gibier. « Que…! » Diables ! Le faquin possédait une de ces ouïes ! Ayant fait volte-face au dernier moment, il obligea Dante à abattre plus rapidement son coup, déstabilisant sa force et permettant au riche mercanti de parer à l’aide de son bras. Le textile de son opulente tunique se déchira à l’instar de sa peau et un cri rauque sortit du gosier adverse. Fireabard voulut lui assener un uppercut, mais l’autre obvia à nouveau avant de lui asséner un coup de coude dans la mâchoire. Leur rixe perdura quelques minutes encore, l’arme déchue plus tôt sur le sol et leurs bras gesticulant avec véhémence dans une agressivité féroce. Dokan n’eut guère l’air de reconnaître son assaillant dans la nuit d’encre, et à trop vouloir s’y risquer, il perdit un temps précieux pour intercepter le dernier heurt ; un crochet qui, directement lové contre sa tempe, le mit K.O à l’instant même. S’écroulant pesamment, le Némésis du Cerbère fut enfin à sa merci. Hors d’haleine, blessé à l’arcade sourcilière et contusionné à quelques autres dérisoires endroits, le chasseur alla reprendre en main son arme pour revenir aux côtés de l’inconscient. « Même ta mort, tu me l’auras gâchée. » Il expectora une glaire écarlate sur la terre et, manche en main, pointa le museau de la lame sur le cœur du supplicié.  


you won't be leaving here unharmed
This life, which had been the tomb of his virtue and of his honour, is but a walking shadow; a poor player, that struts and frets his hour upon the stage, and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing.

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Succube nantie d'Ibenholt

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)   Sam 21 Juin - 14:59

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Love will tear us apart.
zentha & dante

Il avait bien voulu que je reste à ses côtés la nuit entière et après l'avoir défait de ses liens, j'avais pu à loisir me blottir contre lui pour m'endormir d'un sommeil paisible qui m'avait jusqu'alors fait défaut. La chaleur de son corps tout contre le mien avait un côté rassurant et c'est en me réveillant dans ses bras que je me rendais compte qu'il n'était pas loin de prendre le pas sur l'époux dans mon cœur. Vraiment pas loin. L'emprise qu'il avait sur moi avait quelque chose d'inexplicable, de fou, un peu, aussi, mais je savais plus qu'aucun autre jour en ce monde que je ne pourrais plus jamais m'y soustraire. Pour la première fois, j'avais délibérément préféré passer la nuit avec lui plutôt qu'avec mon mari, voilà un signe qui ne trompait pas. J'avais entendu Dokan quitter les lieux dès l'aube, sans même chercher à savoir où j'avais passé le reste de la nuit. Sans doute avait-il pensé que j'avais rejoint l'un de mes amants, loin de toutefois se douter que c'était derrière la porte à l'autre bout du couloir que je l'avais trouvé. Cette pensée m'arrachait un sourire et c'est avec un pincement au cœur que j'avais finalement consenti à quitter la couche de Dante pour le laisser, lui aussi, vaquer à ses occupations personnelles. Cela ne m'enchantait guère, cependant il le fallait bien car aujourd'hui tout serait fini, il l'avait promis. Paradoxalement, cette perspective me rassérénait autant qu'elle m'inquiétait mais c'était toujours ainsi, la fin d'une chose amenait un commencement, et il n'y avait rien qui n'effrayait autant que l'incertitude qui en découlait.

