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 The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine

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Le Jeune Lion

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MessageSujet: The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine   Mar 10 Juin - 19:47


The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine
JORA & EHVAN

L'ankylose qui découlait de leur chevauchée furieuse avait gagné tous les membres du lion, qui ne tenait plus sur sa monture que par la force de sa volonté. Son humeur était à l'image des contrées que les fuyards traversaient, glaciale. Plus taciturne qu'à l'accoutumée, il ne parlait plus que pour rugir des ordres, puis s'enfermait de nouveau dans un mutisme angoissé dont seule la princesse pouvait le tirer. Le fauve se savait chassé, cruelle ironie que de devoir troquer le rôle du prédateur pour celui de la proie. Si le destin leur avait été relativement favorable depuis qu'ils avaient quitté Jernvugge, le jeune homme était fort bien placé pour savoir que la roue pourrait brusquement tourner, et tous les condamner. La route jusqu'aux Terres Australes était longue, bien trop à son goût, et serait très certainement semée de pièges qu'ils devraient déjouer, faute de quoi la réussite de leur entreprise prendrait elle aussi la poudre d'escampette. Et cela, il n'en était pas question. Tous autant qu'ils étaient, ils tenaient la vie de l'héritière Ebonhand entre leurs paumes, lui peut-être un peu plus que les autres. Il lui a promis. De la protéger, de la sauver, de lui rendre son trône. Il lui a promis. Sans doute fallait-il être dément, pour promettre à une princesse déchue tant de choses. Dément... Ou mû par des sentiments bien moins nobles et beaucoup plus chaotiques qu'il n'aurait osé l'avouer. Seul et claquemuré dans les appartements que la reine elfique lui avait si généreusement attribués, le doute l'avait bien souvent assailli. Et si... il se trompait ? Et si l'Usurpateur était bien meilleur roi que ne l'aurait jamais été Hulgard, trop embourbé dans sa folie ? Et si il ne faisait que surestimer les capacités de Jora à régner, qui n'était finalement qu'une enfant ? L'incertitude l'avait gardé éveillé, mais l'incertitude avait été balayée par le souvenir des suppliques de la princesse. Il était parti pour mieux revenir la secourir, mais loin d'être persuadé d'avoir fait ce qui était nécessaire, il avait eu la terrible impression de l'avoir simplement... abandonnée. Le remord l'avait rongé comme de l'acide, si bien que toute sa détermination, toutes ses forces, il les avait usées dans un seul et unique but, libérer Jora. Le concours, encore inexpliqué et fort suspect, de Sylarne dans l'évasion de la princesse avait été profitable à leur entreprise, certes, mais lorsqu'il s'était rendu à la Mascarade, il n'en avait rien su. Il aurait libéré Jora, avec ou sans son aide.

D'une main, Ehvan tenait fermement les rênes de sa monture, qui s'était finalement pliée à sa volonté malgré les déboires du premier instant. Et de l'autre, il tenait la princesse endormie contre lui, aussi bien pour l'empêcher de chuter que par envie de la sentir tout contre lui. Ils avaient chevauché deux jours et une nuit durant, sans faire halte plus de quelques minutes, la crainte d'être rattrapés avait suffi à les tenir éveillés. Du moins, presque tous... Il avait recueilli le princesse somnolente sur sa monture, craignant de la voir glisser de sa selle et se blesser davantage. Sa cheville foulée était une source supplémentaire d'inquiétude pour le jeune lion, qui décidément n'en finissait plus de se ronger les sangs à son sujet. Il la tenait contre lui, et s'il n'avait craint d'affoler leur compagnons d'infortune, il l'aurait serrée jusqu'à ce qu'elle en perde le souffle, et peut-être aurait-il trouvé le courage d'enfin lui dire combien il l'aimait... Au lieu de cela, il se contentait de regarder droit devant lui, les sens aux aguets. Si par malheur on venait à les capturer... Il mourrait sous le poids de la culpabilité avant même que l'on ne songe à l'exécuter pour sa trahison. Pour Elle, pour garantir sa sécurité, il aurait sacrifié chacun des membres de leur escorte sans la moindre hésitation, sans sourciller une seule fois. Au fond, il faisait un piètre homme d'honneur, lui qui aurait consenti à transformer toute la populace de Middholt en un tas de cendres fumantes pour un seul et unique être. Folie, amour ? Dépendance. Il le lui avait avoué lors de leur dernière entrevue, elle était tout ce qu'il lui restait. La pauvrette prendrait peur, si elle savait tout ce qu'elle représentait pour lui. Ce n'était pas une amourette malvenue, c'était... Fait indéniable de la Nature, toute chose, tout être avait besoin du soleil pour subsister. Lorsque celui que représentait Synric avait cessé de briller pour Ehvan, ce dernier l'avait remplacé par un astre plus brillant encore, Jora. Mais à présent, il était homme plus brisé qu'entier, si bien que plutôt que de se gorger des rayons de son nouveau soleil, il en redoutait la brûlure. Trop d'espérance n'avait fait que réduire ses rêves en poussière.

Le lion prit une profonde inspiration d'air glacé, et un simple regard en direction de ses compagnons suffit à le persuader qu'il était grand temps qu'ils fassent halte, pour passer la nuit et reposer leurs membres engourdis. Toutefois, il n'était pas question de s'arrêter n'importe où, et certainement pas en bordure de route, là où l'on aurait tôt fait de les découvrir. Il n'était pas question de sacrifier la prudence au profit du repos, si bien que le jeune fauve encouragea ses compagnons à faire route encore quelque temps. Finalement, ils s'arrêtèrent non loin du village de Havoc, dans une clairière au milieu des bois enneigés, là ils devraient être en sécurité et devraient passer inaperçus, à moins que quelque curieux ne se risque à s'y promener. Auquel cas, à moins que l'un d'eux ne soit reconnu, ils pourraient prétendre n'être que des voyageurs. Et puis, des tours de garde seraient instaurés, il serait le premier à veiller malgré le poids de la fatigue. Toujours, il gardait la tête haute et la mine fière, à ce point qu'il était aisé d'oublier combien il était meurtri lui aussi.

Avec douceur, il réveilla la demoiselle encore endormie. « Jora... ? Jora, réveille-toi. » Il attendit qu'elle émerge de son sommeil et ait retrouvé ses esprits pour poursuivre. « Nous allons nous arrêter pour passer la nuit. Nous sommes tous épuisés et meurtris par cette chevauchée interminable, et je crains que les chevaux ne puissent continuer davantage à ce rythme sans faire halte. Nous ne sommes pas loin d'un village, nous pourrons y trouver des vivres et je l'espère, quelques vêtements plus chauds... » Il mit ensuite pied à terre et ses membres ankylosés le firent grimacer de douleur. Immédiatement, il tendit les bras pour aider Jora à faire de même, et lorsque la princesse eut trouvé le sol gelé, il la considéra un long moment avec inquiétude. « Tout va bien ? » Sans même attendre qu'elle lui réponde, il se sépara de son manteau de fourrure et le passa autour des épaules de la belle. « Une cheville blessée suffit amplement, ne va pas attraper froid. » Sa main glissa sur la joue de la jeune femme ; ce geste tendre, il n'avait su le retenir, et sa caresse s'attarda un peu plus que la bienséance ne l'aurait toléré. Mais ils n'étaient pas au beau milieu d'un cour, et leurs compagnons étaient sans doute bien trop occupés à monter leur campement pour égarer quelque regard en leur direction. D'une main, le lion désigna deux des hommes qu'ils avaient rejoints aux abords de Jernvugge. « Ils vont allumer un feu. Tu n'auras qu'à aller t'y réchauffer, je vais m'occuper de monter ta tente, et tu pourras aller te reposer, passer une nuit que j'espère un peu plus digne de ce nom que la précédente. » Il offrit un sourire qu'il voulut rassurant à la princesse, puis rit doucement, quoi que nerveusement. « … A moins que tu n'aies envie d'aller chasser notre dîner ? » L'humour était vain, inopportun, il le réalisa immédiatement. « Hm, excuse-moi, c'était déplacé... Puis-je faire quoi que ce soit pour ton confort ? »


FICHE PAR ELBERETH.


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Perle de Nacre

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Perle de Nacre
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MessageSujet: Re: The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine   Jeu 12 Juin - 22:43



D
ans l'esprit nébuleux, les mélodies diaphanes des steppes septentrionales. Les vents du Grand Nord récitaient leurs vers à l'oreille dextre de la jouvencelle, tandis que la senestre, elle, se faisait bercer par l'eurythmie chevaleresque. Lovée tel un chaton contre la flamboyante crinière du lion, sa tempe avait échoué sur le pectoral au revers duquel fredonnait le noble coeur, rassurée par la cadence harmonieuse et l'emblème d'une âme chérie que nul n'était parvenu à pourfendre. Ce n'étaient que les prémices d'une odyssée, l'aurore d'une nouvelle vie à l'étendard paradoxal, une teinte trop pourprine mais un flottement réconfortant. L'adrénaline l'avait tenue dans le feu de l'action jusqu'à sa décroissance, escamotant avec elle toutes les forces d'une oiselle qui ne réussissait à réaliser que les tiges liberticides de sa cage n'étaient plus qu'un sombre souvenir. Elle n'avait encore rien apprécié du succès de leur fuite, molestée par les réminiscences des déconvenues, par l'image spectrale de Morgana qu'ils avaient abandonnée aux charognards, par la meurtrissure de sa nourrice qu'ils avaient heureusement pansée, par le tort que l'elfe séditieux avait voulu causé aux Ravncrone, et à elle-même, s'il en avait eu l'opportunité. Elle se sentait comme une toile écartelée, bigarrée et panachée par des pigments composites et inesthétiques de sentiments qui lui avaient fait effleurer la pâmoison, et donc la culbute du haut de sa monture. La poupée de cristal avait lutté jusqu'à atteindre les lisières de son corps, puis avait cédé à l'injonction du meneur quant à la ballotter avec lui, l'étalon déchargé harnaché au sien, et bien malgré elle, elle se tint rigueur de sa faiblesse. Autre fait irrécusable, les bras du chevalier étaient un havre, peut-être le seul qu'il lui restait désormais, et elle s'y était assoupie presque immédiatement après s'y être installée. Une narcose obligée tant ses muscles s'étaient dolentés, un sommeil chimérique, car infertile quant à véritablement la reposer. Son organisme clamait sa cessation, mais la rémission semblait encore bien loin, au moins autant que leur destination, qu'elle avait grand hâte de voir apparaître à l'horizon. Tant qu'ils n'auraient pas trouvé refuge au Palais du Zénith, la providence risquait de leur tourner l'échine et d'en faire des libres de chair pour les corbacs qu'ils savaient être sur leurs traces. Mais s'ils s'étaient esbignés de Jernvugge avec peu de dommages comparé à ce qui aurait pu être, rallier l'antipode de Middholt serait presque une sinécure – Ehvan le lui avait promis. Et il honorait toujours une parole offerte.

La voix gutturale se fit douce prière pour rompre le sort léthargique qui tenait l'Ebonhand hors de toute réalité. Celle-ci remua lentement les épaules, puis le minois, et ses cils d'obsidienne papillonnèrent pour révéler les myosotis absents. Quelques instants, et elle fit converger ses esprits pour agréer aux explications du locuteur d'un signe de tête pataud, avant de se redresser pour lui permettre de descendre. Elle en fit de même non sans sa précieuse aide, prenant garde à ne pas atterrir avec trop de pesanteur pour ne pas tarauder une cheville dont elle ignorait encore l'état. Ce fut justement à sa brève auscultation qu'elle se concentra, jusqu'à se faire alourdir d'un manteau que le sigisbée déposa précautionneusement. « Je te remercie, ça devrait aller... » Elle lui adressa une risette davantage engourdie par l'éveil que par la froidure qui, grâce au ciel, n'était pas à son impitoyable paroxysme. La caressa qui épousa sa pommette eut la chaleur d'un faisceau de soleil, et Jora s'en sustenta à l'image d'une fleur blême à la corolle trop longtemps privée de lumière. Elle retrouverait bientôt la joliesse d'antan, le teint cuivré par le flambeau du jour qui oeuvrait avec zèle dans les Terres de l'Automne. Elle guigna ensuite le binôme désigné qui, s'il avait la confiance du Clanfell, avait de ce fait la sienne, et dont elle bénissait même le vaillant concours à leur brigue. La subite boutade de l'adonis la laissa tout d'abord coite, puis elle ricana au fulgurant embarras qui avait eu tôt fait de rattraper la frivolité. « Pourquoi serait-ce inconvenant ? Nous ne sommes plus à la cour, sous la tutelle de ces duègnes que je ne supportais plus, exception faite d'Irinwe. Nous pouvons nous parler comme bon nous semble, cela fait trop longtemps que nous nous muselons pour le décorum. Combien de temps déjà ? Ah... Presque deux ans... J'aurais presque l'impression de refaire ta connaissance. » Un rire délicat arracha une brume blanchâtre aux lippes d'incarnat qui s'évasèrent en risette éclatante, bien malgré l'épuisement qui s'était niellé sur tous les visages.

Après la récréation taquine, la nymphe abaissa le textile qui couvrait et cachait sa cataracte opaline, truculence physique qu'elle maudissait pour une fois. Elle prit une ample inspiration et soupira, les paupières closes et une main égarée sur son front qu'elle frotta d'un air évasif. « Je crains que le confort ne devienne une notion laconique lorsque l'on est en cavale, être fugitif signifie s'adapter, et je ne pleurerai pas sur le faste alors que je déploie pour la première fois mes ailes. Sans chaînes, sans carcan pour me retenir... » Ses doigts passèrent sur sa gorge, illustrant ainsi l'allégorie pour le moins adéquate, et dont la véracité lui fit biaiser son regard sur la sylve que les entourait. Elle eut l'apparence d'une enfant qui découvrait le monde, ou celle d'un prisonnier qui ne l'avait pas vu depuis des décennies. Emerveillée, manifestement, par cette simple futaie sans prétention qui était toutefois bien plus que tout ce qu'elle avait connu. Ce n'était pas tant l'environnement en lui-même qui la subjuguait, c'étaient la vénusté et la fragrance de la liberté, même fragile, qui lui faisaient ouvrir de nouveaux yeux sur l'univers. A cet instant, il semblait qu'il n'en faudrait point plus pour la rendre heureuse, un constat ubuesque, mais elle frémissait réellement cette latitude enchanteresse. « C'est si grisant... » Confia t-elle dans un souffle timoré, presque vulnérable, comme pour ne pas briser la magie du moment. Ce fut finalement le glatissement d'un pygargue flottant en cercles au-dessus d'eux qui la tira de sa contemplation, même si l'animal eut lui aussi le droit à son oeillade admirative. « Je n'ai jamais vu un hameau... » Elle se tourna vers le jeune homme. « De l'intérieur, je veux dire ! Les rares fois où j'en ai traversé, j'avais ordre de rester dans la diligence, je ne pouvais même pas tirer les rideaux. Tu as dit vouloir aller dans le village pour faire quelques emplettes, puis-je venir ? Je me ferai toute petite, plus que je ne le suis déjà ! S'il-te-plait ? » Elle arbora un ravissant minois à l'attrait incoercible, encore disposée plus par marotte qu'autre chose à quémander la permission à la figure qui faisait autorité dans leur cohorte. Elle savait sa confession triste, deux décades déjà et elle faisait à peine ses premiers pas, c'était la pédagogie d'une existence qu'il lui fallait rattraper. Feu Hulgard n'était plus ici pour éconduire ses envies et la claustrer dans un cocon protecteur, aujourd'hui, il était plus que temps qu'elle prenne son envol. Et elle fut ravie de constater qu'elle n'aurait à jouer ni de bec ni d'ongles pour obtenir accord à sa requête, puisque le lion consentit à l'emmener.

Ils s'en allèrent prévenir leurs compagnons de leur imminente flânerie, puis avant de s'éloigner et de regagner le sentier principal, Jora prit soin de camoufler son crin avec autant de minutie qu'elle le put. « Est-ce bon ? » Interrogea t-elle, sollicitant ainsi l'aide du fauve pour s'assurer qu'aucune mèche importune n'était visible. Une fois la coiffure vérifiée, elle prit le bras de son sigisbée et releva les modestes jupons qui avaient remplacé sa lourde robe de bal pour progresser dans les landes. Quelques minutes pour retrouver le chemin, et une poignée supplémentaire pour apercevoir l'entrée principale de la bourgade de Havoc, à l'intérieur de laquelle l'effervescence usuelle à toute communauté qui se respectait était visible. Mais alors qu'ils approchaient, discrets, humbles, feignant les pérégrins de passage, un projectile heurta soudainement l'épaule de la demoiselle qui soubresauta, et crut même qu'une flèche venait de se ficher dans son bras – faute d'un esprit légitimement tourmenté. Elle glapit et bondit contre la charpente du benjamin Clanfell, mue par une peur viscérale, avant de constater qu'elle ne souffrait d'aucun mal. Seul restait une forme sphérique et humide sur son vêtement, l'impact d'une boule de neige dont ils aperçurent vite les responsables. Une meute d'enfants dont les caboches se réfugièrent aussitôt derrière un monceau de rondins, l'Ebonhand échangea une lorgnade sceptique avec son comparse, puis vit les fautifs juvéniles approcher. L'un d'eux se fit gentiment bousculer par ses camarades, qui le sommèrent de s'avancer sur les tréteaux de la scène burlesque, ce qu'il fit non sans gêne. « 'scusez m'dame, j'vous avais pas vue... » Les excuses présentées, il hasarda un regard pusillanime en direction du couple, allant presque jusqu'à se vriller les cervicales pour apercevoir le faciès du flavescent géant qui veillait visiblement au grain. « Ce n'est pas grave. » La main de la naïade vint ébouriffer la touffe rubigineuse du garçonnet, qui afficha un sourire percé d'une dent tombée depuis peu. Et sans qu'ils s'en aperçoivent, les autres chérubins s'étaient agglutinés aux abords du chevalier, qu'ils assommèrent de questions. « Pourquoi vous êtes grand ? Vous êtes un méchant ou un gentil ? Elle est jolie votre épée, je peux la porter ? C'est quoi votre nom ? C'est moi qui devais lui demander ! J'étais là la première ! » Un bref instant où il quitta sa muse des yeux, un instant de trop. « Ehvan... » Lorsqu'il se retourna pour répondre à l'appel de sa belle, Ehvan se reçut à son tour une boule de neige en plein visage, sous les calots écarquillés de la marmaille dont certains osèrent s'esclaffer. De son côté, Jora pinça ses lèvres dans une expression railleuse, menottes derrière le râble et se balança légèrement de gauche à droite à l'instar d'une non-coupable.