Mettant à profit ma solitude, je ne tardais pas à rejoindre la ville pour rendre visite à l'un de mes amis les plus chers. Andrès était un artiste, le meilleur de l'île, sans aucun doute. Sa seule différence d'avec les autres peintres était que lui n'utilisait pas de toiles comme support, non, il utilisait la peau. Nombre de gens le jugeait excentrique et infréquentable mais moi, je l'adorais. Je venais le voir à chacune de mes venues sur Sade ou presque, lui demandant de m'utiliser comme modèle en me dénudant sans vergogne sous ses yeux illuminés pendant que, me charcutant le derme, il me renseignait sur les dernières rumeurs qui couraient aux alentours. Le temps s'arrêtait lorsque je me trouvais en sa compagnie et soignant avec plaisir la muse que j'étais, il ne rechignait jamais à fermer son échoppe durant la séance, afin de s'assurer que personne ne vienne nous déranger. Une fois n'est pas coutume cependant, tandis que nous bavardions de nos amants respectifs, une silhouette familière se dessinait dans ma vision périphérique. Il fallait être sacrément culotté pour oser franchir le seuil de la boutique sans y être invité mais, Dokan l'était, assurément. Je suivais du regard l'époux libertin prendre place face à moi, nullement dérangé par la présence d'Andrès qui continuait à me torturer le dos de ses outils aiguisés. L'un et l'autre s'ignorant superbement, chacun portant les stigmates d'un passé commun dont j'ignorais tout et dont je ne voulais rien connaître. « Comment as-tu su que j'étais là ? » demandais-je, la curiosité piquée au vif par son intrusion. Pour toute réponse, il esquissait un sourire condescendant que je maudissais intérieurement. « Allons mon amour, l'information est toujours aisée lorsque l'on sait où chercher. » Evidemment. Le silence imprégnait la pièce, mon ami ne pipant mot face au bourgeois qu'il n'appréciait guère et moi attendant que le mari ne daigne s'expliquer sur sa présence. « Je voulais te parler, sans que tu ne puisses te dérober. » Le ton était ferme, presque inquiétant, mais il en fallait plus pour m'impressionner aussi, esquissais-je à mon tour un sourire plein de condescendance. « Crois-tu que je suis dupe Zentha ? » interrogeait-il en laissant sa question en suspend. Les yeux plantés dans les siens, je secouais rapidement la tête, en signe d'incompréhension, l'invitant par là même à poursuivre sa diatribe. « Je vois bien que quelque chose ne va pas. Tu m'échappes. Tu ne m'avais encore jamais quitté dès la première nuit de ton arrivée... » A ces paroles, Andrès appuyait son geste plus en profondeur, ce qui m'arrachait une plainte m'obligeant à fermer les yeux sous la douleur tandis que l'époux reprenait, imperturbable. « J'ai l'impression que tu n'es plus heureuse. Et je ne voudrais pas que tu sois malheureuse, pas avec moi, parce que je t'aime Zentha, de tout mon être et bien plus que mes mots ne sauraient le dire. Et toi, m'aimes-tu encore ? » L'hésitation emplissait soudainement mon regard brillant et je prenais quelques instants pour y réfléchir avant de comprendre que la réponse aurait dû être automatique. « Je ne sais pas. » soufflais-je, contrite. Je pouvais alors lire la déception dans son regard, mais comme toujours, il se montrait compréhensif. Se contentant de prendre ma main dans la sienne, il la portait finalement à sa bouche pour y déposer un baiser tendre exempt de toute amertume, et s'en allait, sans autre mot. Je m'en voulais de lui faire du mal, ce n'était nullement volontaire. Je voulais juste être honnête, aussi bien avec lui qu'avec moi même, et j'ignorais si cet amour que je disais raisonnable ou habituel n'était pas, en fait, simplement de l'affection. Je soupirais, comme fourbue.
« Moi je sais quelque chose qui t'aidera à avoir la réponse ma belle. » La voix d'Andrès résonnait derrière moi, me tirant de mon introspection. Le Sadéen me confiait alors les rumeurs qui couraient sur mon époux. Il se serait entiché d'une fille de l'Amarante, et l'aurait mise enceinte avant qu'elle ne disparaisse mystérieusement. Certains disaient qu'elle avait fui vers Middholt, pendant que d'autres pensaient qu'il l'avait faite assassiner pour cacher son erreur aux yeux du monde. Cette révélation avait sur moi le même effet qu'un coup de poignard en plein cœur ce qui, pour mon ami, signifiait que j'étais toujours amoureuse du mari. Il était facétieux de constater qu'il voyait de l'amour là où pour ma part je ne voyais qu'orgueil et égoïsme. L'idée qu'une autre femme ou pire, un enfant, ne vienne me priver de l'amour marital m'était insupportable, je ne voulais pas que l'on me prenne ce que je considérais comme acquis. Finalement, peut-être que mon idée de la liberté n'était qu'un leurre. Gardant les lèvres scellées un moment, je finissais par rompre le calme de l'huis en tournant légèrement la tête vers le tatoueur. « Andrès ? Crois-tu que l'on peut aimer deux hommes à la fois ? Je veux dire, vraiment aimer... » Arrêtant son geste d'artiste pour contempler son œuvre achevée, il prenait toutefois le temps de la réflexion avant de répliquer d'un ton qui semblait si évident. « Et pourquoi non ? Penses-tu ton cœur moins extensible que ton entre-cuisses ? »

La nuit venue, allongée sous mes draps de soie, je repensais à cette jeune fille au ventre légèrement rebondi que j'avais rencontrée en fin de journée. Dokan ne l'avait pas si bien cachée que ça, du moins pas pour moi qui avait mes entrées avec la mère maquerelle de l'Amarante. Il ne m'avait pas fallut beaucoup négocier avant que la propriétaire du lieu ne consente à m'indiquer la chambre où se cachait la maîtresse engrossée. Nous avions un passé commun elle et moi, et l'époux avait beau avoir l'argent nécessaire à ses manigances, il lui manquait toutefois un élément essentiel : la féminité. « Vous devriez appeler Balahus, il aura un peu de ménage à faire. » lui avais-je dit avant de pousser la porte de la planque. En réponse, elle m'avait souri. Elle connaissait mes intentions, mais ne m'avait pas empêchée d'entrer, bien au contraire. J'avais même cru lire de la fierté dans le regard maternel de celle qui m'avait appris la vérité sur ma mère avant de me donner une leçon de vie que je n'avais jamais oubliée. Je revoyais la gamine, clamant son amour pour mon mari. Elle était si jeune, si naïve. Elle ne s'était pas méfiée lorsque je l'avais prise dans mes bras en lui promettant de ne pas interférer dans sa relation avec lui, et elle avait mis du temps avant de s'apercevoir que la douleur qui lancinait dans sa chair n'était pas celle de l'enfantement mais celle de ma dague carnassière. Je l'avais regardée agoniser quelques instants, avant de coller mes lippes contre son oreille. « Mon mari ne t'aime pas. Tu n'es qu'une putain parmi tant d'autres. Il aimait la chose qui vivait en toi, mais... Ce ne devrait plus être un problème désormais. » lui avais-je susurré tandis qu'elle rendait son dernier souffle.  La jalousie, la possessivité, celles qui m'avaient poussée à agir, ne pouvaient se manifester qu'avec quelques sentiments d'amour aussi, arrivais-je à la conclusion qu'Andrès disait vrai, on pouvait aimer deux hommes à la fois. Différemment sans aucun doute, mais les aimer tout de même.

Alors que j'étais occupée à mes pensées un bruit au dehors attirait mon attention, et je quittais ma couche pour aller observer au delà du vitrage ce qu'il se tramait à l'extérieur. Au travers de la pénombre, je ne distinguais que des ombres qui semblaient s'agiter l'une contre l'autre mais je n'avais pas besoin de plus de lumière pour comprendre qu'il s'agissait des deux hommes de ma vie qui s'affrontaient. Je descendais précipitamment les escaliers pour apparaître rapidement sur le seuil de la demeure, et rejoindre le jardin au moment où Dante pointait le bout de sa lame sur le cœur d'un Dokan inconscient. « Arrêtes ça immédiatement ! » ordonnais-je, la voix tranchée par l'émotion. « Pourrais-je savoir ce qu'il te prend ? »  reprenais-je véritablement furibonde. Bien sûr j'avais toujours à l'esprit la promesse d'après-baise que je lui avais faite, lui donnant l'autorisation de tuer le mari, un jour, mais ce jour n'était pas celui-ci. M'approchant rapidement, je poussais l'amant agenouillé avec rage, pour l'éloigner le plus possible de sa supposée victime. « Qu'est-ce que tu lui as fait ? Dis moi ! Pourquoi ? » Les yeux rivés sur ceux de Dante, je ne pouvais pas prendre le temps d'examiner Dokan pour savoir s'il était blessé ou non, aussi m'en remettais-je aux dires du cabot fourbe. « Je t'ai amené ici parce que tu me l'as demandé comme une faveur, et j'ai accepté pour l'amour que je te porte. C'est comme ça que tu me remercies ? En voulant assassiner mon mari dès que j'ai le dos tourné ? Et qu'est-ce que tu aurais fait après ? Tu m'aurais rejointe comme si de rien n'était... ? Je sais ce que je t'ai promis, je ne l'ai pas oublié, mais pas ici, pas maintenant et surtout, pas comme ça. » Le voyant se relever, je m'approchais de lui, jusqu'à sentir la proximité de sa chaleur corporelle. « Si tu le tues ce soir, c'est comme si tu me tuais moi. Alors vas-y, enfonces ta lame dans mon cœur ! Et tu pourras faire ce que tu veux de lui après... » reprenais-je, plus calmement mais sur un ton glacial, le regard sombre comme jamais. Mais alors que j'attendais qu'il se décide, une pensée frappait mon esprit. La raison de sa venue ici, ses démons du passé, son visage tuméfié... Malheur ! Dokan était l'un des démons de Dante. Mes épaules s'affaissaient soudain, et l'incrédulité se lisait sur mon visage. Pourquoi ne l'avais-je pas compris plus tôt ? Cela semblait si évident maintenant. « Par les Quatre ! Il est l'une des pièces de ta vengeance n'est-ce pas ? » J'avais du mal à déglutir et mes émeraudes se faisaient luisantes. Je ne savais plus contre lequel des deux je devais être le plus en colère. « Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Je veux savoir. » demandais-je doucement mais fermement. J'en avais besoin pour décider si je laissais l'époux se relever à son tour ou non car, à moins d'un miracle, je ne pouvais plus continuer à me partager entre les deux de la sorte après une nuit comme celle-ci. Et puis, Dante l'avait promis, aujourd'hui, tout serait fini.  




Je saurai te tailler un manteau, de façon barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon, qui, comme une guérite, enfermera tes charmes; non de perles brodé, mais de toutes mes larmes. Ta robe, ce sera mon désir, frémissant, onduleux, mon désir qui monte et qui descend, aux pointes se balance, aux vallons se repose, et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose. #6B854B
kiss me hard before you go