Ghost of a Rose
Her eyes believed in mysteries, She would lay amongst the leaves of amber. Her spirit wild, heart of a child, yet gentle still and quiet, he loved her... When she would say... "Promise me, when you see, a white rose you'll think of me."

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Le Jeune Lion

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MessageSujet: Re: The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine   Jeu 19 Juin - 20:51


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JORA & EHVAN

Le lion ne goûterait au repos que lorsqu'ils auraient atteint les Terres Australes, et pas avant. Nul besoin d'être prophète pour deviner que cette nuit, il ne fermerait pas l'œil et veillerait sur la princesse comme si sa propre vie en dépendait – il n'aurait pas été faux de l'affirmer. Que n'aurait-il pas donné pour qu'ils puissent atteindre le royaume elfique en un battement de cils... Au lieu de cela, ils étaient condamnés à traverser ces terres hostiles, avec probablement tout le royaume aux basques. L'évasion était une chose, la fuite en était une autre... Il l'avait su, mais avait tellement craint de ne pas parvenir à tirer Jora des serres du Corbeau qu'il ne s'était pas soucié de la suite de l'opération autant qu'il aurait dû le faire. Leur petite troupe était composée de fines lames et d'hommes et de femmes plus loyaux les uns que les autres, mais n'était hélas pas des plus discrètes. Le nombre qui assurait leur sécurité était aussi celui qui les rendait plus faciles à prendre, et ils avaient beau avoir abandonné tout signe distinctif ou de richesse, ils n'étaient à l'abri de rien. Les nouvelles voyageaient vite, et Ehvan ne doutait point que l'on ait déjà mis un prix sur sa tête et celles des autres fuyards. Il priait les dieux de bénir leur périple, tout en sachant qu'il ferait bien mieux de ne compter que sur ses capacités et celles de ses compagnons. Aux paroles de la princesse, il sourit tristement. « Tu as raison, à quoi bon continuer à porter les masques d'une cour à laquelle nous n'appartenons plus et que nous avons toujours détestée de toute façon... » Il rit face à l'absurdité de leur situation. « Une princesse déchue et un capitaine devenu rebelle... Nous formons une bien drôle de paire. » La présence de la jeune femme lui avait terriblement manqué, mais à présent qu'il n'y avait plus les règles de cette cour tant haïe entre eux, il se sentait presque... perdu ? Où étaient les limites de l'acceptable ? Il désirait la protéger, lui offrir le trône qu'elle méritait... Plus ardemment encore, il voulait trouver une façon de lui montrer à quel point il tenait à elle, à quel point il l'aimait, sans pour autant l'effrayer... L'ironie voulait que là où la demoiselle était libérée des chaînes qui l'avait toujours entravée, lui se retrouve pieds et poings liés dans des fers d'un nouveau genre. « Sois prudente... La liberté peut devenir un fardeau plus lourd à porter que celui de la captivité. » Le Clanfell ne le savait que trop bien. Dans les faits, il avait toujours été libre de ses mouvements, de ses allées et venues, même de ses choix... Et pourtant, y avait-il plus triste être que le lion ? Il était malheureux à s'en arracher le cœur, n'y avait que son honneur et son sens du devoir pour le garder debout. L'amour qu'il éprouvait pour la princesse... ? Un roc auquel il était enchaîné et qui le traînait par le fond. La liberté... au fond, qu'était-ce sinon le carcan de ses propres choix et des passions contre lesquelles l'ont ne pouvait rien ?

Il se gratta la barbe d'un air songeur lorsque la jeune femme le supplia de la laisser venir avec lui au hameau, où il avait prévu de se rendre pour acquérir de plus chauds vêtements pour ses compagnons et lui-même, en plus de quelques vivres avant qu'ils ne commencent à en manquer. Il faillit refuser la demande de la princesse, craignant pour sa sécurité, mais à bien y réfléchir, elle ne serait peut-être pas davantage en sûreté dans leur campement de fortune, où n'importe qui aurait pu les surprendre. Avec lui, au hameau, il y aurait la foule pour les dissimuler, ils resteraient en mouvement... Et puis surtout, elle serait avec lui. Si l'envie d'être seul avec elle n'était pas ce qui manquait au jeune lion, il se savait également être le plus à même de la protéger. Du moins, c'était ce qu'un trop-plein d'orgueil lui faisait croire... Ainsi il céda, et consentit à laisser Jora l'accompagner, mais uniquement après s'être assuré qu'aucune mèche opaline ne soit visible. Lui-même sacrifia l'or de sa crinière au profit d'un brun sombre, et la princesse accrochée à son bras, ils purent traverser la lande pour rejoindre le hameau. Ce qui aurait pu être une promenade agréable pour eux deux n'en était pas une pour le Clanfell, plus nerveux qu'une bête sauvage acculée par des chasseurs. S'il ne gardait pas les doigts serrés autour de la poignée de son épée, c'était uniquement pour ne point attirer les soupçons sur eux, et parce qu'il se savait capable de dégainer prestement si il le fallait absolument. Il leur fallut quelques minutes pour rejoindre la petite bourgade, en pleine effervescence malgré le climat hostile des Terres du Nord. À peine avaient-ils pénétré dans l'artère principale des lieux que que le petit cri effrayé de Jora perça les tympans du lion, qui ramena aussitôt la princesse contre lui, main refermée sur la fusée de son épée. Il était prêt à bondir et à pourfendre leurs ennemis le temps d'une respiration, mais lorsqu'il vit une petit troupe d'enfants surgir de derrière un monticule de bois, il lâcha son arme et  leva les yeux au ciel, marmonnant dans sa barbe des jurons à en faire pâlir le plus insolent de tous les roturiers.

Ehvan n'eut pas le temps d'encourager son amie à reprendre leur chemin que déjà la joyeuse petite bande l'encerclait de toutes parts et l'assommaient de questions sans qu'il n'ait le temps d'y répondre. « Euh... » Fut tout ce qu'il parvint à articuler en guise de réponse, et à peine s'était-il retourné vers Jora qu'un projectile glacé s'écrasa dans sa figure. « … » Il regarda la marmaille d'un drôle d'air, cherchant à trouver le coupable parmi eux, et ce ne fut que lorsqu'il vit la princesse et son air faussement innocent qu'il comprit. « Très drôle... » Il tenta vainement de ne pas s'esclaffer et passa une main sur son visage sur lequel s'était attardé un peu de neige et se pencha au dessus de la demoiselle les bras croisés sur la poitrine, et l'air faussement offensé, il murmura : « Si je ne craignais pas de nous faire remarquer, crois bien que tu aurais eu droit à ton premier bain de neige... ! » Un rire léger et franc secoua le colosse, et il se détourna de Jora un instant, pour s'abaisser à la hauteur d'une petite fille. « Gente Dame, pourriez-vous m'indiquer où se trouve l'officine du village ? » La fillette s'empourpra, et tandis que ses camarades se moquaient gentiment d'elle, elle pointa du doigt une enseigne à quelques maison d'où ils se trouvaient. Le jeune lion sourit, et tira de la poche de sa veste quelques piécettes d'argent qu'il tendit aux enfants, qui s'émerveillèrent un instant avant de se les partager, pour ensuite prendre la poudre d'escampette. Il se redressait alors, l'air rêveur et un sourire tendre accroché aux lèvres. « Tu sais bien que j'adore les enfants », se contenta-t-il de dire à Jora, à qui il offrit de nouveau son bras le temps qu'il fasse les quelques mètres qui les séparaient de l'officine. « Profitons de notre passage ici pour rapporter quelques baumes à Irinwe, afin que sa blessure guérisse correctement. Et puis, nous trouverons peut-être de quoi prendre soin de ta cheville. » Il se garda bien de dire que le climat hostile de la région et leur périple pourraient rendre difficile la guérison de l'elfe, lui qui avait eu son lot de blessures savait à quel point il pouvait être ardu de les traiter.