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Cerbère des Bas-Fonds

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)   Ven 27 Juin - 21:54

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Love will tear us apart.
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Rudoyé séance tenante par la magmatique dryade, le fier et sanguinaire belliciste trouva à même son séant la couche terreuse sur laquelle il avait lui-même déployé les cambrures inertes de son fielleux émule. Tout fâché qu'il fût par tel intermède, il s'équilibra des coudes comme de deux mâts puissants et, tenant fermement dans sa poigne assassine le manche de son estoc, mira l'hydre bilieuse d'orbes au moins autant véhéments que leurs jumeaux, si ce ne fût plus tempétueux encore de par leur céruléen torrentiel. Contracturant son émail, sa gorge rauqua d'un grognement primitif et, un instant, il sembla prêt à se redresser et fondre sur elle comme il l'avait fait sur le mercanti. Toutefois, nonobstant l'adrénaline qui saboulait ses veines et faisait vagir ses muscles de crampes vengeresses, il se raisonna à ne point empaler l'altier épigastre de la muse avant de déporter ses prunelles contre le sac d'os et de chair dont était fait le divin époux. « Je ne l'ai que salué, à ma manière, femme. » Sa carence titanesque de tendresse et d’affabilité le rendit égal à l'ombre menaçante d'un gypaète cerclant les cieux à la recherche de sa ripaille. Couronnant le tout d'un quant-à-soi aigre et marmoréen, il en revint au succube qui, sous la veule nitescence de l'astre, lui parut n'être qu'un spectre irascible hantant ces hauts-jardins. Par les diables des quatre enfers, que fichait-elle ici, à rompre les fils d'or que sa toile fataliste brochait avec minutie ?! Ne devait-elle pas s'alanguir dans ses draps telle une ondine dans sa rivière ? Ne devait-elle pas être le trophée de ses arias, celui récolté comme l'on cueille un fruit charnu au crépuscule d'un harassant labeur ? Or, elle n'était plus, à l'instant, qu'un sempiternel rival, un rival de trop. Et ses ennemis, tous autant qu'ils étaient, finissaient inéluctablement par choir contre le fil de sa lame en une purpurine cataracte. L'Amour, de notoriété sibyllin, se gaussait parfois à tourmenter ses ouailles en revêtant son galbe des nippes de la Haine. Car, férocement, il exécra la belle qui se tint entre lui et Dokan, expectorant une diatribe aussi juste qu'amblyope.

« Pas comme ça…? » Reprit en écho le Cerbère, ciselant sur ses lippes un rictus torve qui s'allia à merveille à la quintessence de sa noirceur orbitale. Il n'étendait là qu'une piètre tartufferie dont il était la risée ; comment s'était-il fourvoyé de la sorte ? À quel moment, précis, son esprit s'était-il fait glèbe ombragée par le résinifère de la tromperie ? L'Infâme l'avait si bien dompté, sous son linceul de chair et ses miaulements lascifs, excavant le primitif en lui pour asphyxier au mieux le docte qui, de la fausseté, s'en méfiait usuellement comme du feu. Qu'était-il devenu sinon un dogue en rut tenu par la queue comme par des brides de concupiscence ? Niellant son ire à la force punitive que son corps embrassait, il se redressa de toute sa hauteur et maintint son attention de squale sans ciller un instant, jaugeant le portrait de la naïade qui fustigeait ses traits comme s'ils n'étaient que falaise à son ressac. « Comment oses-tu… » Avait-elle seulement conscience de lui porter le coup de grâce ? Oh, il en fut tenté, oui, d'arracher ce cruel palpitant à mains nues pour en serrer la moindre valve entre ses rêches phalanges ! Les ridules du reître se distordirent en une singulière grimace, ne transsudant là que du quart de ce qui pullulait véritablement en son for, et sa patte, jupitérienne, s'anima plus encore contre son excroissance d'acier. La démone préférait subir l'ultime courroux pour rejoindre son aimé, qui n'était, las, pas celui qui se tenait de front contre elle. Le cristal devenait au moins limpide ; jamais il n'aurait pu détrôner le monarque des affects Zoraeliens, puisqu'à l'image du soleil, s'il en retirait la voûte, rien ne pouvait plus subsister de l’astre flavescent. La déchirure foudroyant son thorax, imperceptible, le laissa coi, pantin désarticulé qui tanguait entre fléchir son arme contre la félonne ou contre son propre abdomen. Mutique, il le resta, même au moment inespéré où, foudroyée par un éclat de lucidité, la tangara troqua ses oripeaux bestiaux pour des cuirs plus douceureux. Mais il s'était déjà écarté de deux pas en arrière, et ses iris, hagards, cherchaient un port dans lequel mouiller.