Peu avant qu'ils n'atteignent l'échoppe désignée par la petite, le jeune homme s'arrêta subitement, forçant de ce fait Jora à faire de même. Il l'écarta du chemin, et se planta devant elle, l'air sincèrement navré. « A présent que nous sommes seuls... Je voulais te dire... » Il se mordit la lèvre, secoua doucement la tête. « Je n'ai pas eu l'occasion de te dire à quel point je suis désolé... Pour ton père. » Le jeune lion n'avait jamais porté Hulgard dans son cœur, le souverain avant côtoyé la folie plus que de raison et était le responsable d'un certain lot d'injustices, mais... Il restait le père de la princesse, et lui plus que quiconque savait à quel point l'on pouvait se languir d'un père, qu'il ait été le pire d'entre tous ou se soit contenté de briller par son absence. « Je regrette de ne pas avoir été là pour te protéger de la folie des charognards comme je te l'avais promis, je suis tellement désolé... J'aurais voulu pouvoir te sauver, ce jour là... » Au lieu de cela, il lui avait promis de revenir la libérer, lui avait promis de l'asseoir sur le trône... Mais il n'avait pu ni la protéger des Ravncrone, ni lui prêter son épaule pour pleurer après la perte de son paternel. Des échecs contre lesquels il n'aurait rien pu faire, mais qui lui laissaient un goût âcre en bouche. « Je suis désolé. »


FICHE PAR ELBERETH.


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Perle de Nacre

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MessageSujet: Re: The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine   Lun 23 Juin - 15:06



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rès drôle, comme le rauquait si bien le fauve d'un phonème psalmodique. La patte essuya la matière nivale qui était impunément venue consteller la crinière boucanée, et il se fit cerbère insidieusement furibond devant le minois ébaudi de la biche, à laquelle l'innocuité seyait si bien. Elle le savait pas plus mortifié que cette pléthore de fois où elle l'avait importuné dans le dédale de Jernvugge, lui bondissant sur l'échine à l'instar d'un chaton apprenant les rudiments de la chasse, Aussi ses lippes d'incarnat ébauchèrent-elles une large risette qu'elle paracheva d'une légère inclinaison faciale sur le côté, goûtant au cantique d'une ubuesque prophétie dont elle serait gardée – grâce soit rendue aux déités – car ils n'étaient que trop entourés de badauds, qui auraient tôt fait de les remarquer s'ils s'abaissaient à la puérilité d'une guerre de neige. La perspective de piétiner le décorum quitte à ce que la situation plonge dans l'incongruité au même titre qu'elle sur un parterre glacé lui plaisait pourtant, tant pis si cela signifiait se faire remarquer, n'étaient-ils pas censés être de vulgaires itinérants ? Les âmes de bohème n'étaient pas rares à arpenter les hameaux qui jalonnaient Ibenholt, tous étaient de minuscules croisées néanmoins substantielles pour le voyageur éreinté. Mais ils ne l'étaient pas, membres de la plèbe, et s'il y avait bien une chose dont la donzelle était certaine, c'était qu'Ehvan ne la laisserait pas l'omettre. Elle n'objecta donc pas ni ne se complut en une seconde bravade, mais se contenta de faire écho au rire du jeune homme qui s'enquit de leur itinéraire auprès d'une fillette qui s'empourpra. Emportée dans le mimétisme des enfants, Jora ricana gentement avant de contempler l'affabilité légendaire du ser à l'oeuvre, et les piéçettes qui chantèrent bientôt de concert dans les paumes infantiles qui s'en retournèrent avec leur butin. Une scène d'une simplicité indicible, et pourtant, d'une poésie sans nulle égale. « Et ils t'adorent en retour, visiblement. Je garde moi-même de bons souvenirs des quelques fois où nous nous sommes vus lorsque j'étais enfant, tu as toujours eu la fibre fraternelle... ou est-ce paternelle désormais ? » Il ferait un excellent père, elle n'en doutait pas un instant, aussi bien qu'il comblerait la femme que la providence conduirait à lui, et Catharsis savait qu'il ne déméritait pas un peu de bonheur.

« Ma cheville va bien, cesse de te tourmenter de la sorte. Elle est encore enflée mais la douleur est bénigne, cela dit, j'adhère à l'initiative de nous fournir en matériel médicinal, je ne me le pardonnerai pas si l'état d'Irinwe devait empirer. » Sa préceptrice avait eu de la chance dans sa déveine, la flèche ne s'était jamais fichée que dans sa cuisse, alors qu'elle aurait pu meurtrir une zone bien plus vitale. En y songeant, elle fit la moue puis emboita le pas à son escorte tout en observant les environs et cette effervescence agreste qui lui était inconnue, mais dans laquelle elle décelait un charme aussi humble que fascinant. Elle abandonnait volontiers la prudence au sigisbée qui n'aurait pas besoin de son accortise pour rester aux aguets, tandis qu'elle s'enchantait de chaque vision, même de la plus triviale dans ce curieux microcosme qu'elle aurait aimé avoir le loisir de découvrir. Cependant, le temps leur était compté, et dès lors qu'ils auraient achevé leur mission nutritive et médicale, il leur faudrait regagner le bivouac. Mais alors qu'elle mirait évasivement une modeste échoppe, elle vit la masse musculeuse à ses abords faire halte, la contraignant tacitement à en faire de même sans qu'elle ne comprenne. Noyée dans l'azur interlocuteur dans lequel se consumaient regrets et commisération, elle fut foudroyée de stupeur lorsqu'il évoqua le sujet d'Hulgard, et plus encore quand il se confondit en excuses, au beau milieu de la bourgade. L'apparence guillerette de l'Ebonhand s'évapora en volutes amères, un rictus à la courbe affadie vint enlaidir sa figure pucelle et ses mirettes s'enracinèrent dans le pavage à demi enseveli sous l'opale froid. « Tu n'es pas désolé pour Lui... » Amenda t-elle, le cœur au bord des lèvres, intimement persuadée de sa version plus que de celle offerte. « Nul ici bas n'est désolé pour feu mon père, c'était un despote, arriviste, cruel et sanguinaire. Il était à l'image des hommes de notre maison, véhément et arrogant, il a vendu jusqu'à son âme pour qu'en notre paume, renaissent pouvoir et magnificence. » Elle ouvrit la main pour mirer la sienne, de paume, une saveur âcre sur les papilles en récitant l'apophtegme de sa famille... dont elle était l'unique survivante. « Je l'aimais parce qu'il a toujours été là pour moi, mais si je n'avais pas été sa fille, je l'aurais honni jusqu'à la moelle, comme vous tous. Je l'ai haï, il est vrai, plus encore lorsqu'il m'a promise à lord Jorkell, la rancoeur m'a tant rongée que je ne l'embrassais plus, je ne le jaugeais qu'avec des yeux hostiles, et je ne lui ai plus jamais dit à quel point il comptait. Hulgard... a mérité son sort, je suis encline à mettre ma subjectivité filiale de côté pour l'affirmer, mon plus grand regret... est de ne pas avoir pu lui dire au revoir... »

Jora déglutit, ses cils frémirent pour contenir le voile astral qui se pâmait devant ses prunelles, et sa grimace pourtant muette hurla qu'elle luttait contre les ressacs de ses sentiments. Elle revint sur le Clanfell, résolue et même digne dans son affliction. « Ne dis pas que tu es désolé. Tu l'aurais toi aussi occis s'il n'avait pas été mon père, tu me mentirais en arguant le contraire. » Elle confronta les gemmes chevaleresques durant une parcelle de secondes qui parut être une éternité, puis elle fut secouée d'un rire jaune, et arbora un sourire chimérique. « Quelle importance de toute façon. Labourer les terres viciées du passé ne servira à rien, nous avons mieux à faire... et je n'ai plus envie d'en parler. » Elle baissa la tête et égara une furtive caresse sur le bras du guerrier, nonobstant son attitude incisive, ce n'était pas lui qu'elle ciblait de son amertume, et elle n'avait aucunement l'intention de lui tenir rigueur de quoi que ce soit. Pour sonner le glas de cette conversation, elle se détourna et reprit la route vers l'officine.

Le binôme s'introduisit dans le vestibule où une température plus accueillante les emmaillota, lénifiant les extrémités givrées à défaut des émotions oppressives. Un olibrius en plus du propriétaire les guigna, ce premier possédait une mine patibulaire avec, comme cache-misère, une étoffe encrassée pour camoufler un œil apparemment condamné à l'obscurité. De son seul globe actif, il suivit la mouvance du chevalier et de sa damoiselle d'un air inquisiteur qui incommoda l'intéressée, bien qu'elle s'échina à ne pas y prêter attention. Elle laissa son camarade faire part de leur requête et se laissa intriguer par un imposant compendium dans lequel figuraient des herbes et plantes séchées. Elle avala la distance qui la séparait du recueil et se mit à survoler les gloses rédigées avec un intérêt prosélyte, ne captant que de succincts éclats des descriptions que le lion donnait à l'apothicaire pour que celui-ci les fournisse en équipement adéquat, et après un moment, le maître des lieux disparut dans sa réserve pour rassembler le nécessaire. « A combien de temps sommes-nous de notre destination ? Es-tu absolument certain que nous y serons reçus avec sympathie ? » Demanda t-elle d'un timbre redevenu frivole tout en veillant à filtrer ses paroles. Elle redressa le chef, mais, ni lui ni elle ne furent suffisamment prompts pour prévoir ce qui se passa alors. Le sinistre énergumène s'était discrètement hissé dans le rachis de Jora, et d'une poigne ferme, il lui arracha le textile qui dissimulait son crin de nacre. Interdite, la jouvencelle fit volte-face pour se retrouver nez-à-nez avec le quidam qui sembla choir des nues et blêmir comme s'il venait d'apercevoir un spectre. Les fines lèvres bougèrent imperceptiblement, mais l'on put néanmoins y lire Ebonhand, et tous deux se scrutèrent avec une telle décontenance que le temps devint branlant. Ce fut au tour de la nymphe de pâlir en comprenant que leur peur primaire s'était réalisée : il l'avait reconnue, elle, la princesse déchue qui aurait dû se trouver entre les serres de la Corneille plutôt qu'ici. Par quelle sorcellerie ? Elle n'en avait pas la moindre idée, mais elle se sentit trembler de son essence jusqu'à la pointe de ses cheveux, l'appréhension suinta par tous les pores de son derme d'albâtre, immortalisée dans son angoisse.