« Oh tu es un monstre aussi, Zentha. » Le glas d'un rire acide corroda sa trachée, branlant du chef comme il scrutait la charpente allongée. « Tes coups de fouets valent les siens. » Indubitablement, le chasseur de primes désignait tacitement les exactions du séide meurtri. Dokan n'avait jamais tenu à proprement parler la cravache répressive dont il était question, mais ses paroles, ses ordres, avaient fait pleuvoir sur la carne de l'éphèbe les coups diluviens de la déception ; le maître n'avait guère apprécié le pensum abrégé de son champion, qui ce jour de canicule, s'était refusé à régaler la coterie spectatrice. Son duel n'avait que trop peu duré, et la mise à mort, preste, s'était conclue en un seul coup tranchant dans le cœur de son rival. Un talion des plus rudimentaire qu'il avait jusqu’à ce jour réservé à Dokan Darkmean, car si le Moissonneur se plaisait à égorger, là serait son exception. Du moins, ainsi aurait-elle dû l'être. Dorénavant suffisamment disjoint de la sylphide en quelques autres pas pesants, il dressa avec lenteur le museau de sa lame et fit mordre l'acier sous le menton féminin, l'obligeant d'une pression à redresser son minois si elle ne souhaitait pas sentir sa chair se fendre comme velours. « Tu as la carnation d'une déesse et les mots d'une pythie. Qui mieux que toi saurait duper un simple mortel de ma trempe… » Il eut un sourire de miel, affligé, et pourtant, sans se défaire de son flegme et de son geste, son verbe s'assécha tout-de-go. « Putain du Mal. Prompte à faire d'honorables serments si ça signifie surseoir l'échéance de ton impitoyable jeu. FOUTUE…!! » Il se rapprocha derechef, empoignant la dryade par son crin d'ébène pour ne plus lui présenter que sa gorgée évasée. Le fil de son estoc y courrait, nonchalant et pourtant si nerveux. Un mouvement, un seul, et elle trépassait comme elle l'avait tant quêté. Sifflant d'une haleine capiteuse, il n'acheva son tonnerre qu'en travers d'un murmure. « Tu es son égal. Vous vous valez bien, je dois le reconnaître. Vos mots sont du venin, et quels qu'en soient les crocs par lesquelles ils s'esbignent, la morsure en reste fatale. » Furibondes, ses babines s'écartèrent, mais d'une maîtrise aux relents martiaux, il s'arqua au-dessus d'elle avec dominance. « Il ne lui a fallu que quelques minutes pour articuler la cédule de mon châtiment, quelques putain de minutes pour que le préposé ne se mette à lyncher mon dos comme on lacère du gibet. Et le quidam, fort de son prodige, m'a battu. Encore. Et encore. Et... et maître Darkmean n'était même plus dans les parages lorsqu'il en a eu terminé avec moi. De zèle, mon bourreau s'est tant emporté, que mon ossature saillait en travers de ma viande rouge sang. Je suis resté à l'agonie durant des jours, et à l'agonie, tu m'y renvoies pour l'éternité. » Agressif, il la relaxa, comme subitement intolérant au toucher de la félonne. « Je ne te tuerai pas. Et je ne le tuerai pas. Pas aujourd'hui, pas comme ça. Je préfère que vous viviez tout deux dans l'expectative de ma lame assassine pour le restant de vos misérables jours. Que vous me craigniez au détour d'une artère, ou dans l'ombre d'un pilastre. Que vous lorgniez la moindre silhouette avec pour oriflamme la seule terreur de m'y déceler. » Et ce disant, il empuantit son faciès d'un masque animal, rengainant puis épongeant le cruor de son arcade fendue d'un revers de manche. Il y balaya, par la même, l'humanité qu'elle avait avivée chez lui au fil des mois. « Puissent les dieux vous maudire, et toi plus encore, Zorael, pour avoir eu l'audace d'anéantir l'Inexpugnable. » Il cracha ces mots comme s'il eût mollardé un chicot de poison, et porté par l’aquilon de l’acrimonie, racla de ses chausses pour faire demi-tour, rendu plus spectre que toute autre entité en ce maudit verger.


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Succube nantie d'Ibenholt

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)   Sam 28 Juin - 20:56

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Love will tear us apart.
zentha & dante

Il me traitait de monstre et j'accusais le coup sans rien dire, ne pouvant décemment lui donner tort. C'était tout à fait cruel de le laisser m'aimer tout en étant liée à un autre, c'était abominable même, et ce, pour chacun des protagonistes. J'avais enfreint la règle numéro un en m'entichant d'un autre que l'époux, et nous allions tous en payer le prix, par ma faute. Mais que pouvais-je bien dire pour ma défense ? Sans doute rien, d'autant que le voile se levait lentement sur la vérité. Dokan était un bourreau et cette révélation me retournait les tripes. Décidément, cette journée avait été riche en informations sur celui que j'avais épousé. Des dizaines de questions venaient alors cogner mon esprit, comment avais-je pu être si crédule ? Ou encore, comment avait-il pu me trahir de la sorte ? Mais je n'avais aucune réponse. Aucune. En fait, je m'apercevais que je ne connaissais rien de l'homme qui partageait ma vie, et guère plus de celui qui partageait mes draps, d'ailleurs.
Partagée entre l'envie de rire nerveusement et celle de pleurer, je restais là au milieu du jardin sombrement fleuri à me demander si je ne cauchemardais pas toute éveillée lorsque l'amant venait à moi, glissant doucement sa lame aiguisée sous mon menton. Son geste m'obligeait à relever la tête et c'était un regard noir que je venais planter dans le sien, avec une pointe de défi. Il n'oserait pas me tuer, j'en avais la conviction même si, tel un sombre idiot, il avait pris ma demande au sérieux. Aussi restais-je stoïque, en l'écoutant attentivement lorsqu'il se disait dupé. Ses accusations me révoltaient mais ne pouvant guère agir librement du fait de la présence de son acier acéré sur ma peau cristalline, je me contentais de tourner vivement la tête, pour me soustraire à son emprise. C'est alors qu'en guise de riposte, sa poigne agrippait brusquement ma tignasse, la tirant fermement en arrière pour que je puisse lui offrir une vue parfaitement dégagée sur ma gorge palpitante. Un tremblement maladroit de sa part -ou de la mienne- et je ne tarderais pas à rendre mon dernier souffle noyée dans une mare de mon propre sang. « Tu es son égal. Vous vous valez bien, je dois le reconnaître. Vos mots sont du venin, et quels qu'en soient les crocs par lesquelles ils s'esbignent, la morsure en reste fatale. » Le murmure de sa voix me faisait l'effet de fines aiguilles que l'on viendrait planter dans mon cœur, une à une. Personne ne m'avait jamais fait aussi mal, même le paternel avait ses tatanes n'avait jamais été aussi violent. « Et je vois que tu as très bien appris à mes côtés. » lâchais-je, amère. Ce n'était pas malin de le provoquer en ce moment, mais cela avait été plus fort que moi. Je ne voulais plus être assimilée de quelque manière que ce soit au mari esclavagiste car il n'y avait rien de plus que j'exécrais en ce monde, alors la comparaison faite  m'emplissait d'une ire incommensurable. Les lèvres de l'amant se retroussaient et je pensais un instant qu'il allait hurler, ou pire, m'arracher la jugulaire avec ses dents mais il se contenait finalement, pour me livrer l'effroyable récit de la torture qu'on lui avait par le passé infligée.
Il était toujours bien difficile d'ouïr ce genre de choses, mais quand de surcroît le héros malheureux n'était autre que quelqu'un que l'on couvait d'un amour sincère, cela devenait très vite insoutenable aussi, des larmes ne tardaient pas à perler aux coins de mes émeraudes. J'aurais voulu lui caresser tendrement la joue, l'attirer dans mes bras pour le cajoler en lui murmurant que je ne permettrais plus jamais qu'on lui fasse telles offenses mais, il me l'interdisait en me relâchant avec une agressivité que je ne lui connaissais pas. Complètement atone, je ne réagissais pas à ses menaces, elles étaient même légitimes, presque, et sans doute les aurais-je également vociférées à sa place. Voyant son arcade dégoulinante, je tendais la main vers lui, mais la laissais finalement retomber mollement dans le vide en croisant son regard. Il ne voulait plus que je l'approche, ni non plus de mes gestes tendres, il ne voulait plus de moi, tout simplement. J'étais désemparée par ce constat.  « Puissent les dieux vous maudire, et toi plus encore, Zorael, pour avoir eu l'audace d'anéantir l'Inexpugnable. » Ouvrant la bouche, je me trouvais dans l'incapacité de répliquer et ce n'est qu'en le voyant prendre l’eschampe que j'en trouvais enfin la force. « Et maudit sois-tu de m'avoir laissée t'aimer ! » Ma voix était aussi cassée que cassante, mais je ne pouvais pas consentir à le laisser partir comme ça. Tout mon être s'y refusait, tant et si bien que le souffle me manquait, comme si rien que l'idée de le perdre me faisait suffoquer alors, dans un élan désespéré, j'attrapais l'étui de cuir accroché à la ceinture du mari et le jetais avec rage sur le dos de l'amant. Certes, offrir une dague à celui qui disait vouloir votre mort n'était peut-être pas des plus intelligents mais, je cherchais à le faire réagir, et peu m'importait la manière.
« Sa lame est empoisonnée. Si tu pensais réellement tous les traîtres mots que tu as eu à mon égard, alors garde-la pour le jour où nos chemins se recroiseront. Tu n'auras qu'à me la planter dans le cœur, puisque sans toi, il ne m'est guère utile. »

Agenouillée aux côté de Dokan, j'étais soudain prise d'un trop plein d'émotions et un rire m'échappait en même temps que les larmes continuaient de souiller mes joues déjà largement inondées. « Je me suis tant fourvoyée. » soufflais-je, en levant la tête pour contempler le ciel. Un léger courant d'air frais balayait l'atmosphère déjà glaciale, et je sentais la chair de poule m'envahir. La proximité de Dokan me rendait nauséeuse, ce n'était qu'un menteur, un felon de pute, bien pire que tout ce que j'avais pu imaginer. Et voilà que maintenant, j'allais perdre Dante pour avoir voulu protéger le mari fourbe. Je soupirais, lassée, et -ravalant ma fierté- je me relevais pour hâter le pas en direction du cabot furibond. Me plantant devant ses orbes d'acier, je secouais la tête comme pour me remettre les idées en place et surtout, trouver les bons mots, ceux qui sauraient le convaincre. « Pardonne-moi je t'en prie. Je ne savais pas... Tu ne peux pas me quitter comme ça, je refuse l'idée de vivre sans toi à mes côtés parce que... Parce que je t'aime» confessais-je dans un murmure à peine audible. « Je ne te l'ai jamais dit de cette manière, aussi clairement, et je ne l'ai jamais dit à personne. A personne, tu entends ? » demandais-je, en m'approchant prudemment pour poser mes mains de chaque côté de ses flancs. Il était toujours furieux, je le voyais bien et dans un excès de rage, peut-être bien qu'il pourrait m'étrangler. Après tout, je n'étais plus sûre de rien désormais. « Bien sûr, tu peux ne pas me croire mais... » laissant ma phrase en suspend, j'essayais de lire dans son regard si mes paroles arrivaient à le toucher avant de reprendre, d'une voix plus ferme. « Tu ne peux pas le tuer. Tu ne peux pas parce que... Je veux qu'il souffre, comme il t'a fait souffrir toi. Et quand ce sera fait, c'est moi, qui le tuerai. » Mon regard implorant se teintait alors d'une détermination sans faille, preuve de ma foi en cette promesse. Mon front s'abaissait contre le torse de l'amant, exactement comme la veille, et mes épaules s'affaissaient lentement tandis que mes lippes laissaient échapper une dernière supplique. « Tu n'as qu'un mot à dire et je serai tienne, à toi, seul. »