Le bélître considéra enfin le Clanfell, et ne perdit pas une minute supplémentaire après avoir aperçu l'éclat de son estoc pour prendre la poudre d'escampette, alors que l'oiselle se jetait à terre pour récupérer son châle que le bougre avait heureusement lâché. « Ehvan !! » Glapit-elle de frayeur en voyant le faquin disparaître et non sans se momifier le crâne avant l'arrivée d'un quelconque client ou le retour du propriétaire, même si, il ne pouvait en être autrement, l'olibrius avait déjà dû la voir auparavant pour l'identifier avec autant d'aisance.



Ghost of a Rose
Her eyes believed in mysteries, She would lay amongst the leaves of amber. Her spirit wild, heart of a child, yet gentle still and quiet, he loved her... When she would say... "Promise me, when you see, a white rose you'll think of me."

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MessageSujet: Re: The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine   Lun 30 Juin - 16:49


The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine
JORA & EHVAN

Le moment n'était pas propice à cette conversation, hélas, le Clanfell était tout sauf un parangon d'intelligence dès lors qu'il s'agissait de communiquer avec ses semblables. Bien trop habitué à la solitude, d'abord infligée puis recherchée volontairement, il ignorait qu'il n'était pas toujours bon de dire ce que l'on pensait au moment où on le pensait. Il n'était pas rare qu'il se sente aussi benêt qu'un enfant dès lors que les relations humaines étaient concernées, ironique lorsque l'on savait qu'il avait été le plus précautionneux des bambins, trop effrayé à l'idée de se faire remarquer, notamment par son fauve de père. À présent, du haut de ses trente hivers, et tout chevalier accompli qu'il soit, il avait bien des lacunes à combler en matière de communication. S'il avait su que ses condoléances offusqueraient à ce point la demoiselle, il aurait fait ce qu'il faisait de mieux ; il se serait tu. À peine eut-il vu le sourire de Jora disparaître qu'il regretta chacun des mots prononcés, il blêmit et se figea, pétrifié par sa propre stupidité. Sans mot dire, il écouta la princesse remettre en question la sincérité de ses paroles, et peut-être pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, il la contempla avec amertume, blessé qu'elle ne le croit pas, lui qui aurait préféré faire le nœud de la corde qui servirait à le pendre plutôt que d'articuler le moindre mensonge. « Tu te trompes... », grogna-t-il entre ses dents, observant en même temps la paume ouverte que la jeune femme leur présentait. Elle se trompait, elle était à mille lieues de la vérité. Il était réellement, sincèrement, désolé pour Hulgard. Oh, oui, il avait haï le souverain et les actions qui avaient été les siennes, s'était rebellé sans remords contre lui, mais... Ce n'était pas pour le souverain qu'il était navré. C'était pour le père, le père qu'il avait connu avant qu'il ne soit corrompu par l'envie de s'asseoir sur le trône. Lord Ebonhand avait été un despote, il l'avait maudit mille fois lorsqu'il avait su qu'il avait osé promettre Jora à un homme comme Jorkell, mais jamais, jamais, il ne l'aurait occis de sa propre main s'il en avait eu l'occasion. Et si cela avait en effet quelque chose à voir avec la princesse, ce n'était nullement l'amour qu'il éprouvait pour elle qui aurait retenu sa main. Il savait que malgré tous ses défauts, malgré son effroyable personnalité, Hulgard avait aimé sa fille comme la prunelle de ses yeux, quand bien même il n'avait pas hésité un instant à en faire un pion sur son échiquier.

Aux yeux du jeune lion, aucun être n'était plus digne de merci qu'un père aimant son enfant. Plus que Jora n'aurait pu l'imaginer, il comprenait à quel point il était difficile de se passer de père, à quel point il était difficile de lutter contre l'amour filial, peu importait quel monstre pouvait être le géniteur concerné. Lui avait aimé Sylar au moins autant qu'il l'avait haï, ce n'était pas sans raison qu'il avait passé sa jeunesse à essayer de lui plaire, vainement. Il n'avait jamais été qu'un enfant en mal de parents, et rien ni personne n'avait su panser la plaie de leur absence, encore à vif des années après la disparition de Sylar. Alors si Jora était persuadée qu'il aurait été heureux de tuer Hulgard lui-même, elle se trompait. Il ne rit pas, pas même l'ombre d'un sourire navré ne flotta sur son visage, il se renfrogna et suivit la princesse à l'intérieur de l'officine avec quelques pas de retard. Le jeune homme détailla les lieux d'un œil inquisiteur et méfiant, et il ne manqua pas de lancer un regard lourd de sous-entendus assassins, puis il laissa vagabonder à sa guise dans la modeste boutique, le temps pour lui de s'entretenir avec l'apothicaire, car il doutait pouvoir s'y retrouver seul au milieu de tous ces flacons et autres plantes qu'il supposait – espérait – médicinales. Prenant garde à ne point éveiller les soupçons de son interlocuteur, il se présenta comme un humble voyageur en quête de remèdes pour survivre au climat agressif de ces contrés. Il n'omit point de demander de quoi soigner l'elfe, prétendant sur un ton faussement badin que l'un de ses compagnons de route s'était blessé en chutant de son cheval. Si l'apothicaire doutait de son discours, il ne laissa rien paraître, certainement trop heureux d'avoir un client pour poser des questions. Lorsqu'il disparut dans l'arrière boutique, Ehvan ne se tourna pas vers Jora tout de suite, trop occuper à grimacer à la vue de serpents entremêlés dans un bocal. « Il nous faudra encore quelques jours, notre petit... détour pour voir du pays allongera sans doute légèrement notre trajet. Nous serons certainement reçus chez nos hôtes avec - »

Il se figea, les yeux écarquillés, alors même qu'il venait à peine de se retourner pour faire face à la jeune femme. Entre les doigts décharnés du sombre individu qui se trouvait dans l'officine avant qu'ils n'entrent, le fouloir qui couvrait la chevelure opaline de Jora. Il ne fallut qu'une seconde au jeune homme pour comprendre que l'homme venait de la reconnaître, et une autre pour se saisir de la poigne de son épée. La vue de la lame du Clanfell affola l'homme, qui ne perdit pas un instant avant de prendre ses jambes à son cou. Conscient du danger s'il le laissait s'échapper, le lion s'élança à sa suite. « Ne bouge surtout pas ! Attends-moi ici, par tous les dieux, attends-mois ici ! », rugit-il à l'intention de la demoiselle, avant de bondir dans la ruelle. Il lui fallut un court instant pour retrouver l'individu, qui fendait la foule comme si mille démons le pourchassaient. Un grognement furieux s'échappa des lippes du fauve, qui à son tour écarta les badauds sur son passage comme s'ils n'avaient été que de vulgaires fétus de paille. L'homme avait un avantage sur le fauve, il connaissait certainement le hameau comme sa poche, ce qui n'empêchait pas le Clanfell de lui coller aux basques. Ehvan savait pertinemment que si l'homme lui échappait, ils étaient perdus, ainsi cette option n'était pas envisageable. Concentré sur sa proie, il tâchait de ne point penser à la princesse qu'il avait laissée derrière lui, sans quoi il risquerait fort de perdre tous ses moyens.

Il manqua de trébucher sur une plaque de glace, se rattrapa de justesse à un étal et reprit sa course de plus belle, mû par l'instinct du chasseur. L'individu avait profité de ce contre-temps pour disparaître dans une ruelle encore plus étroite, et lorsqu'Ehvan s'y lança à son tour, il s'écrasa contre la populace qui y était massée, et dut jouer des coudes pour avancer, le regard vissé sur le fuyard. Un peu plus loin, de nouveau libre de ses mouvements, il accéléra le pas, sans prêter attention à l'aiguillon douloureux qui perçait sa poitrine. Une seconde, il crut avoir perdu l'homme et jura comme un damné, avant de le voir disparaître derrière une petite masure où il espéra naïvement pouvoir l'acculer. À peine avait-il surgi du tournant que quelque chose de lourd s'écrasa sur son visage – il regretta aussitôt l'innocente boule de neige de Jora. Un grognement de douleur lui échappa tandis qu'il portait instinctivement une main à son visage, avant de fureter en quête de son assaillant, le souffle court. Apercevant le jeune homme furibond, l'homme lâcha ce qu'Ehvan identifia comme un pauvre pot de terre cuite, mais avant qu'il n'ait pu reprendre sa course, le lion s'était déjà jeté sur lui. Avec une force brute, il plaqua le malheureux contre le mur de la masure et l'immobilisa, les phalanges resserrées autour de sa gorge pour l'empêcher de parler, couiner ou seulement respirer. « Je suis navré... Mais vous n'auriez pas dû la voir. Vous n'auriez vraiment pas dû. » Le ton qu'il avait adopté était presque... désolé. Prudence étant mère de Sûreté, le jeune homme s'assura qu'aucun témoin de leur folle poursuite ne vienne les trouver, puis il attira l'infortuné qui se débattait contre lui et d'un geste sec et précis, lui brisa la nuque. L'homme se transforma aussitôt en poupée de chiffon, et la neige étouffa sa chute. Entre ce parfait inconnu et Jora, le choix avait été plus que vite fait, ce qui ne l'empêcha pas de considérer le corps du malheureux avec un certain dégoût, lui qui avait une sainte horreur de la violence, quoi qu'il excellence dans l'art de la guerre. Aussi bien pour dissimuler son méfait que par un triste égard pour celui qui avait bien manqué de tous les mettre en danger, il recouvrit le corps d'un linge, arraché de la fenêtre de l'habitation.

Avec l'étrange et hautement désagréable sensation d'avoir les mains maculées de sang, le lion traversa à la hâte les rues, frottant distraitement sa pommette enflée, pour rejoindre l'officine où il avait laissé la princesse. Il pénétra dans l'échoppe le cœur serré par une angoisse sans nom, et c'est tout juste s'il se retint de ne pas soupirer de soulagement en la découvrant près du comptoir, en compagnie de l'apothicaire. Sans prendre la peine de remercier l'homme, tant pis pour les manières, il jeta négligemment quelques pièces d'or – plus que nécessaire – en sa direction, saisit la besace préparée à leur intention, attrapa Jora par le poignet, et sortit de l'officine, la traînant doucement mais fermement à sa suite. « Nous partons », déclara-t-il finalement après un long moment de silence gêné entre eux. « Ne parle à personne de cet incident. Nous sommes tous suffisamment nerveux comme cela, nul besoin de jeter de l'huile sur le feu avec un problème déjà réglé. » Un problème déjà réglé. Une façon comme une autre de faire comprendre à la jeune femme qu'il s'était chargé du sort de l'homme qui l'avait reconnue, au cas où elle en douterait. Et à partir de cet instant, il ne dit plus un mot, garda le silence jusqu'à ce qu'ils retrouvent le campement.


FICHE PAR ELBERETH.


Just a cub no one ever taught how to roar
No one ever said you have to be dead and buried to be a ghost.

   

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Perle de Nacre

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MessageSujet: Re: The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine   Mar 1 Juil - 15:38



L
a source fraîche au pied du mirage s'était érodée jusqu'à s'évaporer en volutes intangibles, leur Arbre du Ténéré avait été calciné par un foudroiement subreptice, et ne demeuraient plus que l'erg embrasée et l'incoercible piège du désert qui s'apprêtait à se refermer sur les égarés. La métaphore aurait été plus que jamais probante, si une exhalaison d'aquilon ne s'était point introduite par deux fois dans l'officine lorsque l'huis fut à demi enfoncé, laissant tout d'abord la hideuse algazelle s'enfuir, puis le fauve la poursuivre. Le souffle glacé corroda plus encore le galbe fugitif qui vibrait d'appréhension sous ses nippes claires, Jora s'immortalisa dans la piètre toile de Dame Fatalité, fragile jouvencelle qui contemplait, impuissante, le premier de ses sigisbées braver le péril et le méchef pour rétablir l'harmonie de la balance providentielle. Ne pas mouvoir, rester embourber dans la fange de sa culpabilité alors même qu'elle avait fait le serment d'être prudente, sans que cela ne suffise à estomper sa déveine. S'ébauchait l'idée qu'une réelle anathème ballait au-dessus de son crâne innocent, à l'image d'un supplicié au bout d'une liane de chanvre. Plus que jamais, elle prenait conscience que sans l'imputrescible bienveillance de ceux qui avaient ouvragé sa libération, elle ne serait rien. La tragédie enfantait une belle leçon d'humilité, qu'était un monarque ou son héritier hormis quelque infatué persuadé de leur précellence ? Alors que sans la plèbe, ils entreraient dans le champ cultivable du Commun, et ils ne seraient pas plus éminents que n'importe quel indigent. Certains étaient nés pour diriger, d'autres pour talonner, mais l'un sans l'autre, ils se transformaient en un conglomérat de rouille incapable de fonctionner. Ils étaient une cohorte, qui un jour, elle l'espérait, deviendrait une nation, mais en attendait, ils devaient consolider leurs âmes en une seule et même égide... Ils n'auraient d'autre alternative, s'il désiraient parvenir à Sorhelm en vie, tous ensemble. Ehvan le savait, il avait la sapience de l'infortuné en fer de lance, et c'était ce pourquoi il manoeuvrait avec maestria des conjurations auxquelles il n'aurait naguère jamais pris part. Les temps changeaient, les gens aussi, l'adaptation était une faculté fondamentale dans un macrocosme en sempiternelle métamorphose. Plus qu'elle ne l'avait imaginé, sans doute avait-elle une pléthore de choses à apprendre du lion mal loti parti en chasse.

Alerté par le tintamarre des voix qui eurent tonné, l'apothicaire s'en vint pour prendre connaissance de la déconvenue qui semblait avoir frappé son logis. Le trouble de la donzelle ne lui échappa point, aussi eut-il la bonté de lui désigner un siège et de lui offrir un peu d'eau à laquelle elle ne toucha cependant pas. S'il l'interrogea sur les circonstances, elle ne répondit que d'une négation mutique en adressant toute patenôtre plausible aux déités pour que le Clanfell lui revienne vite et sans écorchure. Les minutes qui fluèrent lui parurent être une immuabilité, si bien qu'elle ne trouva rien d'autre que de presser le quidam pour leur préparer les décoctions souhaitées – un gain de temps non négligeable dès lors que l'auguste félin s'en serait revenu traque. Et justement, le colosse sculpté dans le granit de la guerre réapparut enfin, arrachant à son oiselle un soupir soulagé et les prémisses d'une tirade dont le reste mourut entre ses lèvres. Elle guigna le pécule jeté en guise de paiement puis suivit docilement et même à pas hâtifs son cerbère qui l'entraînait loin, à mille lieues de toute civilisation qu'elle soit citadine ou agreste, car ils n'avaient que trop tenté les démons. Un problème déjà réglé. La funeste péroraison fit déglutir la demoiselle sur le minois de laquelle naquit les remords, quand bien même n'était-ce qu'une victime de plus, avant celles qui suivraient encore. « D'accord... » Signifia t-elle simplement, d'un phonème collaboratif qui ne souffrait d'aucune insurrection. Tandis qu'ils passaient les portes de la bourgade pourtant, la voix diaphane s'éleva derechef, appelant à elle l'attention de l'austère félidé qui avançait avec célérité. « Ehvan... ! » Celui-ci se figea instantanément, biaisant son museau rougie par la froidure et l'émotion vers la nymphe qui fut transie sous la lave bleutée de son regard. Elle s'y brûla un court moment, avant de baisser ses mirettes avec résignation. « Non, rien... » Rien, il n'y avait rien à rajouter sur les contusions à peine assénées, le silence valait parfois plus que n'importe quelle litanie, il était d'or, là où la parole était d'argent.





D
ans le confort somme toute embryonnaire de sa tente, l'Ebonhand entendait les sinistres susurres du vent se convier à ses tympans. Alitée sur son flanc, les yeux écarquillés dans le vide plutôt que voilés de paupières lourdes, elle réfléchissait intensément. Son esprit trouvait nécessaire de ressasses les récents évènements, le chemin parcouru jusqu'alors et celui qui restait à piétiner de foulées furieuses. Elle revoyait le spectre de cette pauvrette abandonnée aux serres des corbacs, ses clameurs perçantes faisaient écho dans la nuit sombre comme une affligeante rengaine reprise par les lucioles stellaires. Impossible de dulcifier ses maux dans le sommeil, celui-ci ne semblait vouloir poindre que lorsqu'elle se trouvait dans l'étreinte protectrice d'un certain chevalier. Leur accalmie était susceptible de basculer dans l'horreur d'une seconde à une autre, chaque grain dans l'inexorable sablier était comme une conjecture de plus, un milligramme supplémentaire qui faisait contrepoids à l'ataraxie. Elle avait peur, c'était peu de le dire, et ce sentiment ne la quitterait désormais plus, même lorsqu'elle serait dans le Palais du Zénith. C'était des craintes que naissait l'action, de l'action que découlait la réaction, et l'engrenage ne s'arrêtait qu'une fois l'arme passée à gauche. Quel avenir pour un coeur pris dans les intempéries ? Elle découvrait les joies et les simplicités de la vie, mais aussi ses versants les plus patibulaires. Le visage assoupi et illusoirement serein de sa préceptrice allongée à ses côtés ne trouvait lui non plus aucune faille dans laquelle s'immiscer pour l'apaiser, Irinwe avait eu la grâce des dieux, et si elle bourlinguait présentement dans ses songes, c'était uniquement parce que leurs tribulations avaient purgé jusqu'à la dernière parcelle d'énergie. Autrement, elle aurait été dehors, elle aussi, à veiller... tout comme Lui.