Je saurai te tailler un manteau, de façon barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon, qui, comme une guérite, enfermera tes charmes; non de perles brodé, mais de toutes mes larmes. Ta robe, ce sera mon désir, frémissant, onduleux, mon désir qui monte et qui descend, aux pointes se balance, aux vallons se repose, et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose. #6B854B
kiss me hard before you go

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Cerbère des Bas-Fonds

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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Love will tear us apart. (zentha)   Dim 6 Juil - 14:16

Fiche © Quantum Mechanics & Moriarty


Love will tear us apart.
zentha & dante
Qu'est-ce donc que le verbe humain, sinon que des ergots tranchants hautement plus furibonds et lancinants que n'importe quelle patte de quelque animal que ce soit ? Des camouflets, tout homme dans sa piètre vie en subit, dès lors nettoyant – ou non – l'honneur bafoué par heurts physiques ou répliques sagaces. Le Cerbère, bien que d'une langue perchée et d'un verbe adroit, n'avait jamais véritablement chéri la discipline du ton, niellant contre son palais le chant acéré d'un phonème tout à fait exempt de délicatesse. Farder ses intentions était pour les nobles gens, autant acquis et inné que ne l'était le fumier aux bêtes équines. Lorsqu'il rauquait, conversait ou murmurait, c'était à n'en point douter de la plus franche et directe des manières. Pourtant. De toute indigente extraction fût-il, le Firebeard restait mâle, de ceux aiguillés par Catharsis à rendre de miel leur aubade pour quelque donzelle, mais foncièrement – et viscéralement – impotents dans leur royaume encéphalique dès lors qu'il s'agissait des réels arias contenus en l'écrin du cœur. Tonner mille damnations, cela allait. Humilier, avilir et injurier, cela allait. Fût-ce envers l'effigie d'une vénus qu'il avait jusqu'alors tant déifiée. Cela allait. Mais ouïr ce qu'il entendait et rétorquer quoi que ce soit de justement franc et direct...? Il préférait encore crever asphyxié par la queue d'un ladre. Pour l'heure, toutefois, il avait fait halte avec, dans son entière stature, ce fiel ronflant encore en crépitements nerveux. La diatribe de la dryade impliquait monts contradictoires qui ne faisaient que plus encore ligaturer les nœuds fourmillant dans ses pensées ; elle expectorait là autant de courroux que d'affection, en un truisme qu'il sentit parfaitement authentique, et donc parfaitement légitime. Les dieux n'en avaient-ils donc point terminé avec lui ? Était-elle suppôt de quelque djinn mal luné ? Ou simplement femme qui, de ses écorchures, se montrait à vif...? Sans baisser ses orbes diaphanes vers la terrible obole, il sentit la présence mortifère de ladite lame chuinter à ses pieds, mendiant quelque attention que ce soit pour satisfaire la damnation de sa triste dame. D'un côté, rien ne lui aurait mieux plu à cet instant que d'occire la tangara de ses propres mains – bête emplie d'ire qu'il était – reconsidérant séance tenante le serment qu'il avait fait que de leur laisser tous deux la vie sauve pour mieux les savoir agonir. Et de l'autre, pourtant, cognait en un ressac émétique cette nauséeuse houle ayant fait de lui quelque homme épris dans des souvenances peu si lointaines. Serrant donc les poings jusqu'à pâlir en des camaïeux égrotants, il gronda contre sa mandibule contracturée et repartit tout de go, faisant incroyablement fi de la sylphide implorante. Peu importait ce que Zentha Zorael avait à lui confesser, il était maintenant trop tard pour s'épancher en des glaviots de regrets, plus encore face – ou dos – à un bélître aussi orgueilleux que ne l'était Dante, véritable parangon de dogue se croyant lupin.

La félonne s'enhardit pourtant, et, coupant la marche rude et pesante du chasseur, fit danser la pulpe de sa bouche en une liturgie incantatoire. Du vent, chienne !, aurait pu être son imprécation, mais elle ne lui laissa guère le temps de pouvoir bramer. Tout au contraire, la fière madone se confondit en regrets et repentirs qu'elle paracheva en une nouvelle proclamation. Le Firebeard en fut naturellement coi, bien qu'il ne laissa transparaître de son saisissement que cette sempiternelle ride trônant en suprême sur la faîte de son museau. Ne se mentant point, il eut été consternant de démêler un quelconque étonnement chez l'éphèbe, qui, bien que n'ayant jamais considéré la passion de la nantie pour acquise, l'avait très bien dosée et supputée à sa juste valeur. Il était rustre, et bien d'autres choses encore, mais point aveugle – pas à ce point, du moins. À des lieues d'être quelque gandin, il sut de quelle manière garder la barbarie de son masque malgré la douceur incarnée dans le babillage entiché de sa maîtresse – et bourrelle. Il redressa le menton. La considéra longuement. La jaugea, même, plus haut qu'il était d'une tête entière. Nulle supériorité n'était là à assimiler, sinon qu'un quant-à-soi maniéré guidé par un hémisphère d'affect estimant encore la belle, tandis que l'autre n'attendait que de voir la poigne masculine s'abattre en une violente mornifle. « J'entends bien. » Furent là ses seuls termes, puis il se tut derechef en léguant à l'atmosphère la froideur de son timbre. Elle s'était approchée, l'avait cerclé de ses graciles menottes, et se battit plus encore en son for la dysharmonie affective.

« Arrête. » Trancha le Cerbère, agrippant les frêles poignets et repoussant la vénusté accablée par une force tranquille. Une fois la doline rétablie, il poursuivit de ce même ton insipide, évidé de teinte tant la pigmentation interne se faisait kyrielle anarchique. « Tu quêtais un mot, tu l'as eu. Reprends tes esprits, tu es affligeante. » Moins durement – moins crûment – qu'il ne l'aurait souhaité, son verbe se perdit derrière une expiration féroce et pourtant si lasse, de laquelle même ses paupières s'abaissèrent pour se rouvrir sitôt. « Vois-tu mes mains ? Les vois-tu ? » Et comment pouvait-elle passer à côté, puisqu'il les lui présentait à hauteur d'yeux. « Elles tremblent encore de toute l’inimitié que tu m'inspires. Chaque nerf en-deçà transsude des coups dont je rêve gratifier ton corps. Et tu souhaiterais, à cet instant précis, que j'efface de mon malveillant opuscule les châtiments médités ? Tu me connais bien mieux que ça, peut-être pas sous toutes les coutures, mais tu peux bien deviner l'essence qui m'habite. Tu peux bien miser sur ce dont je suis capable par simple irritation, et donc plus encore par réelle colère. » Ses paluches s'abaissèrent et ses lippes se tordirent, véritable kaolin du déluge intéroceptif. Il resta toutefois quiet, n'abîmant d'aucune façon la charpente ténue fichée devant lui. « Je ne ferai rien de ce que tu dis. » Il excommunia la fine épaisseur les ayant jusqu'ici séparés en un pas subreptice. « Si sa mort est ce que tu souhaites réellement, et si, réellement, tu pèses chacun de tes mots, alors sa sanction ne viendra ce soir que de tes propres mains, et non pas des miennes. Je ne suis nul bec œuvrant pour te prémâcher la besogne. » Le chasseur transperçait les calots adverses d'une équanimité tant farouche qu'inquiétante, puisque ses relents d'habitude si instables et violents ne bougeaient là d'aucune façon. Les aveux de la féline avaient inextricablement dû faire mouche. « L'aurais-tu, cette audace, que de sacrifier ton époux pour une cause si peu tangible que celle de ma tendresse égarée ? Quel profit ferais-tu, marchande, de ce vain négoce ? » Sa dextre, vive, se releva et vint lui saisir le menton, de manière drue au préalable, et puis infiniment intime. « Je suis profondément déçu, sache-le aussi, et si ma déception est si grande, c'est que je m'étais laissé porter par nombre d'utopies te concernant. Nous concernant. » Ses phalanges pressèrent. « Aussi ne resterai-je pas pour mirer ta décision. Fais ce que bon te semble, je refuse d'être un auditoire à votre drame, plus encore le témoin de ta sujétion. » Son faciès s'était approché, un rictus torve transissant ses ridules. « Car si ton poignet s'abat ce soir, ce ne sera pas pour moi, ou pour n'importe qu'elle autre cause que la tienne. Je ne suis nul maître à qui tu dois obédience, moins encore un prétexte vivant pour accomplir ton forfait. M'aimer ne fait pas de toi mon obligée, tiens-le pour sûr. » S'il l'abhorrait en cet instant plus que quiconque autre sur cet atoll, persistait encore en son sein des voussures débonnaires à l'encontre de la madone. En relâchant son emprise, l'index frôla la carne d'une caresse latente. « N'aie crainte. Les dieux ont de tout temps été sourds à mes prières. Ils ne m'auront entendus te maudire. » Ce furent là ses ultimes propos, ceux d'un homme moins saumâtre qui ne voyait aucune menterie dans l'élocution féminine et ne graillonnait donc aucun blasphème sur le sacrosaint reliquaire des sentiments Zoraeliens, mais entièrement putréfié par l'incoercible rancune qui l'animait continûment. Son crin cuivré se détourna pour mirer par-dessus son épaule l'arme canonnée auparavant, sans que ses gemmes ne trouvent véritablement le galbe d'acier mais s'en approprient l'attention. Il ne planterait jamais quoi que ce soit dans le muscle cardiaque battant sous cette poitrine, ainsi en décida son silence, avant qu'il ne s'ébranle, ne la contourne et ne s'éloigne enfin.


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