La princesse se redressa légèrement, et dans l'entrebâillement des pans, aperçut la silhouette placide de l'adonis. D'où pouvait-il bien puiser la puissance de sa robustesse et de son opiniâtreté ? Elle se le demandait, conquise par l'inexpugnable effigie qui gardait le bivouac de toute présence inopportune. Puisque incapable de profiter du privilège de se reposer, Jora s'extirpa des fourrures qui faisaient office de couvertures et sortit discrètement, non sans ajuster une pelisse sur ses épaules. Elle fit quelques pas pour rejoindre le jeune homme qui veillait et s'enquit de son état. « Est-ce que ça va ? » Ses prunelles capturèrent alors l'illustration de l'un de leurs acolytes qui, adossé à un arbre, avait fini par s'endormir la bouche grande ouverte – et à en juger par son expression involontairement extasiée, le sommeil n'avait jamais été aussi salvateur. Cette vision fit ricaner la Perle, sous les auspices étrangement quiets du ciel étoilé. « Il avait parié qu'il resterait éveillé avec toi jusqu'à l'aube, j'ai comme la vague impression qu'il s'est fourvoyé. Ce sont de braves bretteurs que tu as enrôlé, je n'ai pas encore vraiment eu l'opportunité d'échanger avec eux, mais ils ont l'air... brave, oui... avec une certaine dose d'humour propre à la soldatesque. » Se disant, elle prit place sur le tronc couché, aux abords de son ami sur lequel dansaient les miroitements du feu de camp. Là, elle fit à nouveau silence, et se contenta d'observer l'environnement qui les entourait ainsi que la lune évanescente qui les jaugeait de si haut. Une fois encore, le cadre lui parut enchanteur, à l'orée des chimères qu'elle s'était tant faites en lisant les opuscules fantastiques qui jalonnaient les bibliothèques. Il était aisé de rêver d'aventures, mais la réalité n'avait nulle place pour l'utopie onirique, il n'y avait aucune comparaison possible. « C'est la première fois que je couche dehors, c'est.. étrange... et effrayant. J'ai l'impression que quelque chose se camoufle derrière chaque rameau, même si... cet arôme de liberté fait toujours du bien. » Elle ne regrettait aucunement sa cage dorée, rien de tout ce qu'elle avait laissé derrière elle, si ce n'était évidemment le Trône de Jais. Combien d'épée-liges courraient en ce moment le pays à sa recherche ? Elle ne doutait pas que Jorkell avait déployé des moyens sans communes mesures pour la débusquer, un fait inquiétant lorsque l'on savait qu'il gouvernait plus de la moitié de Middholt.

« Mon père était malade... » Entonna subitement la donzelle, brisant radicalement la logique de sujet, comme prise d'une soudaine impulsion à laquelle elle n'avait pu se dérober. « Cela faisait quelques temps qu'il souffrait d'un mal inconnu, il était devenu exsangue, faible, l'occasion parfaite pour frapper. Jorkell est arrivé à brûle-pourpoint et l'a défié à un combat singulier... l'ironie a voulu que Hulgard se brise la boite crânienne sur les marches du trône qu'il avait tant convoité, après que son faciès ait été entaillé en deux parts inégales. Je crois qu'il est mort sur ce coup d'estoc... devant sa cour... devant moi... » L'Ebonhand étreignit ses bras comme si elle désirait se garder de la température septentrionale, le masque mirifique de la découverte altéré au profit d'une tristesse insondable. Ces réminiscences lacérèrent plus que son être, elle pinça ses lèvres et retint les perles qui germaient à ses cils. « J'ai tenté de me jeter sur le Ravncrone tandis qu'il s'emparait de la couronne, dans tous les sens du terme... A défaut d'avoir une chance de l'occire, j'espérais au moins qu'il me tue, pour faire taire l'indicible souffrance qui m'écartelait comme des milliers de chevaux. Lord Snowhelm m'a retenue, puis... l'Usurpateur m'a toisée... C'était comme si une ondée d'aiguilles s'était abattue sur moi... et il a sommé que l'on m'enferme dans mes appartements... » Une larme eut gain de cause et se fraya un sentier sur la pommette de porcelaine, vite essuyée d'un geste résolu, et supplantée par une risette fictive. « L'on t'a sûrement déjà conté cette scène, je ne sais pas pourquoi je me flagelle à te la citer... Elle est devenue une date historique, ou comment les Freux se sont-ils repaît de la Main Blanche. Même si tu avais été là, Ehvan, tu n'aurais rien pu faire. Mon père était condamné depuis longtemps, moi avec lui. » Elle prit une grande inspiration pour recouvrir un semblant de contenance, puis elle se rapprocha encore du jeune lion, jusqu'à poser sa tempe contre sa stature et enlacer son bras dans les siens. « J'aimerais que tu cesses de te confondre en excuses, tu t'es toujours esquinté pour moi, depuis le premier jour. Je n'aurais pu espérer meilleur compagnon d'odyssée, tu es une véritable bénédiction dans ces ténèbres qui m'acculent, je ne pourrais rien sans toi. Tu as fait bien plus que quiconque, et je ne te remercierai jamais assez. »



Ghost of a Rose
Her eyes believed in mysteries, She would lay amongst the leaves of amber. Her spirit wild, heart of a child, yet gentle still and quiet, he loved her... When she would say... "Promise me, when you see, a white rose you'll think of me."

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MessageSujet: Re: The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine   Lun 7 Juil - 17:00


The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine
JORA & EHVAN

Voilà déjà de longues minutes que le lion avait cessé de prêter attention au ballet hypnotisant des flammes, son regard était vissé sur l'étendue ténébreuse qui encerclait le campement. Les ombres semblaient danser sur son visage, accentuaient ses traits tirés par la fatigue et ses cernes de plus en plus marquées. Le sommeil n'était plus qu'une notion vague et lointaine pour le Clanfell, qui ne dormait plus qu'une maigre poignée d'heures par nuit, le strict minimum pour encore tenir sur ses jambes le lendemain, pas une heure ni une minute de plus. C'est tout naturellement, aussi bien par habitude que par devoir, qu'il s'était proposé de prendre le premier tour de garde - ainsi que le suivant. Il avait beau être dans un état de fatigue - aussi bien physique que psychologique - lamentable, il était pourtant incapable de fermer l'œil sans voir ses démons sauter sur l'occasion de l'assaillir. Le sommeil, Ehvan l'avait égaré bien avant leur fuite, bien avant même son départ précipité pour la capitale elfique. Depuis son duel avec son aîné, ses nuits et songes n'avaient été que tourmente et sueurs froides, au point qu'il craignait à présent de retrouver le royaume léthargique chaque soir. Et pour cette fois-ci, tout aussi épuisé qu'il puisse être, il n'aurait de toute façon pas été en mesure de trouver son repos troublé. Les péripéties de la journée l'avaient transformé en une véritable pelote de nerfs, à laquelle il valait mieux ne pas se frotter sous peine de devoir affronter la fureur du lion. Plus taciturne encore qu'à l'accoutumée, il s'était isolé du reste des fuyards - Jora incluse - dès leur retour de Havoc, et n'avait répondu que par de brefs grognements à ceux qui avaient eu l'audace de s'adresser à lui pour lui demander comment s'était déroulée leur escapade. Un véritable fiasco, voilà ce qu'elle avait été. Il se trouvait idiot d'avoir cédé aux suppliques de la demoiselle. Il aurait mieux fait d'y aller seul, il n'aurait eu à souffrir d'aucun incident, personne ne l'aurait reconnu, puisqu'au contraire de la princesse, il était en mesure de changer les détails de son apparence qui pourraient le trahir autrement.

Un long soupir s'échappa des lèvres blêmes du jeune homme, et il haussa un sourcil à la vue de son camarade de garde assoupi contre un arbre. Le bougre n'était pas resté éveillé bien longtemps, et si le lion avait été d'humeur taquine, il lui aurait lancé un caillou dans les pattes pour le plaisir de le voir reprendre ses esprits en sursaut. Mais au lieu de cela, Ehvan l'avait dévisagé un instant d'un œil réprobateur, puis avait conclus que le malheureux devait manquer de sommeil au moins autant que lui pou en arriver à sombrer si vite et dans une posture si ridicule. Il ne lui en tiendrait pas rigueur le lendemain matin, ils avaient tous leurs lots de tracas, nul besoin de rajouter le poids de la culpabilité sur les épaules d'un homme qui avait eu assez de courage pour l'accompagner dans cette mission que d'aucuns jugeraient suicidaire et vouée à l'échec. Pas une minute ne s'écoulait sans qu'il ne craigne de voir surgir la garde royale, ou un quelconque groupe de brigands. Il avait beau s'être pelotonné dans un épais manteau de fourrure pour ne point trop souffrir du froid, il n'en restait pas moins prêt à bondir et à dégainer son épée au moindre signe d'agression, et les dieux savaient que le fauve en apparence placide pouvait se transformer en véritable bête de guerre lorsque la situation l'exigeait. Mais que ces mêmes déités entendent et exaucent ses prières, il ne souhaitait rien de plus qu'atteindre Sorhelm sans heurts. Leur périple n'était qu'une piètre mise en bouche comparée à ce que l'avenir leur réservait, aussi valait-il mieux qu'ils soient tous en mesure d'y survivre.

Il redressa la tête instinctivement lorsqu'il vit la princesse émerger de sa tente, mais cela ne l'étonna guère ; il ne pouvait décemment pas être le seul à avoir des difficultés à trouver le sommeil. Un sourire triste étira ses lèvres lorsque Jora s'enquit de son état, il ne lui répondit que par un léger haussement d'épaules. La sensation d'avoir les mains poisseuses du sang d'un innocent ne le quittait pas, il était certain d'avoir fait la bonne chose – la seule chose à faire pour tous les protéger, elle avant tout. Et puis, cet incident avait eu le mérite de leur rappeler que le visage de l'Ebonhand n'était pas inconnu, même parmi la populace. L'homme qui l'avait identifiée devait l'avoir déjà vue à la cour, et sa présence soulevait son lot d'interrogations dans l'esprit du jeune homme. Leur rencontre n'était-elle qu'un malheureux – et mortel pour l'homme – hasard, ou Jorkell avait-il déjà envoyé une myriade d'espions à travers tout le royaume ? Ne serait-ce qu'un incident isolé, ou devraient-ils redoubler de prudence ? Il était déjà éreinté par ses veilles et sa paranoïa quasi-permanente, lui d'ordinaire si naïf se savait incapable de continuer longtemps dans ce sens, tous ses efforts n'y changeraient absolument rien. Le fauve pouvait lutter contre toutes les forces invisibles qui constituaient le cosmos s'il le voulait, contre son propre corps il ne pouvait rien.

« J'espère pour lui qu'il n'avait pas parié tout son or qu'il garderait les yeux ouverts... » Un rire forcé secoua le fauve fatigué, qui accompagna du regard la princesse qui s'asseyait à ses côtés sur la modeste souche qui lui faisait office de siège. « J'ignore s'ils oseront s'adresser à toi directement, mais sois certaine qu'ils donneraient tous leur vie pour la tienne sans la moindre hésitation. Ils peuvent être un peu bourrus et avoir des propos déplacés, je te l'accorde, mais ils comptent parmi les meilleurs. Et ils estiment tous que ta place est sur le trône, et pas derrière les barreaux d'une cage. Ce sont les oiseaux que l'on met en cage, non les membres d'une famille royale... » L'ironie voulait qu'il fasse indirectement partie de celle qui siégeait sur le trône, à travers sa sœur adorée... Contrairement à la volonté de celle-ci, il n'avait pas brûlé la lettre qu'elle lui avait laissé, trop conscient qu'un jour ou l'autre elle pourrait lui être utile. Par exemple, si la lionne décidait de changer de bord une fois de plus... Qu'ils se le tiennent pour dit, tous autant qu'ils étaient, le Jeune Lion savait jouer aux jeux de Pouvoir autant que ceux qui peuplaient la cour. Il avait simplement mis un peu plus de temps que les autres à entrer dans la partie. « Je me souviens de la première fois où je me suis réellement senti libre... Quand j'ai rejoint Synric aux Tours d'Airain. Loin de mon père, de ma sœur, de Fortrekke, tout me paraissait merveilleux, j'étais même heureux de prendre de monumentales raclées au cours de nos entraînements. » Il aurait donné tout ce qu'il possédait et bien plus encore pour retourner à cette époque bénie par l'insouciance et l'ignorance. Il avait été véritablement heureux là-bas. La mort de Sylar avait mis fin à cette période de son existence, comme si l'ancien patriarche Clanfell était absolument décidé à lui rendre la vie impossible même après sa disparition. Il se fourvoyait, bien sûr. Il avait une tendance certaine à faire de son géniteur un monstre qu'il n'avait jamais été. « Tu t'y feras... A la sensation que quelque chose guette, tapi dans l'ombre. C'est le prix à payer pour la liberté, craindre qu'elle nous soit arrachée... Mais cela n'arrivera pas. » Le sort ne pouvait pas s'acharner à ce point sur leurs pauvres personnes, n'est-ce pas ?

Le silence retomba l'espace d'un court instant, avant d'être de nouveau brisé par la demoiselle. Ehvan ne put s'empêcher d'afficher un air surpris à l'évocation d'Hulgard – il pensait le sujet clos. Le récit de la princesse le fit grimacer. Il avait, comme chacun dans le royaume, entendu mille et une fois de quelle façon Jorkell s'était emparé du trône, mais l'entendre de la bouche de Jora l'émouvait pour la première fois. Il était désolé qu'elle ait dû assister à tout cela, désolé qu'Ebonhand ait fini ses jours ainsi, et quoi qu'elle puisse lui dire, il était et continuerait à être désolé de ne pas avoir été là. Oh, il savait qu'il n'aurait rien pu faire pour empêcher la chute de la Main Blanche, mais il aurait peut-être pu la protéger elle... Il se flagellait de chimères bien entendu, il n'avait pas été là et le passé n'était plus à faire. Muet et immobile, il le resta une poignée de secondes, puis de sa main libre alla caresser doucement les cheveux de Jora. « Je cesserai de m'excuser quand tu cesseras de me remercier... » L'exercice ne serait pas plus facile pour l'un que pour l'autre. « Tu dois être lasse de m'entendre te le répéter, je te promets que ce sera la dernière fois... Je t'ai fait une promesse, celle de veiller sur toi et de t'aider à reconquérir ton trône. Je n'ai qu'une parole, j'ai bien l'intention de faire ce qui est en mon pouvoir pour la tenir. » Il n'y aurait que la mort pour l'en empêcher, et si le benjamin Clanfell avait bien prouvé une chose, c'était qu'il était particulièrement difficile de se débarrasser de lui. « Après t'avoir quittée, la dernière fois où nous nous sommes vus, j'ai fait route jusqu'à Sorhelm, où j'y ai trouvé la reine Nelrenethys. Elle m'a accueilli avec grâce et bienveillance et m'a ouvert les portes de son palais et de son royaume... Je ne doute pas que cela ait été intéressé au début, mais j'ai su gagner sa confiance, et elle la mienne. Tu seras à l'abri chez les elfes, Jorkell n'osera jamais s'en prendre à eux, il peine déjà à maintenir un semblant d'unité dans son royaume... » Du moins, il l'espérait du fond du cœur. Peut-être pourraient-ils garder la nouvelle de leur venue secrète quelque temps ? Il n'en savait fichtrement rien, bien des choses dépendraient de sa Majesté en personne et de ses conseillers. Qu'ils atteignent les Terres Australes en premier lieu, ils aviseraient ensuite. Mieux valait ne point trop se torturer l'esprit avec un avenir encore incertain tant qu'ils n'auraient pas atteint le royaume elfique.

Doucement, le jeune homme se libéra de l'étreinte de la princesse, puis il enfouit une main à l'intérieur de son manteau, duquel il tira un morceau de papier légèrement froissé, qu'il tendit aussitôt à Jora. « Sylarne m'a laissé ceci, accroché à la selle de ce maudit canasson. » Du menton, il désigna sa monture, attachée à un arbre non loin d'eux. « J'ignore si elle fait preuve d'une sincérité et d'une bonté inespérées et insoupçonnées, ou si elle essaie de nous... de me ramener dans son cercle d'influence. La dernière fois où nous nous sommes vus, c'était après mon duel avec Synric, et comme à chacune de nos confrontations, l'un comme l'autre avons fini par sortir les griffes... J'ai ouï-dire que les choses n'étaient plus réellement au beau fixe, entre elle et son jumeau... Durant ta captivité, l'as-tu vu ? Synric. Une éternité semble s'être écoulée depuis la Nuit des Larmes... Sais-tu comment il se porte ? » Ses questions et son ton inquisiteur quoique retenu trahissaient la subsistance de son affection pour son aîné, qui était devenu un étranger et auquel il n'avait rien pardonné, mais qui restait et resterait le seul à l'avoir jamais aimé en dépit sa prétendue malédiction, le seul à l'avoir soutenu et protégé, envers et contre tous, à commencer par Sylar lui-même.


FICHE PAR ELBERETH.


Just a cub no one ever taught how to roar
No one ever said you have to be dead and buried to be a ghost.

   

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The Sun loves the Moon so much, he dies every night to let her shine

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